•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Contrôle excessif et manque d’ouverture : Valérie Plante critiquée dans un livre

À quelques semaines de la prochaine élection municipale, un livre évoque des tiraillements au sein de Projet Montréal. Des élus et proches de Valérie Plante y critiquent l’attitude de la mairesse sortante.

Valérie Plante et Denis Coderre assis lors d'un débat.

Valérie Plante tentera d'être réélue mairesse de Montréal face, notamment, à Denis Coderre, le 7 novembre.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Dans un ouvrage qui sera publié dans les prochains jours, l’ex-journaliste Daniel Sanger, qui a travaillé au sein des hautes instances de Projet Montréal durant une dizaine d’années, égratigne la gestion et le comportement de Valérie Plante et de ses proches.

Intitulé Sauver la ville : Projet Montréal et le défi de transformer une métropole moderne (Éditions Écosociété), le livre retrace en près de 500 pages l’histoire de ce parti politique historique, mais décrit aussi de vifs désaccords depuis l’arrivée au pouvoir du parti de gauche en 2017.

De nombreux élus, ex-élus et proches de la mairesse de Montréal témoignent, dont Luc Ferrandez, qui a quitté l’administration Plante avec fracas en mai 2019. À l’époque, pour justifier sa décision, il déplorait, entre autres, le manque d’action rapide pour lutter contre les changements climatiques.

La raison pour laquelle j’ai donné ma démission, c’est que j’ai vu ça. J’ai vu que ça devenait Équipe Valérie Plante, confie-t-il, finalement, dans ce livre.

Interrogé par Daniel Sanger, l’actuel directeur de cabinet adjoint de Valérie Plante Guillaume Cloutier reconnaît une tolérance limitée de Plante pour la dissidence ou même le débat, selon les mots choisis par l’auteur.

Pour une fille super friendly, normalement tu t’attendrais à une gestion du caucus beaucoup plus consensuelle, beaucoup plus friendly. [...] Mais c’est pas ça qui arrive, pas ça pantoute.

Une citation de :Guillaume Cloutier, directeur de cabinet adjoint de Valérie Plante, cité par Daniel Sanger

Ces tensions avaient été dévoilées l’an passé par Radio-Canada, mais le cabinet de la mairesse s’était défendu, en assurant laisser une grande liberté de parole à tous les élus du parti.

Un historique de Projet Montréal

Cet ouvrage signé Daniel Sanger, qui n’était pas disponible, selon son éditeur, pour accorder une entrevue à Radio-Canada, retrace également la genèse de Projet Montréal, un parti de gauche fondé en 2004, ses convictions profondes, l’élection des premiers élus sur le Plateau-Mont-Royal, l’arrivée de Valérie Plante en 2013, mais aussi les coulisses de la virulente course à la chefferie de 2016 entre Guillaume Lavoie et la future mairesse de Montréal.

Ce scrutin avait fortement divisé le caucus du parti, majoritairement acquis au conseiller de Rosemont. L’année suivante, Valérie Plante a battu Denis Coderre, à la grande surprise de plusieurs membres de Projet Montréal, comme le raconte l’auteur avec de nombreux détails et témoignages.

Luc Ferrandez sourit.

Luc Ferrandez était responsable des dossiers des grands parcs au sein de l'administration de Valérie Plante, avant de démissionner.

Photo : Radio-Canada / Laurence Dompierre-Major

Malaise et contrôle excessif

D’autres élus, à l’instar du conseiller de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce Christian Arseneault, qui a décidé de quitter Projet Montréal l’hiver dernier, décrivent leur expérience.

Valérie elle-même nous a traités comme des traîtres, assure Christian Arseneault, cité par Daniel Sanger. Il dit avoir partagé, en vain, ses préoccupations concernant la décision de nommer une station du REM dans Griffintown en l’honneur de Bernard Landry.

On nous faisait croire que nous sapions son autorité, que nous lui manquions de respect. C’était absolument insensé. Absolument insensé, rapporte-t-il.

Selon Christine Gosselin, qui a elle aussi annoncé son départ, formuler des critiques était mal vu. Selon ses dires, l’entourage de la mairesse a par exemple préféré récompenser un lèche-cul de qualité olympique, sans le nommer, en lui offrant un poste au comité exécutif.

D’après Luc Ferrandez, la garde rapprochée de Valérie Plante était dépassée par les événements après la victoire électorale surprise de 2017. Marie-Eve Gagnon [la directrice du cabinet de Valérie Plante] ne savait pas comment gérer un cabinet.

L’ancien chef intérimaire de Projet Montréal n’est pas tendre. Il déplore les craintes de l’administration face aux critiques. C’était un wake-up call [réveil] précoce, dit-il, en parlant de la décision de Valérie Plante de permettre à nouveau la circulation automobile sur le mont Royal, après un projet pilote mis de l’avant par Luc Ferrandez.

L’adaptation au pouvoir, pour Projet Montréal, fut compliquée, avoue Guillaume Cloutier : Il y avait plein de monde en panique devant leurs responsabilités. Puis t’avais un caucus qui est plein de militants de gauche qui était toujours en opposition et la seule chose qu’il savait faire c’était gueuler, gueuler, gueuler.

Selon l’auteur, beaucoup commencent à sentir que le parti d’idées et de débats qu’ils ont rejoint et contribué à construire est en train d’être étranglé, ou du moins transformé en un parti où le bureau du chef dirige tout, écrit Daniel Sanger, en évoquant un malaise dans les réunions du caucus du parti.

Beaucoup [d’élus] sont effectivement horripilés par le contrôle excessif, notamment lorsqu’ils reçoivent des textos ou des appels leur demandant de retirer une publication ou un commentaire sur Facebook qui, selon le cabinet, va trop loin.

Une citation de :Daniel Sanger, auteur de Sauver la ville

L’an dernier, poursuit-il, une demi-douzaine de conseillers modérés ont écrit une lettre à Valérie Plante pour lui demander de faire preuve d’une plus grande ouverture et d’une plus grande tolérance à l’égard de la dissidence et d’inclure davantage le caucus dans le processus décisionnel.

Contacté par Radio-Canada, le cabinet de la mairesse Plante n'a pas souhaité réagir aux propos rapportés dans cet ouvrage.

Denis Coderre pas épargné

Denis Coderre n’a pas non plus été épargné par un ancien membre important de son équipe, interrogé par l’auteur, qui lui reproche de ne pas être en phase avec son temps.

Coderre, il n’aimait personne. Il y a une personne qu’il admire, et c’est Denis Coderre, dit Richard Bergeron, ex-membre du comité exécutif de l’ancien maire, en parlant du mépris que ce dernier pouvait avoir pour des élus de son parti.

Richard Bergeron, qui a été l’un des fondateurs de Projet Montréal avant de rejoindre Denis Coderre, ne mâche pas ses mots, en qualifiant l’attitude de son ex-chef de détestable en 2017. Il était vulgaire et méchant, ajoute-t-il.

François Croteau et Valérie Plante à l'Assemblée nationale.

Les relations entre François Croteau et Valérie Plante se seraient étiolées ces dernières années.

Photo : Projet Montréal

François Croteau poussé vers la porte

Ce livre révèle également un autre son de cloche concernant le départ de François Croteau, qui ne briguera pas un nouveau mandat à la mairie de Rosemont–La Petite-Patrie.

Ce dernier a annoncé, en mai dernier, son départ de la vie politique municipale. Figure emblématique de Projet Montréal, il a évoqué une réflexion et une démarche personnelle.

Or François Croteau a été poussé vers la porte après avoir échoué dans les évaluations de performance instituées par le parti pour assurer une sorte de contrôle de qualité pour les conseillers, écrit Daniel Sanger.

Cette affirmation est même corroborée par Guillaume Cloutier, directeur de cabinet adjoint de Valérie Plante. C’était vraiment une façon d’arriver et de dire à quelqu’un, disons Croteau : "T’as pas participé aux activités du parti, t’as pas fait de financement, t’as pas l’air d’être très motivé. Veux-tu vraiment te présenter?", indique-t-il.

Invité à réagir, François Croteau maintient sa version. C’est faux, personne ne m’a poussé à la porte, j’ai pris ma décision seul et il y a bien longtemps d’ailleurs, nous a-t-il écrit.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !