•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des femmes du Nunavut veulent « donner naissance dans leur communauté »

Iqaluit demeure, à ce jour, la seule des 25 collectivités du Nunavut où les femmes ont accès à des services d'accouchement.

Odelia Tartak, une résidente de Rankin Inlet, tient dans ses bras son jeune garçon de trois mois.

Des femmes de la région de Kivalliq, dans le centre du Nunavut, souhaitent que le gouvernement territorial offre des services de naissances dans les collectivités.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Devant l’absence de services de naissances dans leur communauté, des femmes de la région de Kivalliq, dans le centre du Nunavut, lancent un cri du coeur à leurs futurs élus territoriaux. Elles souhaitent avoir la possibilité d’accoucher auprès des leurs, dans leur langue maternelle, sans avoir à s’envoler vers le Sud.

La suspension des services de naissances à Rankin Inlet, au cours de l’été 2020, a été un coup dur pour les familles de toute la région. Depuis plus d’un an, des femmes doivent s’envoler à contrecœur vers Iqaluit ou Winnipeg, au Manitoba, pour donner naissance.

Le Nunavut ne compte qu’un seul hôpital, situé dans la capitale, mais ce dernier ne dispose pas d’unité de soins intensifs. Les déplacements médicaux vers des provinces du Sud font partie de la réalité des résidents du territoire.

Des bâtiments éclairés par le soleil dans le centre-ville de Winnipeg.

Les femmes de la région de Rankin Inlet doivent régulièrement se rendre à Winnipeg pour donner naissance.

Photo :  CBC / Michael Fazio

Quitter les siens pour donner naissance

Charlotte Karetak est tombée enceinte de son premier enfant lorsque la pandémie a déferlé sur le pays.

Cette résidente d’Arviat, dans l’ouest de la baie d’Hudson, espérait accoucher à Rankin Inlet, où habite une partie de sa famille. Elle était loin de se douter, neuf mois plus tard, qu’elle donnerait plutôt naissance à Winnipeg et qu’elle y passerait deux longs mois avec son conjoint.

Psychologiquement, ça a été extrêmement difficile, résume-t-elle. Tu te prépares à devenir une mère pendant que ton corps fait face à de nombreux changements, mais tu n’as qu’une seule personne pour te soutenir.

Tu es loin de ta famille pendant tellement longtemps que tu finis par être épuisée à ta sortie de l’hôpital, dit-elle.

Charlotte Karetak porte son bébé dans un «amauti», un manteau traditionnel inuit.

Charlotte Karetak a donné naissance à son premier enfant, Kuutsiq, au mois de février à Winnipeg.

Photo : Kesha Karetak/Photo fournie par Charlotte Karetak

Le centre de naissances de Rankin Inlet offrait des services prénataux et de naissances aux femmes de l’ensemble de la région de Kivalliq. Cette ressource permettait à de futures mères d’accoucher dans leur langue maternelle, la langue inuit, en plus de compter sur le soutien de leur famille.

Odelia Tartak, une résidente de Rankin Inlet, est mère de quatre enfants. Au cours des dernières années, elle a donné naissance à Winnipeg, à Rankin Inlet et à Iqaluit.

Bien qu’elle soit restée au Nunavut pour son dernier accouchement, au mois de juin, l’expérience la laisse toujours amère. Je ne voulais pas laisser mes autres enfants derrière moi, raconte-t-elle. J’étais déçue, mais aussi craintive à cause de la pandémie. Je ne voulais aller nulle part.

La crise sanitaire a d’ailleurs exacerbé la vulnérabilité des femmes qui doivent se rendre dans le Sud pour leur accouchement. Au mois de janvier, une résidente de Sanikiluaq, dans le sud du Nunavut, est décédée des suites de la COVID-19 dans un hôpital de Winnipeg, où elle s’était rendue pour donner naissance.

Recrutement de personnel difficile

En août 2020, le gouvernement du Nunavut a annoncé qu’il suspendait temporairement les services de naissances à Rankin Inlet en raison d’un manque de personnel.

Les efforts de recrutement ont été affectés par le manque de logements pour le personnel, soutient le ministère de la Santé dans un échange de courriels, en ajoutant que ces efforts sont en cours.

Selon le gouvernement du Nunavut, seul un de ses dix postes de sages-femmes à durée indéterminée est actuellement pourvu. Le territoire compte actuellement quatre sages-femmes occasionnelles.

La façade extérieure d'un bâtiment de Rankin Inlet.

Le bâtiment qui offre des services prénataux et post-partum, à Rankin Inlet.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Le centre de naissance de Kitikmeot, à Cambridge Bay, offrait lui aussi un service similaire aux femmes de la région la plus à l’ouest du territoire.

Confronté aux mêmes défis d’embauche qu’à Rankin Inlet, l’établissement s’en tient aujourd’hui à des services prénataux et post-partum, indique le ministère de la Santé.

À ce jour, Iqaluit demeure donc la seule des 25 collectivités du Nunavut où des femmes peuvent choisir de donner naissance.

Les besoins en matière de naissances sont pourtant bien réels au territoire. En 2019, le taux de natalité atteignait 21,8 pour 1000 habitants, un taux plus de deux fois supérieur à la moyenne nationale, selon Statistique Canada.

Un coucher de soleil au mois de mai à Iqaluit.

Iqaluit est la seule collectivité du Nunavut qui compte un hôpital et où il est possible de planifier un accouchement.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Des sages-femmes inuit complètement laissées à [elles]-mêmes

Catherine Connelly et Rachel Kaludjak étaient, jusqu’à récemment, les seules sages-femmes inuit du territoire disposant d’une reconnaissance nationale. Elles ont exercé au centre de naissance de Rankin Inlet pendant plus d’une dizaine d’années avant de prendre la difficile décision de mettre la clé sous la porte.

Nous ne pouvions plus continuer, se souvient Rachel Kaludjak, la gorge nouée. Nous étions épuisées.

Elle décrit des conditions de travail difficiles à travers lesquelles les deux sages-femmes étaient complètement laissées à [elles]-mêmes.

Parfois, il nous arrivait d’être de garde pendant des semaines sans avoir un seul jour de repos, raconte Catherine Connelly. Puisque nous étions les seules sages-femmes embauchées pour une durée indéterminée [...] nous étions responsables de recruter le personnel qui nous permettrait d’avoir des jours de congé.

Catherine Connelly et Rachel Kaludjak devant une rue de Rankin Inlet.

Catherine Connelly (à gauche) et Rachel Kaludjak (à droite) ont respectivement quitté le centre des naissances en janvier et en août 2020.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Le système de santé du territoire dépend de personnel embauché dans le Sud pour de courtes durées. Rachel Kaludjak affirme que le roulement fréquent d’employés les obligeait à sans cesse orienter culturellement les nouvelles sages-femmes.

Catherine et moi devions porter ce fardeau, dit-elle, en ajoutant que ce fossé culturel était parfois nocif pour les femmes enceintes inuit.

Elle se souvient que les mois qui ont suivi leur départ puis la fermeture provisoire du centre de naissances ont été déchirants. De nombreuses femmes nous arrêtaient à l’épicerie et nous demandaient : “Pourquoi êtes-vous parties? Nous avons besoin de vous. Quand serez-vous de retour?”

Former des sages-femmes inuit

Rachel Kaludjak et Catherine Connelly sont unanimes : le gouvernement du Nunavut doit former des sages-femmes localement, assurent-elles. Ces dernières avaient suivi un programme de sages-femmes offert par le Collège de l’Arctique du Nunavut à partir de 2006, mais ce dernier a été suspendu en 2014.

La façade extérieure du Collège de l'Arctique du Nunavut.

Le Collège de l'Arctique du Nunavut est le seul établissement postsecondaire au Nunavut.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Jocelyn Merritt, une résidente de Rankin Inlet, a donné naissance à ses deux enfants dans sa communauté. Je me sens très chanceuse d’avoir pu donner naissance ici, mentionne-t-elle.

Elle souhaiterait voir d’autres femmes avoir la possibilité d’avoir recours à un centre de naissances qui, dit-elle, offre un environnement naturel et très réconfortant.

En cette période électorale au Nunavut, elle espère que l’enjeu des naissances dans les collectivités sera pris avec plus de considération par le futur gouvernement.

Nous sommes en 2021, les gens devraient être en mesure de donner naissance dans leur communauté.

Une citation de :Jocelyn Merritt, résidente de Rankin Inlet

Le ministre territorial de la Santé, Lorne Kusugak, a décliné notre demande d’entrevue.

Bannière promotionnelle avec le texte : Explorez les histoires du Grand Nord, ICI Grand Nord

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !