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16 000 infirmières embauchées au Québec depuis plus de deux ans

Un groupe d'étudiantes en sciences infirmières.

La médiatisation de conditions de travail difficiles vécues dans certains hôpitaux ne semble pas avoir découragé les candidatures pour la profession d'infirmière.

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Depuis le printemps 2019, de nombreux établissements de santé au Québec sont parvenus à embaucher un plus grand nombre d’infirmières par rapport à celles qui ont quitté leur emploi. Et plusieurs sont issues des universités où l’intérêt pour la profession demeure soutenu.

En début de semaine, le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, se disait optimiste d’annoncer jeudi des mesures pour combler la pénurie de 4000 infirmières.

On va venir vous expliquer concrètement les mesures que l'on va appliquer pour être capables […] de donner le goût à des employés qui avaient soit quitté, soit à la retraite, le goût de revenir travailler avec nous, disait-il.

Il faut dire que les démissions, les changements d’employeurs, les retraites et les changements de carrière étaient déjà nombreux avant la pandémie.

Une compilation de Radio-Canada auprès d’une vingtaine de CISSS, CIUSSS et hôpitaux universitaires à travers le Québec indique effectivement que du mois d’avril 2019 au mois de juillet 2021, un total de 13 713 infirmières ont quitté leur emploi.

En revanche, ces établissements publics ont embauché un total de 16 305 infirmières durant cette période. Il s’agit d’un ajout net de près de 2600 infirmières, y compris des auxiliaires.

Ces 21 établissements qui ont répondu à nos demandes d'accès aux documents emploient plus de 55 000 infirmières un peu partout dans la province.

Notre compilation révèle par ailleurs que certains établissements ne sont pas parvenus à combler l’ensemble des départs, en particulier en Montérégie-Est, au Bas-Saint-Laurent, à la Capitale-Nationale ainsi qu’en Outaouais.

Demandes d’admission en hausse à l’université

La médiatisation de conditions de travail difficiles vécues dans certains hôpitaux ne semble pas avoir découragé les candidatures pour la profession.

Inscrite en sciences infirmières à l’Université de Montréal, Gabrielle Girard a eu la piqûre durant les premiers mois de la COVID-19 alors qu’elle était préposée aux bénéficiaires.

Je voyais le job des infirmières et ça m'a vraiment vraiment motivée, j'étais impressionnée, affirme-t-elle. C’était tellement une belle équipe que moi je me suis dit il faut que j'aille là-dedans.

Portrait de Gabrielle Girard.

Gabrielle Girard, étudiante en sciences infirmières à l’Université de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Cette étudiante est l’une des 1800 candidates qui ont fait une demande d’admission à l’Université de Montréal pour la session d’automne.

On a une hausse de 10 % de nos demandes d'admission à la formation initiale, et pour ce qui est du DEC-BAC, on a une hausse de 12 %, souligne la vice-doyenne aux études de premier cycle à la Faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal, Marjolaine Héon.

On peut avancer l'hypothèse que la pandémie est venue chercher la fibre un peu plus altruiste de nos étudiants, donc de s'engager à vouloir contribuer, ajoute-t-elle.

Portrait de Marjolaine Héon.

Marjolaine Héon, vice-doyenne aux études de premier cycle à la Faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Phénomène similaire à l’Université de Sherbrooke, où les demandes d’admission sont en hausse de 15 % cet automne.

Au collégial, le nombre d'inscriptions en techniques en soins infirmiers diminue graduellement depuis cinq ans.

BAC, agences, TSO

Parmi les solutions, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) recommandait la semaine dernière que le baccalauréat soit le seul diplôme qui donne accès à un permis de pratique de la profession tout en maintenant le choix de deux parcours de formation.

Certains domaines de soins, comme les soins critiques, ambulatoires, communautaires et spécialisés, pour lesquels le Québec a de grands besoins ne sont pas couverts par la formation au collégial, expliquait-on.

Selon les données de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), la proportion des 74 500 infirmières travaillant au Québec qui détient un baccalauréat en sciences infirmières a atteint pour la première fois 50 % en 2020-2021. Ce pourcentage était de 40 % en 2015.

La proposition d’éliminer la formation collégiale en soins infirmiers reçoit un accueil partagé à l’extérieur des hôpitaux à vocation universitaire.

Un omnipraticien de Montréal qui souhaite demeurer anonyme estime que ce serait inutile et coûteux.

Il faut être réaliste, avons-nous les moyens de payer pour des bachelières alors qu’une grande partie du travail pourrait être effectué par des infirmières formées au cégep ou même des infirmières auxiliaires?

Interrogé mercredi à l’émission Midi Info de Radio-Canada, le Dr Germain Poirier, président de la Société des intensivistes du Québec, a de son côté avancé d’autres suggestions afin de pallier les départs d’infirmières.

L’argent est une petite pièce dans le puzzle, a-t-il affirmé. Il faut ouvrir des postes permanents, arrêter le temps supplémentaire obligatoire (TSO) et surtout les agences qui depuis quelques années ont contribué à aider, mais aussi à dégarnir les hôpitaux. Ce dernier suggère un moratoire sur le recours aux agences.

Dereck Cyr, vice-président et responsable santé et sécurité au travail au syndicat des infirmières, inhalothérapeutes et infirmières auxiliaires de Laval, rappelle que plus de 30 % du personnel est en retrait sur l’assurance salaire ou la CNESST. La COVID-19 n'a qu'exacerbé la situation et causé en plus un plus grand exode dû aux conditions de travail de plus en plus exécrables, déplore-t-il.

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