•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les deux Michael sont de retour au Canada

Emprisonnés pendant près de trois ans, les deux Canadiens ont été libérés après que la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, a obtenu son billet pour la Chine.

Dominic Barton, Michael Kovrig et Michael Spavor marchent sur le tarmac de l'aéoport en compagnie d'une femme.

Michael Kovrig et Michael Spavor à leur arrivée à l'aéroport de Calgary, en compagnie de l'ambassadeur du Canada en Chine, Dominic Barton

Photo : Twitter/Justin Trudeau

Après avoir été libérés par les autorités chinoises, Michael Kovrig et Michael Spavor, qui ont passé plus de 1000 jours derrière les barreaux, ont pu fouler le sol canadien.

Le Challenger de l'Aviation royale canadienne à bord duquel ils se trouvaient a atterri peu avant 6 h (HAR) samedi matin, à l'aéroport international de Calgary, où les attendaient le premier ministre Justin Trudeau et le ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau.

Bon retour chez vous, a tweeté M. Trudeau. Vous avez fait preuve d’une force, d’une résilience et d’une persévérance incroyables.

Alors que M. Spavor a pu retrouver sa famille à Calgary, M. Kovrig a dû prendre un autre vol pour regagner Toronto, où résident ses proches. À son arrivée à l'aéroport Pearson, il a déclaré être d'une humeur « fantastique ».

Sa conjointe Vina Nadjibulla, qui l'attendait à l'aéroport, a dit ressentir une « immense gratitude » envers ceux qui ont rendu la libération de Michael Kovrig possible.

Il n’y a pas de mots pour décrire les émotions que nous avons ressenties au cours des dernières 24 heures.

Une citation de :Vina Nadjibulla, conjointe de Michael Kovrig
Michael Kovrig se tient à côté de son ancienne femme.

Les deux Michael de retour au Canada

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

La veille, Justin Trudeau avait annoncé que les deux Canadiens venaient tout juste de quitter l'espace aérien chinois en compagnie de l'ambassadeur du Canada en Chine, Dominic Barton. Ils sont en route pour le Canada, avait-il déclaré.

Michael Spavor et Michael Kovrig ont été arrêtés en Chine le 13 décembre 2018, dans la foulée de l'arrestation de la directrice financière du géant des télécommunications Huawei, Meng Wanzhou, à Vancouver au début du mois, à la demande des États-Unis.

Accusés d'espionnage, ils ont passé plus de 1000 jours en prison – M. Kovrig dans un établissement de Pékin, M. Spavor dans un centre de Dandong, à la frontière nord-coréenne –, dont la majeure partie sans contact avec leurs proches ni leurs avocats.

Dans les six mois qui ont suivi leur arrestation, les deux Canadiens ont dû subir des heures d'interrogatoire aux mains des autorités chinoises, qui les ont notamment forcés à garder une lumière crue allumée 24 heures sur 24 dans leurs cellules respectives.

Leur isolement était tel que Michael Kovrig n'a appris qu'en octobre 2020 que le monde était plongé dans une pandémie de COVID-19 depuis le début de l'année.

Michael Spavor lève le pouce haut dans les airs, près d'un véhicule.

Michael Spavor à son arrivée à Calgary

Photo : Radio-Canada

En août dernier, M. Spavor, un spécialiste de la Corée du Nord, a été reconnu coupable d'espionnage et de divulgation de secrets d'État par un tribunal chinois, qui l'a condamné à 11 ans de prison et l'a contraint à quitter le pays. Aucune date n'avait toutefois été fixée pour son expulsion.

Le procès de M. Kovrig, un ancien diplomate basé à Pékin, s'était quant à lui conclu en mars, mais la sentence se faisait toujours attendre.

Pendant que son procès suivait son cours, Mme Meng était pour sa part assignée à résidence, à Vancouver.

La diplomatie des otages

La libération des deux Canadiens coïncide avec celle de Meng Wanzhou, qui a pu quitter le Canada et s'envoler vers la Chine vendredi, après que la Cour suprême de Colombie-Britannique eut entériné une entente conclue entre la cadre de Huawei et la justice américaine.

Mme Meng, qui faisait face à des accusations de fraude et de violation des sanctions américaines, a été chaudement accueille à son arrivée, samedi, à l'aéroport de Shenzhen, dans la province du Guangdong.

Bien que le gouvernement canadien et ses alliés aient soutenu que la détention des Michael était en réalité un acte de représailles après l'arrestation de Mme Meng, Pékin a toujours nié que les deux cas étaient liés d'une quelconque façon.

Cette hypothèse a néanmoins été renforcée par la rapidité avec laquelle les deux Canadiens ont été libérés après que Meng Wanzhou eut obtenu son billet pour la Chine.

Pour l'ancien diplomate et spécialiste de la Chine Jean-François Lépine, il ne fait aucun doute que la Chine s'est livrée à la diplomatie des otages.

En laissant aller les deux Michael, Pékin confirmait qu'ils n'avaient été là que pour une affaire d'otages, dans une mésentente avec les États-Unis et le Canada, a-t-il déclaré samedi, en entrevue à RDI.

M. Lépine s'attendait à ce que la Chine repousse un peu la date de libération des deux Canadiens, dans le but, selon lui, de perpétuer le mythe des accusations d'espionnage et d'en venir à un échange de "prisonniers".

Leur libération immédiate et leur arrivée au pays en compagnie de l'ambassadeur Dominic Barton sont toutefois venues confirmer que la Chine n'avait cette valeur-là en main que pour négocier la libération de Mme Meng, a-t-il ajouté.

Le fait qu'un État comme la Chine ait recours à cette pratique pour régler des différends est extrêmement dangereux, a averti M. Lépine.

Les Michael victimes de la « diplomatie des otages » de Pékin

La réaction rapide de Pékin dans cette affaire en révèle beaucoup au sujet de sa façon de fonctionner sur la scène internationale, souligne de son côté Henri-Paul Normandin, ancien ambassadeur du Canada à l’ONU et associé à l’Institut d’études internationales de Montréal.

C’est comme si la Chine disait : "Maintenant que nous obtenons la libération de Mme Meng, les deux Michael, on n’en a plus besoin. On vous les remet." C’est essentiellement le message qui a été livré par la Chine hier, a-t-il dit.

C’est à toutes fins utiles un aveu que la Chine pratiquait la diplomatie des otages.

Une citation de :Henri-Paul Normandin, ancien ambassadeur du Canada à l’ONU

M. Normandin estime que cette saga diplomatique et judiciaire a causé des dommages à la réputation de la Chine. Le fait qu’elle se libère dès maintenant de cette épine qu’elle avait dans son propre pied en termes d’image, je pense aussi que c’est très révélateur, a-t-il affirmé.

Selon lui, cet épisode a permis à bon nombre de pays de prendre conscience de cette diplomatie agressive, voire parfois coercitive que la Chine exerce depuis quelques années. Ses actions génèrent à présent un effet de retour, d’après lui.

Plusieurs pays commencent à collaborer pour en quelque sorte se défendre contre de telles pratiques de la part de la Chine, constate-t-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !