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Renoncer à étendre la loi 101 au cégep est une idée « tordue », selon Guy Rocher

Le sociologue Guy Rocher.

Le sociologue Guy Rocher en 2019 (archives)

Photo : Radio-Canada

La Presse canadienne

Le choix du gouvernement Legault de renoncer à étendre la loi 101 au cégep est une idée « tordue » et « bancale », est venu dire mercredi le professeur émérite de l'Université de Montréal Guy Rocher, dans le cadre de la consultation menée sur le projet de loi 96.

Âgé de 97 ans, l'éminent sociologue a tenu à se présenter en personne à la vaste consultation hybride amorcée mardi et visant à commenter la réforme majeure de la loi 101, ou Charte de la langue française, déposée en mai et pilotée par le ministre Simon Jolin-Barrette.

C'est un homme inquiet pour l'avenir du français au Québec, mais n'ayant rien perdu de sa vigueur intellectuelle, qui s'est présenté en fin de journée devant les parlementaires.

J'ai le droit à mon âge de m'inquiéter de l'avenir, a dit M. Rocher, un des artisans de la Révolution tranquille. Il était au début des années 1960 membre de la commission Parent, à l'origine de la transformation et de la modernisation du réseau de l'éducation, puis il était aux côtés de Camille Laurin, ministre dans le cabinet de René Lévesque, pour rédiger ce qui allait devenir la loi 101, en 1977.

D'entrée de jeu, il s'est livré à un mea-culpa. Celui qu'on considère comme le père des cégeps estime aujourd'hui que ç'a été une erreur en 1977 de ne pas étendre l'application de la loi 101 à ces nouveaux collèges d'enseignement général et professionnel.

Le libre choix offert aux jeunes de fréquenter le cégep anglophone ou francophone n'était pas la voie à suivre, estime-t-il 44 ans plus tard, convaincu que le gouvernement d'alors a fait une mauvaise évaluation de la situation.

En effet, le cégep est devenu une des institutions exerçant le plus d'influence à la fois sur la société en général et sur les étudiants, qui y vivent une période marquante de leur vie.

Dans ce contexte, la décision du gouvernement de conserver le libre choix dans son projet de loi 96 n'est pas un choix banal, ce n'est pas un choix anodin, a fait valoir M. Rocher.

En fait, au lieu de l'interdire, le gouvernement a plutôt choisi de chercher à limiter l'attrait pour le cégep anglophone en gelant la proportion d'étudiants fréquentant les collèges de langue anglaise.

Fait rare, quand M. Rocher a quitté la salle du parlement où la commission tient ses travaux, tous les élus se sont levés spontanément pour l'applaudir.

Émue, la députée solidaire Ruba Ghazal, d'origine libanaise, lui a rappelé qu'elle était, en partie grâce à lui, une enfant de la loi 101.

Le monde municipal veut du temps

Plus tôt, l'Union des municipalités du Québec (UMQ) est venue réclamer une période de transition suffisamment longue entre l'adoption de la loi et son entrée en vigueur pour pouvoir appliquer les dispositions de la nouvelle loi. L'UMQ veut aussi que le milieu municipal soit davantage consulté sur le volet administratif du projet de loi, qui prévoit étendre aux villes le principe de l'exemplarité de l'État en matière d'usage exclusif du français.

Aux questions du ministre parrain du projet de loi 96, Simon Jolin-Barrette, à propos des articles du projet de loi limitant l'exigence de la connaissance d'une autre langue que le français à l'embauche, le président de l'UMQ et maire de Gaspé, Daniel Côté, s'est dit sûr de trouver une voie de passage qui tiendra compte des situations d'urgence avec lesquelles le personnel des municipalités devra peut-être composer, comme le pouvoir d'informer les citoyens en anglais qu'ils vont manquer d'eau durant les 24 prochaines heures. Il a revendiqué le maximum d'autonomie pour ses membres.

M. Côté a plaidé pour la paix linguistique, faisant valoir que les villes devaient pouvoir offrir des services publics qui correspondent à la réalité du territoire et à la composition linguistique de leur population.

Le député péquiste Pascal Bérubé lui a demandé s'il était normal qu'une municipalité conserve son statut de ville bilingue même si elle ne compte que 12 % d'anglophones, une aberration selon lui.

La réponse est oui, a dit M. Côté, se portant à la défense du statu quo.

Le projet de loi 96 prévoit que les municipalités ayant acquis un statut bilingue devraient en principe le perdre si moins de 50 % de leur population est de langue maternelle anglaise. Toutefois, elles pourront sans difficulté le conserver si leur conseil municipal adopte une résolution à cette fin dans les 120 jours suivant l'entrée en vigueur de la loi.

Un démographe veut couper les vivres aux institutions anglophones

Le démographe Patrick Sabourin est venu commenter et documenter le déclin indéniable du français au Québec.

Ce phénomène, lié à la chute de la fécondité des francophones, est observable depuis plusieurs décennies et s'est accéléré au début des années 2000, a-t-il noté.

Pour compenser sa faible fécondité, le Québec mise sur l'immigration, mais le problème réside dans le fait que les immigrants choisissent l'anglais à peu près une fois sur deux.

Une façon de contrer le déclin du français au Québec serait, selon lui, de diminuer le financement public des institutions anglophones, qui ont accès à des ressources financières publiques disproportionnées par rapport à leur poids démographique.

Il s'est lui aussi prononcé en faveur de l'application de la loi 101 au cégep.

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