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Des doutes sur la capacité d’attirer suffisamment d’infirmières en Abitibi-Témiscamingue

Le centre hospitalier d'Amos.

Le centre hospitalier d'Amos (archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Les bonus annoncés par le gouvernement du Québec afin d’augmenter le nombre d'infirmières dans le réseau public fonctionnent-ils en Abitibi-Témiscamingue? C’est la question que se posent des élus et le syndicat interprofessionnel en soins de santé (FIQ).

Le gouvernement a ciblé l'Abitibi-Témiscamingue comme une des régions problématiques, où on accordera donc des primes plus élevées aux infirmières.

Les infirmières qui travaillent déjà à temps plein ou qui passeront de temps partiel à temps plein recevront 18 000 $. Celles qui feront un retour dans le réseau après un départ à la retraite ou après un passage au privé mettront la main sur 15 000 $.

Les annonces du premier ministre :

  • 15 000 $ pour les infirmières qui travaillent à temps plein dans le réseau;
  • 15 000 $ pour les infirmières actuellement à temps partiel (40 %) qui passeraient à temps plein;
  • 12 000 $ pour les infirmières du privé ou à la retraite qui reviendraient à temps plein au public;
  • Des primes majorées de 3000 $ dans cinq régions où la pénurie est plus grave, soit l'Outaouais, l'Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord, le Nord-du-Québec et la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine;
  • La formation de 3000 agents administratifs qui aideront les infirmières à remplir la paperasse, afin qu'elles puissent se consacrer davantage aux patients;
  • Les horaires défavorables (soir, nuit et fin de semaine) seront d'abord offerts au personnel issu des agences privées.

Toutefois, le syndicat interprofessionnel en soins de santé en Abitibi-Témiscamingue (FIQ-SISSAT) croit qu’il faudrait des mesures plus musclées pour attirer les infirmières des agences privées vers le réseau public.

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’en région en ce moment, il y a 80 infirmières qui viennent d’agences privées, et sur ces 80 infirmières-là, les trois quarts viennent de l’extérieur, indique le président de la FIQ-SISSAT, Jean-Sébastien Blais. Les 3000 $ de différence, est-ce que ça va vraiment inciter la main-d'œuvre indépendante à s’installer en Abitibi-Témiscamingue plutôt que de retourner chez elles ailleurs au Québec et intégrer le réseau public?

La députée de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien, abonde dans le même sens.

On n'est pas certain que ces 3000$ vont convaincre les infirmières de Montréal de traverser le parc de La Vérendrye pour venir travailler en Abitibi-Témiscamingue.

Une citation de :Émilise Lessard-Therrien, députée de Rouyn-Noranda-Témiscamingue

Le gouvernement souhaite atteindre un taux d'infirmières qui travaillent à temps complet de 75 % au Québec. Jean-Sébastien Blais souligne qu’en Abitibi-Témiscamingue, ce taux est déjà à 72 %.

Est-ce que le 3 % d'infirmières de plus qui travaillent à temps complet, ça va être suffisant pour combler tous les manques en région? On a quand même des réserves à ce niveau-là, dit-il.

Par contre, la présidente-directrice générale du Centre intégré de santé et services sociaux (CISSS) de l’Abitibi-Témiscamingue, Caroline Roy, pense que les mesures annoncées auront l'effet escompté.

Caroline Roy écoute une personne hors-champ durant une séance du conseil d'administration.

La PDG du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue, Caroline Roy (archives)

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Il y a fort probablement des personnes qui choisiront d’aller au-delà de leur temps partiel actuel pour bénéficier des incitatifs pour la période d’un an, estime-t-elle.

Le CISSS compte contacter les infirmières à la retraite et celles des agences privées de la région, mais ne peut pas dire combien répondront à l’appel.

Des mesures plus intenses souhaitées

Des élus affirment que le gouvernement aurait dû viser d’autres emplois et d’autres secteurs du réseau de la santé afin de résorber la crise actuelle.

Le gouvernement place le redressement du réseau de la santé sur les épaules des infirmières. Et ça, c’est problématique pour nous, parce que si les infirmières décident que ce n'est pas de l’argent qu’elles veulent, que ce sont de meilleures conditions de travail, [...] ce plan-là est voué à l’échec, croit Émilise Lessard-Therrien.

Le porte-parole du Parti Québécois en matière de santé, Joël Arseneau, pense que le gouvernement devrait améliorer les conditions de travail des autres employés du réseau de la santé, mentionnant par exemple les technologues en imagerie médicale, les travailleurs sociaux et les techniciens de laboratoire.

On va continuer d’avoir une pénurie de personnel dans d’autres secteurs et on crée deux catégories de gens dans le personnel de la santé. Est-ce qu’on va, en tentant d’améliorer le sort des infirmières, complètement démobiliser les autres membres du personnel de la santé et donc finalement voguer de crise en crise?, s’interroge Joël Arseneau.

La députée Lessard-Therrien doute aussi que dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre, on réussisse à embaucher les agents administratifs que le gouvernement souhaite ajouter dans le réseau de la santé.

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