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Deux mois plus tard, l’Allemagne se relève lentement du passage des inondations

Un véhicule complètement détruit.

Il ne reste que la carcasse de cette caravane après le passage de la lame de boue.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Bédard

Tandis que l’Allemagne s’apprête à choisir celui ou celle qui remplacera Angela Merkel, certains ont l’esprit encore loin des bureaux de scrutin.

Les habitants de la vallée de l’Ahr, en Rhénanie-Palatinat, ont toujours en tête la nuit du 14 au 15 juillet dernier. Cette région verdoyante, parsemée de vignes de Pinot noir, avait alors été happée en quelques heures par l’eau et la boue. Un cataclysme environnemental soudain qui a fait au moins 190 morts, et dont le choc ne s’estompe pas.

Un homme et une femme se tiennent avec leurs deux chiens devant un immeuble en ruines.

L'hôtel de Steven Bowden et sa femme a été ravagé par les inondations de juillet dernier.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Bédard

Steven Bowden et sa femme ont encore l’air incrédules quand ils racontent les événements de cette nuit fatidique. Ils sont propriétaires d’un hôtel depuis une trentaine d’années. Les plus grandes vedettes de la chanson allemande s’y sont produites au fil des décennies, dit Steven avec fierté.

Un amas de pierres dans un immeuble ravagé.

De l'hôtel de Steven Bowden, il ne reste que des ruines.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Bédard

En fin de journée, le 14 juillet, les pompiers leur avaient conseillé de déplacer leurs voitures pour les mettre à l'abri, mais sans plus. Jamais ils n’ont vu la nature se déchaîner à ce point.

Nous sommes montés sur le toit. C’est venu si vite, comme un raz de marée.

Une citation de :Steven Bowden, propriétaire d'un hôtel ravagé par les inondations

Aujourd’hui, le couple qui approchait de la retraite doit tout reconstruire. Il ne reste plus que la charpente de leur établissement. Les fenêtres sont soufflées, les sols arrachés sont recouverts de débris. Avant de rebâtir, il faut encore démolir.

La semaine prochaine, nous allons démolir la moitié de l’hôtel avant de reconstruire. Mais plus petit. On devient trop vieux, dit-il.

La date de la réouverture de l'hôtel peinte sur un mur.

Sur un mur, la réouverture en grande pompe de l’hôtel est déjà annoncée pour l’an prochain.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Bédard

Devant leur établissement, les rails du chemin de fer sont surélevés et tordus par la puissance de l’eau. Un pont de pierre ne mène plus nulle part, effondré à mi-chemin au-dessus de la rivière. Ces liens sont toujours coupés, mais ceux de la communauté sont plus soudés que jamais ils ne l’ont été, dit Steven.

Un pilier de pont détruit.

Les crues ont été si violentes qu'elles ont arraché des ponts sur leur passage.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Bédard

Il y a beaucoup de gens qui travaillent bénévolement. Toute la semaine dernière et cette fin de semaine, on avait des gens qui ont travaillé sans rien demander, affirme-t-il.

La solidarité pour panser les plaies

Chacun ici essaie de se rendre utile. Repas gratuits, gare transformée en centre de dons qui affluent de partout au pays : l’entraide se dévoile au fil des gravats qui envahissent encore les rues.

Des hommes sont assis à une table où l'on voit de la nourriture.

Devant la dévastation, chacun essaie de se rendre utile, entre autres en distribuant de la nourriture.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Bédard

Matthias Schell a été épargné par la crue soudaine. Mais il reste profondément marqué par ce que son village de Dernau a enduré. Ses nuits sont encore aujourd’hui interrompues par la peur soudaine d’être couvert de boue.

Un peu pour panser les plaies de ses voisins, il s’est engagé auprès d'Habitat for Humanity, une ONG qu’on a plutôt l’habitude de croiser dans les pays en voie de développement.

Un homme porte un chandail d'Habitat for Humanity.

Matthias Schell

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Bédard

Il coordonne le prêt d’outils et de machinerie pour que chacun puisse se reconstruire. Quatre-vingt-dix pour cent des habitants n’avaient aucune assurance contre les inondations, dit-il.

Du jour au lendemain avec cette crise, les gens sont devenus très pauvres. Le lendemain de la catastrophe, j'ai croisé des personnes âgées, encore en pyjama, un sac à la main avec au mieux un t-shirt de rechange et c'est tout. Ils n'avaient rien d'autre, plus rien.

Une citation de :Matthias Schell, résident de Dernau, épargné par les inondations

On ne voit plus que les dégâts matériels des inondations. Du moins, au premier coup d’œil.

La cour d'une maison est remplie de déchets et de pierres.

Les amas de déchets et de pierres s'accumulent partout, même dans les cours des résidences.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Bédard

Matthias sait que les ravages vont bien au-delà des maisons emportées par la lame d’eau et de boue.

L’Allemagne a beaucoup d'argent et c'est sûr que les ponts et les voies ferrées vont être reconstruits. Mais les ménages doivent absolument garder l'espoir, toucher rapidement de l'argent, parce qu'un pont ou une voie de chemin de fer, eux, ils ne risquent pas de se suicider. Ici, à Dernau, on a déjà eu trois suicides.

Une citation de :Matthias Schell

Le gouvernement allemand a annoncé le mois dernier que 30 milliards d'euros seraient consacrés à la reconstruction des régions touchées.

La carcasse d'une voiture

De très nombreuses voitures ont été emportées par les flots, pour ne ressortir que sous la forme d'épaves pleines de boue.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Bédard

La ville de Bad Neuenahr était surtout connue pour ses cures thermales en bord de rivière. Aujourd’hui, les bains sont souillés de boue et de déchets et les berges sont désertes de ses habitants, dont le quotidien a fait place à un ballet tonitruant de grues, de pelles mécaniques et de marteaux piqueurs.

Un bâtiment contenant des bains est condamné.

Les bains thermaux qui faisaient la réputation de la région sont désormais inutilisables.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Bédard

On déblaie, on nettoie pour pouvoir reconstruire. Ceux qui restent s’activent avec l’énergie de ceux qui ont peur de s’arrêter. Dans les rares temps de pauses, les souvenirs de cette nuit où 70 de leurs concitoyens ont péri refont vite surface et envahissent les conversations que l’on partage autour d’un simple repas de saucisse et de bretzel offert gracieusement.

Des fleurs pour la suite

Moi, j'ai perdu deux amies. Elles ont été surprises par l'inondation alors qu'elles dormaient, projetées par la boue contre les murs de leurs chambres, raconte Manuela Schlemmer. Elles se sont noyées pendant leur sommeil.

Une femme plante des fleurs.

Manuela Schlemmer replante des fleurs qui ont survécu à l'inondation, qui signifient selon elle de la résilience de sa communauté.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Bédard

Comme beaucoup ici, Manuela ne cherche pas à rebâtir avec de la brique et du mortier. L’eau s’est arrêtée à deux marches du palier de son appartement. Mais tous les jours, elle enfile ses bottes et empoigne sa pelle pour éviter de sombrer à la suite des disparus. C’est l’âme de sa communauté qu’elle souhaite reconstruire.

J'ai retourné la terre d'un parterre de fleurs pendant deux jours avec une pelle et j'ai déterré des fleurs de l'inondation qui étaient encore enfouies sous la boue puis je les ai plantées, comme symbole. Si ces fleurs-là peuvent survivre, nous aussi, nous avons une chance de survivre.

Une citation de :Manuela Schlemmer, résidente de la Rhénanie-Palatinat
Gros plan sur les mains d'une femme qui plante des fleurs.

C’est l’âme de sa communauté que Manuela Schlemmer souhaite reconstruire.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Bédard

Avec l’ampleur de la dévastation et de tout ce qui reste à reconstruire, la majorité des habitants de la Rhénanie-Palatinat vous diront qu’ils n’ont pas tellement l’esprit à la politique et à l’élection de dimanche prochain.

Le jour des inondations, Wilhelm Gieler était en train de vider sa maison de Dernau pour la léguer à son fils et à sa jeune famille. Mais les deux hommes se sont retrouvés coincés au dernier étage pendant que l’eau et la boue faisaient leur œuvre destructrice.

Un homme se tient près de matériaux de construction.

Wilhelm Gieler doit reconstruire la maison qu'il avait bâtie de ses mains il y a 25 ans.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Bédard

L'eau est montée tellement vite jusque là-haut, dit-il en pointant le dernier étage de sa maison de colombage. Si on se penchait de la fenêtre, on pouvait toucher l'eau avec la main.

À 70 ans, lui qui avait bâti cette maison pièce par pièce de ses mains il y a 25 ans doit tout recommencer. Les murs ont été dépouillés de leur revêtement révélant les 40 centimètres de paille et de terre qui isolent la demeure. Il devra attendre jusqu’en avril prochain pour que tout ait séché avant de pouvoir lui rendre son charme.

Un homme montre le revêtement de paille et de terre qui isole sa maison.

Wilhelm Gieler doit attendre que le revêtement de la maison sèche avant de pouvoir entreprendre les rénovations.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Bédard

Ce que je redoute, ce sont de nouvelles inondations. Ça risque de se reproduire de plus en plus souvent. Et je crains que du côté de la politique, on ne prenne pas de mesures suffisantes pour empêcher ça.

Wilhelm n’a aucune intention d’aller voter pour élire un nouveau chancelier ou une nouvelle chancelière ce dimanche.

Ce militant écologiste de la première heure efface un sourire qui ne le quitte que rarement pour expliquer qu’il ne croit plus que la solution viendra des dirigeants.

Depuis que j'ai 16, 17 ans, je m’intéresse énormément à la politique. Mais les déclarations sont toujours les mêmes et ne débouchent sur rien, en tous cas pas sur ce qui devrait être fait. C'est très frustrant.

Une citation de :Wilhelm Gieler, sinistré

Ça ne répare pas tout, mais pour tout ce qu’ils ont perdu de matériel, de vies humaines et d’idéaux, les communautés de la Rhénanie ont à tout le moins gagné la certitude qu’ils seront là les uns pour les autres.

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