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Marche pour le climat : « Ayez donc un peu de courage politique! »

Cinq participants à la marche pour le climat exposent leurs motivations.

La photo est remplie de haut en bas de centaines de visages anonymes et de pancartes avec des slogans.

Environ 500 000 personnes avaient marché pour le climat, à Montréal, vendredi 27 septembre 2019.

Photo : Ivanoh Demers

Ce sont plus de 100 000 étudiants du Québec qui devraient envahir cet après-midi les rues de Montréal, de Québec, mais aussi d’Alma et de Joliette, pour participer à une nouvelle marche mondiale pour la justice climatique, deux ans après une marche historique qui avait ému la planète.

En septembre 2019, Montréal était envahie par 500 000 manifestants à l’occasion de la grande marche pour le climat en présence de la militante Greta Thunberg. Si le mouvement étudiant a dû mettre en veilleuse ces rassemblements militants en raison de la pandémie de COVID-19, il compte maintenant reprendre ses activités.

Les jeunes seront nombreux à l’événement qui aura un écho dans plus de 70 pays, et ils seront, selon toute vraisemblance, accompagnés par des parents et des grands-parents. Nous avons interrogé cinq personnes, de diverses générations, qui comptent participer à la marche afin de connaître leurs motivations.


Debbie Gabriel Joseph, 17 ans, étudiante en science de la santé au collège André-Grasset à Montréal et membre du groupe Jeunes leaders de l’environnement à Environnement jeunesse.

Le mouvement n’est pas mort!

Une citation de :Debbie Gabriel Joseph, étudiante en science de la santé

Q. Même si la pandémie a ralenti le militantisme écologique, croyez-vous que le mouvement reprendra de plus belle une fois la crise sanitaire passée, comme en 2019?

R. C’est sûr, c’est sûr! Les gens n’ont jamais arrêté de militer de façon individuelle. Ce n'est pas parce qu’on ne pouvait pas se rassembler qu’on n'était pas militant. Le mouvement n’est pas mort. Chacun faisait chez lui ce qu’il pouvait pour militer et pour protéger l’environnement. Mais c’est certain qu’ensemble, on est plus fort.

Q. Pourquoi est-ce important pour vous de participer à cette marche?

R. Je suis une personne très sensible aux causes sociales. Avant, je ne pensais pas que la cause climatique me concernait. Je pensais que, pour faire ma part, il fallait manger bio et être végane. Mais en fait, j’ai réalisé que c’est bien plus que ça. La crise climatique touche tout le monde et pas de façon égale. Souvent, les industries les plus polluantes s’installent dans des endroits plus pauvres et les communautés en souffrent. On est la somme de nos efforts collectifs : l’union fait la force.

Q. Quel message voulez-vous envoyer au premier ministre Justin Trudeau?

R. Je voudrais lui dire que c’est le temps de mettre des projets significatifs en œuvre et, surtout, de nous inclure dans son processus décisionnel. Ce n’est pas tout de marcher avec nous, il faut agir, Monsieur Trudeau. Parce que vraiment, ses paroles sont belles, mais je n’ai pas vu de grands changements dans les dernières années.

Q. Et à François Legault, vous lui diriez quoi?

R. Qu’il n’y a pas juste le développement économique qui compte. Le troisième lien de Québec, ça n’a pas de bon sens. On est en pleine crise et on recule. On met un frein à la protection de l'environnement, c'est un réel retour en arrière. C’est décevant.

Q. Vivez-vous de l'écoanxiété?

R. Je ne pense pas, mais j’ai des questionnements profonds. Je me demande quand je serai mère si mes enfants pourront respirer de l’air pur.

Des milliers d'étudiants, de travailleurs et citoyens marchent dans les rues de Québec pour le climat.

Des milliers d'étudiants, de travailleurs et citoyens ont marché dans les rues de Québec pour le climat en 2019.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Mercier


Luca Salas-Poirier, 21 ans, étudiant en science politique à l’UQAM, porte-parole pour la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES) et jeune leader pour l’environnement à Environnement Jeunesse.

Monsieur Legault, les projets comme le troisième lien, on veut que ça s'arrête!

Une citation de :Luca Salas-Poirier, étudiant

Q. Vous pensez que le mouvement militant pour l’environnement que l’on a connu en 2019 pourrait reprendre?

R. On sent auprès des jeunes qu’il y a beaucoup d'engouement. Ils se sentent interpellés, surtout après les événements désastreux de cet été, les feux de forêt, les inondations et les migrations massives et tout le reste. Aussi, le dernier rapport du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), ça rend les gens anxieux. Ça fait de l’écoanxiété généralisée auprès des jeunes et des plus jeunes. Je pense que, pour ces raisons-là, il va y avoir une forte mobilisation.

Q. Vous en vivez, vous, de l’écoanxiété?

R. Évidemment. Je pense que dans notre génération on en vit tous, qu'elle soit grande ou petite. Je suis stressé à l’idée de comment on va arriver à régler les problèmes que l’on a causés.

Q. Pourquoi la marche est-elle importante?

R. Ça passe un message aux dirigeants, mais aussi à ceux qui nous regardent à la télé. Des fois, des personnes dans la rue qui ne pensaient pas manifester se joignent à nous et c’est comme ça qu’on va sensibiliser les gens.

Un automobiliste arrêté au bord de la route Transcanadienne observe un feu de forêt à flanc de montagne à Lytton, en Colombie-Britannique, le jeudi 1er juillet 2021.

Des incendies comme celui qui a ravagé la municipalité de Lytton, en Colombie-Britannique, risquent de devenir de plus en plus courants à cause des changements climatiques, selon des experts.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Q. Selon vous, une marche comme ça peut-elle aider à calmer l’écoanxiété des jeunes?

R. Ça aide, c’est certain. On voit qu’on est pas seul à se sentir comme ça, que ce n’est pas un phénomène isolé et qu’on est tous dans le même bateau.

Q. Quel message voudriez-vous passer aux instances politiques?

R. Notre groupe (la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social) trouve que le gouvernement de Justin Trudeau qui est en place depuis six ans n’a pas fait grand-chose. Les GES au pays ont augmenté et son gouvernement finance les énergies fossiles.

On demande donc des actions cohérentes et rapides, mais ce message est valable pour toutes les instances gouvernementales. Pour François Legault, en particulier, les projets comme le troisième lien et GNL Québec, on veut que ça s'arrête.


La Dre Geneviève Ferdais, 39 ans, médecin de famille à Verdun, mère de trois enfants et membre du groupe Pour nos enfants de Montréal.

Ayez donc un peu de courage politique!

Une citation de :Geneviève Ferdais, 39 ans, médecin de famille à Verdun

Q. Vous êtes une femme bien occupée en étant médecin et mère de trois enfants. Vous trouverez le temps d’aller marcher?

R. Il faut! Il faut prendre le temps, c'est trop important! Il faut montrer au gouvernement qu’on est là. Il faut montrer aussi à nos enfants que le statu quo n’est pas une option.

C’est vraiment la menace et l’enjeu numéro un. Je marche pour moi, pour mes enfants, pour mes patients et pour les générations futures.

Puis, comme personne qui travaille dans le système de santé, ça m’interpelle. Le climat et la qualité de l’air, tout ça, c’est interrelié. On voit les impacts du réchauffement climatique sur la santé des gens.

Q. Vivez-vous de l’écoanxiété?

R. J’arrive à vivre une vie heureuse. Mais c’est une trame de fond, la crise climatique, dans ma vie de tous les jours. Dans nos choix de voyages, nos choix de voitures, dans nos choix à l’épicerie… Je trouve épuisant que cette responsabilité, celle de faire de bons choix, soit sur les épaules du citoyen. À date, il n’y a pas encore de système en place qui fait que je me sente en confiance quand je consomme. On n'est pas sur la bonne voie.

Je pense que toutes les générations doivent se mobiliser pour les jeunes et les générations futures. On a tous une responsabilité sociale.

Q. Un message pour Justin Trudeau et François Legault?

R. Ayez donc un peu de courage politique! Les solutions existent et elles sont à notre portée. Et moi, ce que je veux comme Canadienne, c’est que mon pays soit un exemple en atteignant la carboneutralité rapidement. Je veux avoir un cadre législatif qui fait que rien ne pourra changer même si on a un autre gouvernement. Il faut aussi et surtout avoir une obligation de résultat. On est en retard sur de nombreux pays d’Europe. On en parle, mais la classe politique tarde à agir. C’est absurde, par exemple, qu’on vende encore des tondeuses au gaz ou que l’on installe des lignes de gaz dans les maisons pour chauffer! Ça n’a juste pas de bon sens.

La foule se masse dans une rue de Montréal.

La marche pour le climat du 27 septembre 2019

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes


Mitchell Leckner, 44 ans, ingénieur et père de deux enfants et membre du groupe Pour nos enfants Montréal.

Q. Pourquoi la marche est-elle importante?

R. Je suis très préoccupé par la crise climatique. Il ne reste plus de temps. Je suis déçu que les gens ne réalisent pas que c’est très urgent d’agir. Vous savez, à Montréal, on est vraiment chanceux, on vit très peu d’effets des changements climatiques. Donc les gens se sentent loin de la réalité des autres qui vivent des feux de forêt ou des inondations.

Les gens doivent normalement vivre des événements malheureux avant d’agir. En marchant, on peut sensibiliser les gens.

Je fais ce que je peux pour aider au quotidien. Je suis végétarien, mes enfants aussi, puis j’utilise mon vélo pour me déplacer même en hiver. Je suis minimaliste. Mais seul, on n'a pas beaucoup d’impact. C’est la somme de nos efforts collectifs qui comptent. Les changements individuels sont très importants, mais ça ira plus vite si le politique s’active. Et, pour ça, on doit se faire entendre.

Je fais ça pour mes enfants et pour tout le monde, même les animaux.

Q. Vous étiez le premier papa à rejoindre le groupe Pour nos enfants Montréal. Vous aimeriez voir plus d’hommes s’impliquer?

R. Il y a moins d'hommes qui militent pour la crise climatique et je ne sais pas pourquoi. Ici, au pays, la base du mouvement écologiste est menée par des femmes. Ce qui est très bien, comprenez-moi! Mais il faut plus d'hommes dans cette mobilisation demain.

Q. Avez-vous un message pour les politiciens?

R. Le programme de Justin Trudeau n’est pas mauvais, mais il est loin d’être excellent. Et on a besoin de quelque chose d’excellent, on a besoin d’un vrai leader. J’ai envie de leur dire que les actions sont urgentes. Pour François Legault, on a vu pendant la pandémie qu’il est réactif quand la population grogne. Alors, on espère qu’avec une marche comme celle de demain, il se réveille.

Trois personnes se tiennent sur la place Saint-Marc, et elles ont de l'eau jusqu'aux genoux.

La place Saint-Marc de Venise a été inondée en 2019 après des marées records causées par la hausse du niveau de la mer. Les scientifiques croient que des événements du genre seront de plus en plus communs si l'on ne fait rien pour combattre les changements climatiques.

Photo : Getty Images


Marguerite Kephart, 75 ans, ancienne consultante en administration dans le domaine de la coopération internationale et maman d’une fille de 40 ans.

N’attendez pas que la population soit en avant de vous. C’est à vous d’être devant nous.

Une citation de :Marguerite Kephart, consultante en administration

Q. Pourquoi est-ce important pour vous de prendre part à la marche?

R. Parce que quand j’écoute les scientifiques, et ça fait 40 ans que je les écoute, on nous dit que si on ne fait rien, si on ne diminue pas notre consommation, on va détruire l’environnement. C’est la catastrophe! Puis, j’ai entendu le discours vibrant d’Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, en 2018, qui demandait aux nations que l’on agisse vite. Son discours m’a saisie.

J’étais en France pendant la COP21 et c’était gros comme événement. On se commettait à des cibles spécifiques, c’était intéressant. Et depuis, il ne se passe plus rien.

Greta Thunberg regarde les journalistes.

La militante suédoise Greta Thunberg a pris la parole aux côtés des organisateurs de la grève pour le climat de Montréal en 2019.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Q. Vivez-vous de l’écoanxiété?

R. Non. Vous savez, à mon âge, je ne serai pas là encore longtemps. Mais ma fille en fait et ça m'attriste énormément. C’est une catastrophe.

Heureusement que je ne serai plus là encore longtemps pour voir tout ce qui va se passer, je serais encore plus déprimée. Je suis déjà très remuée par ce que je vois.

Q. Quel message voulez-vous faire passer aux politiciens?

R. Agissez sur ce que dit la science! Ne nous présentez pas de beaux programmes que vous ne mettrez pas en place. Arrêtez de présenter des demi-mesures que vous n’allez même pas mettre en place.

N’attendez pas que la population soit en avant de vous, c’est à vous d’être en avant de nous.

Cette marche s'inscrit dans le mouvement Fridays For Future (Les vendredis pour l'avenir), lancé en 2018 par la jeune militante écologiste suédoise Greta Thunberg. Selon le regroupement, des manifestations semblables sont organisées dans plus de 7 500 villes sur tous les continents. Elles visent à mobiliser les jeunes pour l'action climatique et à interpeller les dirigeants sur la nécessité d'actions concrètes pour protéger l'environnement.

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