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Donner un terrain pour sauver une école

Une pancarte sur laquelle on peut lire «Gagne ce terrain». Elle est installée sur un arbre.

La municipalité de Sainte-Apolline-de-Patton fait tirer un terrain de 3000 mètres carrés.

Photo : Radio-Canada / Marie Maude Pontbriand

Sainte-Apolline-de-Patton est à la recherche de nouveaux habitants pour sauver son école primaire. Situé à une trentaine de minutes au sud de Montmagny, le village de 500 âmes offre deux prix : un terrain et la location d’une maison gratuite pour un an. De quoi changer la vie de deux jeunes familles en quête d’aventure.

La période d'inscription se termine le 1er octobre. Les gagnants seront tirés au sort parmi les candidatures sélectionnées. Pour s'inscrire, il faut remplir un formulaire et expliquer à la municipalité en quoi vous feriez un bon Apollinois.

C'est sûr que c'est un profil de jeunes familles qui ont des enfants en bas âge, puis qui veulent s'installer dans un nouveau projet de vie, explique Donald Veilleux, de la Corporation de développement économique de la MRC de Montmagny (CDEMM).

Quatre hommes discutent sur le parvis de l'église de Sainte-Apolline-de-Patton.

Donald Veilleux (à gauche) et Bruno Gagné (à droite) discutent devant l'église de Sainte-Apolline-de-Patton.

Photo : Radio-Canada / Marie Maude Pontbriand

Pour des raisons légales, la municipalité a dû confier l’organisation du concours à la CDEMM, un organisme à but non lucratif. La municipalité a donc cédé le terrain et la maison à la corporation qui sera responsable de remettre les prix.

Les gagnants du terrain recevront aussi un montant équivalent aux taxes municipales et scolaires pour les cinq premières années. Il faudra en retour construire une maison dans les 18 mois et s’y établir pour au moins cinq ans.

Succès inattendu

Près de 200 participants se sont inscrits depuis l’ouverture du concours à la mi-juillet, dont le quart pour la maison. On s'était dit en partant que si on avait une vingtaine de candidatures, on aurait été heureux, lance M. Veilleux. Les organisateurs sont donc ravis de ce succès inattendu.

La municipalité a reçu des candidatures d’aussi loin que le Brésil. Il semblerait qu’un employé de la MRC d'origine brésilienne ait partagé l'information sur les réseaux sociaux. Résultat : un magazine a publié un article sur le concours de Sainte-Apolline-de-Patton et une dizaine de familles se sont manifestées pour tenter leur chance.

Une capture d'écran de l'article publié sur le web.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un article sur le concours de Sainte-Apolline-de-Patton a été publié dans un magazine brésilien.

Photo : Radio-Canada

École en péril

C’est pour sauver son école primaire que le conseil municipal de Sainte-Apolline-de-Patton est passé à l’action. Pour la garder, il faut au moins six élèves au premier cycle et six au deuxième cycle. Cette année, il manque trois élèves au premier cycle pour faire le compte. L’école est malgré tout ouverte, mais il est nécessaire d'intervenir pour la pérenniser.

L'objectif, c'est vraiment d'attirer de nouvelles personnes, de nouveaux jeunes, parce qu'on a une population un peu plus vieillissante. On veut vraiment avoir un tournant vers la jeunesse, explique le maire du village, Bruno Gagné.

Être maire d’une petite municipalité comporte son lot de défis, raconte M. Gagné. Le rajeunissement de la population en est un et il assure avoir les outils pour le relever.

Sainte-Apolline-de-Patton a tout ce qu’il faut pour combler les jeunes familles, en particulier les amoureux de la nature, dit-il. Elle est située en plein cœur du parc des Appalaches, qui regroupe 140 kilomètres de sentiers de randonnée, des lacs et des rivières.

Un maison à étage avec une galerie à l'avant.

La municipalité de Sainte-Apolline-de-Patton offre gratuitement la location de cette maison pendant un an.

Photo : Radio-Canada / Marie Maude Pontbriand

Place aux jeunes

Les nouveaux arrivants ne seront pas laissés à eux-mêmes. L'organisme Place aux jeunes en région veille au grain. Deux prix de 500 $ seront remis aux familles choisies pour les aider à s’intégrer. Elles pourront se payer des activités ou de la formation, par exemple, explique l’agent de Place aux jeunes pour la MRC de Montmagny, Philippe Beaumont.

Le jeune homme s’occupera d’accompagner les familles et sera disponible pour répondre à leurs questions.

Philippe Beaumont pose devant la maison à louer gratuitement à Sainte-Apolline-de-Patton.

Philippe Beaumont est agent pour le programme Place aux jeunes dans la MRC de Montmagny.

Photo : Radio-Canada / Marie Maude Pontbriand

On ne veut pas juste avoir une nouvelle famille, on veut une rétention derrière ça. Donc, on fait un suivi avec eux pour s'assurer qu'ils soient bien dans la MRC de Montmagny.

Une stratégie éprouvée

À une vingtaine de minutes à l’ouest de Sainte-Apolline-de-Patton se trouve la municipalité de Saint-Philémon. Situé dans la MRC de Bellechasse, le village de 705 habitants a fait face au même défi il y a quelques années.

Un concours a aussi été organisé pour attirer une jeune famille et ça a fonctionné, se réjouit le maire. La municipalité a acheté une maison dont elle a offert la location pour un an. Une famille de cinq enfants est arrivée à la rescousse et a sauvé l’école.

Cette famille a finalement quitté le village pour acheter une propriété dans un village voisin, après un peu plus d’un an. La municipalité a donc renouvelé son concours et voilà qu’une nouvelle famille, celle-ci avec six enfants, est arrivée cet été.

Le module de jeux devant l'école de Saint-Philémon.

L'école de Saint-Philémon, dans Bellechasse, a été sauvée grâce à un concours qui offrait la location d'une maison pour un an.

Photo : Radio-Canada / Marie Maude Pontbriand

L’audacieuse maman qui a quitté Montréal ne regrette pas du tout son choix. Même si elle admet que ce n’était pas facile de déménager à plus de 300 kilomètres de ses proches, Mélissa Quesnel ne reviendrait pas en arrière. L’air pur de Saint-Philémon a changé sa vie et celle de ses enfants, dit-elle.

Le maire de la municipalité située au pied du Massif du Sud estime que le concours a bien servi son village.

On n’a pas de regrets d'avoir adopté cette tactique-là, parce que l'école serait peut-être fermée à l'heure qu'il est. Les deux fois, ça a fonctionné. On est très content, explique Daniel Pouliot.

Une maison blanche à étage.

La municipalité de Saint-Philémon a offert la location de cette maison pour un an dans le cadre d'un concours.

Photo : Radio-Canada / Marie Maude Pontbriand

Un autre concours?

La municipalité de Saint-Philémon constate un retour vers le rural depuis le début de la pandémie. Environ trois nouvelles familles s’y sont établies en un an. De quoi assurer la survie de l’école pendant plusieurs années, rapporte le maire Pouliot.

Avec les nouvelles familles, on est assuré pour un petit bout de temps. C'est pour ça qu'on peut se préparer à faire autrement.

Daniel Pouliot pose devant la maison offerte pour un an à une jeune famille.

Daniel Pouliot est maire de Saint-Philémon depuis une douzaine d'années.

Photo : Radio-Canada / Marie Maude Pontbriand

Après l’élection - aucun candidat ne se présente contre lui pour le moment -, il compte s'atteler à développer un programme d’aide à l’accès à la propriété pour remplacer le concours.

À Sainte-Apolline-de-Patton, on va commencer par gérer la popularité du concours actuel avant de penser à en organiser un deuxième.

Pas question d’abandonner toutes les familles qui ne remporteront pas le concours, assurent les organisateurs. La MRC s’affaire à préparer un inventaire des terrains à vendre disponibles dans la région.

On va contacter les autres pour dire : ''Voici l'inventaire des terrains, à quel prix, dans quelle municipalité''. Donc les gens qui veulent faire un projet de vie, s'ils sont sérieux, on va les aider à se trouver quelque chose, conclut Donald Veilleux.

Finalement, peut-être que le concours n’aura plus sa raison d’être l’an prochain.

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