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En soutien aux femmes du Texas, Uma Thurman révèle avoir avorté dans sa jeunesse 

Une femme blonde pose devant un fond bleu.

L'actrice Uma Thurman en 2020

Photo : Getty Images / Kevin Winter

Agence France-Presse

Dans un geste rare, l'actrice américaine Uma Thurman révèle avoir subi un avortement dans sa jeunesse, exposant son « secret le plus sombre » en soutien aux femmes du Texas, où il est désormais quasiment interdit d'avorter.

À 51 ans, la vedette de Fiction pulpeuse (Pulp Fiction) et de Tuer Bill (Kill Bill) a osé briser ce tabou, toujours très fort aux États-Unis, dans une poignante tribune publiée mercredi par le quotidien The Washington Post.

Elle explique avoir suivi avec une profonde tristesse et un sentiment proche de l'horreur l'entrée en vigueur de la loi texane qui, depuis le 1er septembre, interdit quasi tous les avortements dans ce vaste État conservateur.

Devant ce texte radical qui ne prévoit pas d'exception en cas d'inceste ou de viol, la comédienne a décidé de parler pour la première fois publiquement de son expérience dans l'espoir de détourner les flammes de la controverse des femmes vulnérables touchées par cette loi.

Uma Thurman, qui a commencé une carrière de mannequin à 15 ans, explique qu'avant ses 20 ans, elle est tombée enceinte d'un homme plus âgé alors qu'elle se trouvait en Europe loin de sa famille. Je voulais garder le bébé, mais comment? mentionne-t-elle.

Dans une conversation terrible avec ses parents, ce fantasme enfantin de maternité s'est dissipé, raconte l'actrice. La relation n'était pas viable, ma carrière commençait tout juste, je n'avais pas les moyens de payer un foyer stable, même pour moi. Nous avons décidé en famille que je ne pouvais pas poursuivre ma grossesse.

Le choix le plus difficile de sa vie

Avec l'aide d'une amie, elle s'est rendue à Cologne, en Allemagne, pour avorter : Ça faisait terriblement mal, mais je ne me suis pas plainte; je portais une telle honte que je pensais mériter cette douleur.

L'avortement de mon adolescence a été le choix le plus difficile de ma vie. Il m'a causé une peine profonde à l'époque et m'attriste encore aujourd'hui, poursuit-elle.

Mais je n'ai aucun regret, ajoute-t-elle. 

Il m'a ouvert le chemin pour une vie pleine de joie et d'amour. Choisir d'interrompre cette grossesse m'a permis de grandir et de devenir la mère que je voulais être, écrit la comédienne qui a eu ensuite trois enfants.

Opposée à la nouvelle loi texane

Aujourd'hui, elle a le cœur brisé face à la loi texane, un outil de discrimination contre les femmes défavorisées puisque les plus riches pourront voyager hors de l'État pour interrompre leur grossesse.

Le texte dresse les citoyens les uns contre les autres, regrette-t-elle encore.

La loi texane, qui fait l'objet de plusieurs recours en justice, comporte en effet un dispositif inédit : il ne revient pas aux autorités de faire respecter la mesure, mais exclusivement aux citoyens et citoyennes. Ces personnes sont encouragées à porter plainte contre les organisations ou les personnes qui aident les femmes à avorter.

Je n'ai rien à gagner de ces aveux et peut-être beaucoup à perdre, souligne Uma Thurman dans sa tribune.

Près de 50 ans après l'arrêt emblématique de la Cour suprême Roe v. Wade, qui a reconnu le droit des femmes à avorter, près de 40 % de la population pense toujours que les avortements devraient être illégaux dans la plupart des cas, selon l'institut Pew.

Les personnes qui militent contre l’avortement sont très présentes sur le terrain et les réseaux sociaux, et les organisations de planification familiale dénoncent régulièrement les pressions exercées sur leurs médecins ou sur les femmes qui consultent leur clinique.

Dans ce contexte, le texte d'Uma Thurman a suscité des réactions aux antipodes. Merci Uma Thurman d'avoir parlé de votre histoire, a écrit l'association féministe National Women's Law Center sur Twitter.

Elle se félicite d'avoir tué un bébé, critique le site d'informations LifeNews s'adressant aux gens opposés à l'avortement.

Avant elle, d'autres vedettes américaines, comme Madonna ou Nicki Minaj, ont osé briser le tabou. Dans un recueil, l'actrice Whoopi Goldberg a livré le témoignage le plus poignant, racontant qu'à 14 ans, elle a utilisé un cintre pour mettre un terme à une grossesse non désirée.

Leur nombre reste bien loin des signataires du Manifeste des 343, publié en France en 1971, dans lequel 343 femmes, dont Simone de Beauvoir ou Catherine Deneuve, reconnaissaient avoir avorté clandestinement. Le texte avait contribué au basculement de l'opinion publique et à l'adoption d'une loi légalisant l'avortement.

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