•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La Tyrolienne ferme ses portes après 50 ans de restauration à Québec

7789b4d7995741a08eb8c320086c5af6

Le restaurant suisse La Tyrolienne s'apprête à ferme ses portes après 48 ans d'activités en raison du manque de main-d'oeuvre.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Les lumières s'éteindront une dernière fois dans le chalet suisse le plus populaire de Sainte-Foy. Après 48 ans d'activités, le restaurant La Tyrolienne fermera ses portes dimanche en raison d'un manque de main-d'œuvre. Retour sur les hauts et les bas du monde de la restauration à Québec.

À 85 ans, le propriétaire de La Tyrolienne, Michel Moreau, ne cache pas sa déception. Après 48 ans, j'ai une clientèle de quatre générations. C'est des mariages, c'est des partys de famille, des anniversaires de deux, trois générations de la même famille! lance-t-il.

S'il avait eu le personnel, il aurait définitivement retardé son départ du monde de la restauration. Mon objectif, c'était 50 ans, affirme M. Moreau.

Michel Moreau dans son restaurant.

Michel Moreau

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Comme plusieurs autres établissements, c'est le stress et les défis associés au manque criant de personnel qui le pousse à fermer l'établissement de la rue Jules-Dallaire, à deux pas du boulevard Laurier.

La pénurie d'employés, c'était stressant. Est-ce qu'il va manquer de monde dans la cuisine? Est-ce qu'ils vont rentrer? Est-ce qu'on va pouvoir bien servir nos clients? On refusait des clients parce qu'on manquait de personnel, note le restaurateur.

Depuis sa réouverture, il a dû diminuer sa capacité d'une cinquantaine de places par soir en raison de ce manque d'employés. Il a dû réduire ses journées d'ouverture.

Une histoire de famille

N'empêche, tenir un restaurant ouvert pendant un demi-siècle requiert une formule gagnante : une gestion rigoureuse et l'appui d'un bon chef.

Ma mère était hôtelière. Mes parents avaient un hôtel au Lac-Saint-Jean. L'hôtel était toujours rempli en raison de la qualité de la table­, témoigne l'homme d'affaires.

Une table du restaurant La Tyrolienne.

Les fondues chinoise et suisse étaient la spécialité de l'établissement.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Avec le temps, les restaurants sont toutefois devenus des entreprises, où chaque dollar est important. Comptable de formation, Michel Moreau est bien placé pour le savoir.

La restauration, aujourd'hui, c'est de gérer des fractions de sous. Les restaurateurs sont de plus en plus dépendants des chefs cuisiniers. Il y a pénurie de chefs. Il y a des centaines de foyers pour personnes âgées qui ont ouvert au Québec depuis 10 ans. Tous ces foyers sont venus chercher la crème de nos cuisiniers.

Une citation de :Michel Moreau, propriétaire, restaurant La Tyrolienne

Gestion

Ce modèle de gestion serré a été transmis au fils de M. Moreau, Pierre, qui est aujourd'hui PDG du Groupe Restos Plaisirs.

Michel Moreau et son fils, Pierre, assis à une table.

Michel Moreau et son fils, Pierre

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Propriétaire de 12 restaurants, Pierre Moreau se décrit lui aussi comme un gestionnaire avant tout.

C'est pourquoi il comprend la décision de son père de mettre la clef sous la porte. C'est aussi pourquoi il a décidé de ne pas reprendre le restaurant La Tyrolienne, du moins pour le moment, même si les employés de son père seront réaffectés dans les restaurants du Groupe Restos Plaisirs.

En ce moment, les 12 [restaurants] qu'on a, on n’est même pas capables de les opérer à pleine capacité. Il nous manque environ 150, 200 employés. Prendre un autre concept, le staffer, le timing n’est pas bon. Je ne dis pas dans deux ou trois ans, mais pour l'instant, ça ne faisait pas de sens.

Une citation de :Pierre Moreau, PDG, Groupe Restos Plaisirs

C'est certain que ça va faire mal au cœur, ajoute Pierre Moreau. Ce qu'il faut conserver, c'est les souvenirs. Il y a énormément de beaux souvenirs ici.

L'extérieur du restaurant La Tyrolienne.

Malheureusement, le populaire chalet suisse qui abrite La Tyrolienne ne fera pas partie des legs de M. Moreau. Celui-ci sera bientôt démoli pour laisser place au projet d'un promoteur immobilier.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Mon père m'a légué des valeurs, une façon de faire des affaires qui va rester. Quelque part, ça ne meurt jamais complètement, dit-il avec fierté.

Achats groupés

Pierre Moreau peut aussi compter sur un autre héritage important de son père.

Il y a 38 ans, Michel Moreau a eu l'idée de fédérer 12 restaurateurs pour faire des achats groupés. L'objectif était de diminuer les prix d'approvisionnement et d'assurer un certain volume aux fournisseurs. À l'époque, il fallait 1000 $ pour faire partie du regroupement, se rappelle Michel Moreau.

Grâce à cette centrale d'achats là, tous nos membres sont en très bonne situation financière. On garantissait dans certains cas [aux fournisseurs] des millions de chiffre d'affaires. On leur assurait que s'ils nous donnaient les meilleurs prix, nous aussi on aurait du succès et ils seraient payés.

Une citation de :Michel Moreau

Aujourd'hui, 80 restaurants environ font partie du regroupement, dont le Groupe Restos Plaisirs, le Cosmos, la Maison du spaghetti, le Galopin et l'Archibald, notamment.

Démolition

Malheureusement, le populaire chalet suisse qui abrite La Tyrolienne ne fera pas partie du legs de M. Moreau. Celui-ci sera bientôt démoli pour laisser place au projet d'un promoteur immobilier.

Le comptoir du restaurant La Tyrolienne.

La Suisse est au centre du concept du restaurant.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Des pièces de collection du décor seront toutefois conservées. C'est le cas de deux cloches et d'un cor suisse dont l'achat remonte à l'Expo 67, à Montréal. C'est d'ailleurs là que tout a commencé pour Michel Moreau, dans le pavillon de la Suisse.

C'est là que je suis tombé en amour avec la Suisse. J'avais décidé d'offrir aux Québécois un chalet de montagne, le temps d'un bon repas. Ç'a été ma stratégie de marketing et puis ça a toujours marché. Dès la première année, j'avais budgété 560 000 $ de chiffre d'affaires. Je l'ai dépassé.

Une citation de :Michel Moreau

Près d'un demi-siècle plus tard, il est maintenant temps de se reposer.

Je veux en profiter parce que j'ai encore une bonne santé. Je joue encore au tennis, je joue au golf. À 85 ans, disons que les dernières années, avec mon épouse avec qui j'ai vécu pendant 60 années, on a moins voyagé, alors c'est quelque chose que je vais faire.

Un voyage en Suisse pourrait bien faire partie des plans.

Avec les informations de Bruno Savard

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !