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L’argent n’est pas le nœud du problème, soulignent des infirmières

« C'est l'œuf ou la poule! » : les infirmières demandent une revalorisation de leur profession, mais le gouvernement Legault assure que les conditions ne s'amélioreront pas sans recrutement.

Deux infirmières qui travaillent dans une unité de soins intensifs.

Des infirmières rappellent que l'argent n'est pas le nœud du problème de la pénurie de main-d'œuvre dans le réseau public.

Photo : getty images/istockphoto

Radio-Canada

Depuis l'annonce du gouvernement Legault, les infirmières le répètent : ce n'est pas l'ajout de primes qui permettra de résorber le problème de pénurie dans le réseau public, mais bien l'amélioration des conditions de travail, qui comprend en tête de liste la fin des heures supplémentaires obligatoires (TSO).

Bien qu'elles ne crachent pas sur l'offre du premier ministre François Legault, des infirmières n'en pensent pas moins que le problème se situe ailleurs qu'au niveau du salaire.

Le gouvernement a annoncé jeudi que les infirmières qui décideront de travailler à temps plein au public recevront une prime de 15 000 $, un incitatif qui a pour but d'attirer pas moins de 4300 infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et perfusionnistes.

Est-ce qu'il y a des personnes qui vont vouloir venir [nous aider] pour ce montant-là? Je nous le souhaite, a réagi Émilie Ricard, infirmière au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec.

En 2018, Mme Ricard, qui travaillait alors en Estrie, s'était filmée, en détresse, pour dénoncer la surcharge de travail qui venait compromettre la qualité des soins prodigués à ses patients.

Trois ans plus tard, le constat est sensiblement le même : On se démène à dire qu'on est fatiguées, que du temps plein, on n'est plus capables d'en faire, dit Émilie Ricard.

Pour plusieurs membres du réseau, la solution ne passe pas par de nouvelles primes, mais bien par une revalorisation de la profession. Si l'incitatif financier est « un début », il doit être assorti de meilleures conditions, affirme de son côté Claire Ludanyi, infirmière clinicienne à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec.

Le fait qu’il n’y ait pas de stabilité de travail, qu’il y ait beaucoup de mouvement, qu’on semble être considérées comme du personnel interchangeable alors qu’il y a beaucoup d’expertise qui s’est développée au fil des années… C’est ça qui heurte le système, qui heurte les infirmières, explique-t-elle.

Les heures supplémentaires obligatoires ont cours depuis très longtemps, poursuit-elle. Si l'institut au sein duquel elle œuvre a pu s'y soustraire pendant des années, il a dû se résoudre à y avoir recours à son tour.

On voit que l'infection se répand dans le système, observe Mme Ludanyi.

Qui plus est, les employées qui travaillent à temps plein n'échappent pas au TSO. Et celles qui se proposaient autrefois pour prêter main-forte y pensent désormais à deux fois avant de le faire, explique l'infirmière clinicienne.

Quand on prend des gens qui ont de l'initiative et qu'on leur fait subir des conditions qui ne sont pas humaines, qu'on les oblige deux à trois fois par semaine à faire du 16 h [...] tu ne prends plus d'initiatives, dit-elle.

Tu te dis : ce n'est pas reconnu! Je donne, et après ça, on me fait subir des conditions qui sont misérables.

Une citation de :Claire Ludanyi, infirmière clinicienne à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec

Dans l'annonce du gouvernement Legault, on n’a pas entendu parler des ratios infirmière-patients, du soutien clinique, de la surcharge, fait remarquer Sophie Savoie, ancienne infirmière à l'hôpital Pierre-Boucher, à Longueuil.

Les heures supplémentaires obligatoires et la dégradation des conditions de travail l'ont menée à remettre sa démission en janvier dernier. Le salaire, dit-elle, n'avait rien à voir avec sa décision.

Et le temps partiel?

De l'avis de Sophie Savoie, le gouvernement fait fausse route en misant exclusivement sur le temps plein.

C'est comme négliger tous les efforts que les infirmières qui travaillent à temps partiel font dans le réseau, [elles] qui ne seront pas admissibles à ces primes-là, regrette-t-elle.

Le temps plein n'est pas une panacée : en pleine pandémie, malgré une équipe à temps plein, le ratio infirmière-patients demeurait problématique, selon Mme Savoie. Dans ces conditions, [...] la qualité des soins, elle n'est pas là, dit-elle.

En outre, il n'est pas dit que les employées à temps partiel ne proposeront pas leur aide s'il y a des quarts à pourvoir, rappelle Mme Savoie.

Claire Ludanyi est du même avis : Il faut quand même respecter quand des infirmières disent qu’elles sont prêtes à aider autrement pour répondre à cette pénurie-là. Malheureusement, je pense qu’on n’est pas entendues.

Ceux qui se sont démenés à temps partiel ou qui ont d’autres obligations qui ne leur permettent pas de faire du temps plein et qui sont là quand même à tenir le réseau, eux, ils n'ont rien. Et ça, ça va déranger, prévient de son côté Émilie Ricard.

« L'œuf ou la poule »

Pour le gouvernement, le recrutement de personnel soignant est le passage obligé vers l'amélioration des conditions de travail.

C'est par l'augmentation des effectifs qu'il sera possible de réorganiser le travail pour introduire plus de prévisibilité et d'offrir une meilleure conciliation travail-famille, a affirmé le premier ministre Legault.

Alors, par où commencer? C'est la grande question, selon Francine Ducharme, professeure titulaire à la Faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal.

C'est l'œuf ou la poule! a-t-elle lancé, vendredi, au micro de Tout un matin. C'est certain que [l'amélioration] des conditions de travail, c'est la première chose, mais comment fait-on si on manque d'infirmières?

La réalité, résume-t-elle, c'est que « le gouvernement est mal pris ». On n’a pas traité nos infirmières comme il faut pendant des décennies.

Selon Sophie Savoie, la solution passe par un engagement ferme du gouvernement à abolir les heures supplémentaires obligatoires comme mode de gestion. Une promesse qui se trouve au cœur des négociations des conventions collectives depuis des années, mais qui tarde à se concrétiser.

C'est ça que les infirmières ont envie d'entendre, insiste-t-elle.

Avec des informations d'Amélie Desmarais

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