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Tir groupé contre le système de répartition des médecins au Québec

Les bras d'un médecin et de sa patiente; ils discutent, assis à un bureau.

Le Dr Louis Godin dresse un portrait de la médecine de famille au Bas-Saint-Laurent.

Photo : iStock

Alors que le nombre de patients en attente d’un médecin de famille ne cesse d’augmenter au Québec, une clinique de la Capitale-Nationale estime que le système de répartition des médecins dans la province est désuet.

Au moins six médecins de la clinique médicale Saint-Louis ont annoncé qu'ils partaient à la retraite en un peu plus d'un an. Aucun médecin ne les remplacera. Résultat : 10 000 patients vont perdre leur médecin d'ici le printemps prochain. Cela représente plus de 10 % des patients orphelins de la Capitale-Nationale. La situation est qualifiée de désastreuse par le personnel.

Il y a des patients qui sont venus dans mon bureau, qui pleurent, qui capotent. Et ils ont raison, tonne Julie Deslauriers, la directrice de la clinique.

L'entrée de la clinique médicale Saint-Louis, à Québec. C'est une clinique sans- rendez-vous.

L'entrée de la clinique médicale Saint-Louis, à Québec

Photo : Radio-Canada / Nicole Germain

Plusieurs d’entre eux sont des personnes âgées et malades qui devront se tourner vers le Guichet d'accès à un médecin de famille, les urgences ou encore la plateforme Rendez-vous santé Québec, déjà engorgée.

Chaque patient qu'on met sur le Guichet d'accès alourdit le système dans la région de Québec.

Une citation de :Julie Deslauriers, directrice de la clinique médicale Saint-Louis

Le personnel de la clinique veut passer un message : si ces médecins retraités n’ont pas pu être remplacés, ce n’est pas faute d’avoir essayé. Plusieurs nouveaux diplômés en médecine familiale ont en effet cogné à la porte de la clinique, mais celle-ci se trouve dans l’impossibilité de les embaucher, puisqu'elle doit se plier aux Plans régionaux en effectifs médicaux (PREM) du gouvernement. La directrice de la clinique montre du doigt ce système qui vise à répartir équitablement les médecins de famille sur le territoire de la province.

Qu'est-ce que le PREM?

En vertu de ce système, le ministère de la Santé évalue tous les ans les besoins dans chacune des régions. Après un calcul très complexe, il crée un nombre de postes pour les nouveaux médecins et ceux déjà en exercice dans chaque région. La période de mise en candidature a lieu à l'automne.

Or, dans les régions plus peuplées comme celle de Québec, un nombre limité de postes est offert aux nouveaux médecins. En 2020, il y en a eu 17 dans la Capitale-Nationale et 13 en Chaudière-Appalaches.

Il y a de jeunes médecins qui aimeraient venir pratiquer, mais malheureusement, ils n'ont pas l'occasion de venir parce qu’il n’y a pas de postes attitrés pour eux, déplore la Dre Nicole Dorion, médecin à la clinique Saint-Louis depuis 22 ans.

Condamnées à déménager

Radio-Canada a parlé à deux jeunes médecins qui critiquent ce système. Elles ont toutes deux demandé à ne pas être identifiées par peur que cela nuise à leurs chances d’obtenir le poste qu’elles convoitent.

Aurélie, une résidente de deuxième année en médecine familiale, rêve de travailler à la clinique médicale Saint-Louis. Pour ce faire, elle devra obtenir un poste dans la région de Québec, mais la compétition pourrait être féroce, et elle sait qu’elle risque de devoir déménager dans une autre région pour pratiquer.

Or, souligne-t-elle, les besoins sont grands dans la Capitale-Nationale. En effet, en date du 30 juin 2021, il y avait 93 572 patients en attente d’un médecin de famille dans la région, soit plus du double d’il y a trois ans. En date du 31 juillet dernier, il y avait plus de 830 000 personnes sans médecin de famille au Québec.

Je trouverais ça aberrant de partir. Ça aurait des impacts sur ma vie personnelle, souligne la jeune femme originaire de Québec.

Émilie, une nouvelle diplômée en médecine familiale, a quant à elle accepté un poste dans une région périphérique de la Capitale-Nationale, à des centaines de kilomètres de chez elle. Si cette situation est soutenable pour l’instant, elle affirme qu’elle serait inconciliable si elle avait des enfants.

Mon désir, c’était de rester à Québec, mais les PREM [...] il n’y en avait pas assez, se désole-t-elle.

Elle voudrait partager son temps facturable entre Québec et la région, mais le ministère l'en empêche, déplore-t-elle.

Des pénalités salées

Les nouveaux médecins, ou nouveaux facturants, qui voudraient pratiquer dans la région de Québec hors du système des PREM s’exposent à de sévères pénalités. Ils perdent 30 % de leur salaire et deviennent inadmissibles à un poste dans cette région pendant cinq ans. La Dre Nicole Dorion croit que le système de PREM est désuet et devrait être revu.

De la relève, on en a, mais laissez-la venir nous aider, s'il vous plaît.

Une citation de :La Dre Nicole Dorion, médecin à la clinique Saint-Louis

Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), Louis Godin, croit que le système a ses défauts, mais qu’il demeure nécessaire.

Si on laissait le libre marché s'installer, c’est-à-dire si on laissait les médecins s’installer où ils veulent, c’est sûr que des régions comme Québec seraient beaucoup plus attrayantes. On se retrouverait avec une pénurie énorme de médecins en région, affirme-t-il.

Encore trop peu de médecins

Le cœur de ce problème, selon Louis Godin, est le nombre insuffisant d’étudiants dans les programmes de médecine familiale.

On n’a pas suffisamment de médecins qui arrivent sur le marché du travail chaque année pour combler tous les besoins.

Une citation de :Louis Godin, président de la FMOQ

Selon la FMOQ, il manque présentement de 800 à 1000 médecins de famille au Québec.

Pour répondre à tous les besoins, cette année, on aurait peut-être besoin de 1000 ou 1200 nouveaux médecins, précise-t-il.

Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, et le ministre Gaétan Barrette

Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, et l'ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette

Photo : La Presse canadienne / Clément Allard

Il ajoute que la médecine familiale est aux prises avec un problème d’attractivité de la relève qui s’est aggravé depuis l’adoption de la loi 20 sur l’accès aux médecins par l’ancien gouvernement libéral. Le nombre de nouveaux médecins qui arrivent sur le marché du travail est donc insuffisant pour pallier le départ des médecins plus âgés, particulièrement nombreux dans la région de Québec.

Chaque année, on va avoir un nombre significativement important de patients qui vont perdre leur médecin.

Une citation de :Louis Godin, président de la FMOQ

Le président de la FMOQ croit que Québec va devoir trouver des façons d’alléger le fardeau des médecins de famille d’ici à ce que la relève soit plus nombreuse. Le ministère de la Santé répond par courriel que des projets sont en cours d’implantation afin d’améliorer l’accès aux services de première ligne, et permettront une meilleure prise en charge utilisant des stratégies complémentaires au travail des médecins, notamment en renforçant la prise en charge interprofessionnelle.

La Dre Nicole Dorion demeure toutefois convaincue que le manque criant de médecins à la clinique Saint-Louis était prévisible depuis des années et que le ministère devrait dorénavant accorder une plus grande part des ressources en médecine familiale à la Capitale-Nationale.

Ce qui s'en vient pour nous, c'est énormément de détresse pour nos patients. On va essayer le plus possible de leur donner ce qu'on peut, mais il faut de la relève, plaide-t-elle.

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