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Un ministre fédéral dans le nord du Nouveau-Brunswick : espoirs et complexité

Herb Breau

Herb Breau, alors qu'il était député libéral fédéral du comté de Gloucester, l'ancien nom d'Acadie-Bathurst (archives).

Photo : Radio-Canada

L'Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick a exprimé le souhait qu'un des deux députés libéraux fédéraux du nord, Serge Cormier, d'Acadie-Bathurst, ou René Arseneault, de Madawaska-Restigouche, soit nommé au cabinet.

En 1968, la mode est aux cheveux longs, mais c'est un jeune homme de seulement 23 ans, Herb Breau, bien vêtu, aux cheveux courts et au tempérament rationnel qui devient le député libéral de ce qui s'appelait autrefois le comté de Gloucester.

Pierre Elliott Trudeau, Allyre Breau et Régine Savoie devant une grande foule

Pierre Elliott Trudeau accueilli à Bathurst, au Nouveau-Brunswick, par une foule et par les parents de Herb Breau, Allyre Breau et Régine Savoie, en 1969 (archives).

Photo : Gracieuseté de Herb Breau

Il sortait à peine de l'université. L'âge pour voter était 21 ans, alors, la toute première fois que j'ai pu voter, c'était pour moi, se souvient-il en riant.

Issu de la grande famille des Breau de Haut-Sheila [aujourd'hui Tracadie], petit-cousin du chanteur connu Jean-François Breau, il vit aujourd'hui dans la capitale fédérale.

Même si je demeure à Ottawa, je suis toujours un gars de la côte, insiste-t-il. Et je suis de très près ce qui se passe au Nouveau-Brunswick.

Joint au téléphone, il se montre affable et a une mémoire encyclopédique.

Député d'arrière-ban

Il prend connaissance du souhait formulé par l'Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick de voir un élu du nord, Serge Cormier, dans Acadie-Bathurst, ou René Arseneault, dans Madawaska-Restigouche, devenir ministre.

René Arseneault

René Arseneault, député libéral fédéral de Madawaska-Restigouche (archives).

Photo : Radio-Canada / Serge Bouchard

Herb Breau a lui-même passé 16 années comme député libéral de Gloucester en tant que député d'arrière-ban. Il a toutefois été secrétaire parlementaire au sein de plusieurs ministères.

Il a goûté à la fonction de ministre des Pêches pendant un peu plus de deux mois.

C'était en 1984, dans le gouvernement de transition de John Turner, en relève à Pierre Elliott Trudeau, qui a causé la surprise en quittant la vie politique.

Il sait donc ce que c'est que d'attendre son tour.

Serge Cormier et René Arseneault viennent tous deux d'obtenir un troisième mandat.

Serge Cormier et René Arseneault sont quand même très bien situés pour accomplir beaucoup de choses pour le nord du Nouveau-Brunswick, croit-il.

Serge Cormier, député libéral fédéral d'Acadie-Bathurst, pose à l'extérieur de son bureau.

Serge Cormier, député libéral fédéral d'Acadie-Bathurst (archives).

Photo : Radio-Canada / François Vigneault

Je comprends l'association des municipalités et je ne contredis pas leur réclamation d'avoir un ministre dans le nord. J'aimerais bien les appuyer là-dessus. Mais, nommer un cabinet, c'est vraiment complexe. Serge et René ont l'appui de Dominic LeBlanc sur toutes leurs priorités. Les régions ne vont pas souffrir parce qu'ils ne sont pas ministres.

Le nord et le sud

Yvon Godin, qui a été député néo-démocrate d'Acadie-Bathurst durant 18 ans, de 1997 à 2015, est plutôt en accord avec ce qu'avance Herb Breau.

Ce n'est pas le ministre du Nouveau-Brunswick qui amène tout chez lui et les autres n'ont rien, note-t-il.

Toutefois, il rappelle une époque durant laquelle le nord comptait plusieurs ministres, incluant ceux du gouvernement provincial.

Avant que je sois élu, il y avait Marcelle Mersereau dans la région de Bathurst, Bernard Thériault, à Caraquet, Denis Losier, à Tracadie, souligne-t-il.On avait un paquet de ministres libéraux provinciaux dans la région et, en même temps, on avait Doug Young au fédéral.

L'ex-député néo-démocrate d'Acadie-Bathurst Yvon Godin

L'ex-député néo-démocrate d'Acadie-Bathurst, Yvon Godin (archives).

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Je ne dirai pas qu'on n'a pas eu des choses, mais ce n'était pas grand-chose comparativement au sud de la province, ajoute-t-il.

Par exemple, on a eu des centres d'appels au salaire minimum, tandis que dans le sud il y a eu des centres d'appels à 25 $ l'heure. Ça ne nous a pas apporté beaucoup plus dans le nord du Nouveau-Brunswick. Plusieurs personnes du nord ont déménagé dans le sud. La réponse est là : les ministres ne nous ont pas servi à grand-chose.

Dans le cas de son successeur comme représentant d'Acadie-Bathurst, le libéral Serge Cormier, Yvon Godin note que celui-ci a été secrétaire parlementaire à trois reprises, mais pas dans le dernier gouvernement.

Ça donne une drôle d'indication, croit-il. D'habitude, quand tu es secrétaire parlementaire et que tu fais un bon travail, c'est une promotion qui devrait suivre et non pas une rétrogradation.

Trudeau et LeBlanc

Le nord du Nouveau-Brunswick a déjà compté quelques ministres fédéraux influents à Ottawa, des libéraux Hédard Robichaud à Doug Young, en passant par le progressiste-conservateur Bernard Valcourt.

L'histoire semble se répéter. À l'époque d'Herb Breau, le premier ministre était Pierre Elliott Trudeau et un de ses principaux lieutenants en Atlantique était Roméo LeBlanc.

Romeo LeBlanc assis à un bureau. Il regarde l'objectif.

Le politicien Roméo LeBlanc en 1977. Il était alors député de la circonscription de Westmorland-Kent (N.-B.) et ministre des Pêches et de l'Environnement (archives).

Photo : La Presse canadienne

Même si j'ai été élu avant Roméo LeBlanc, il était plus âgé que moi, explique Herb Breau.

Il a été élu en 1972. Il avait déjà eu une carrière internationale comme journaliste. Il était très connu. Je me souviens quand j'étais étudiant, j'écoutais ses reportages depuis Paris, Alger ou Londres. Roméo avait travaillé au bureau de monsieur Pearson et à celui de monsieur Trudeau. Alors, c'était normal qu'il soit nommé au cabinet en 1974.

Le nombre de sièges à la table du cabinet est limité. Aujourd'hui, le fils de Pierre Elliott Trudeau, Justin, est premier ministre, tandis qu'un de ses principaux ministres de confiance en Atlantique est le fils de Roméo LeBlanc, Dominic, député de Beauséjour.

Discussions avec Pierre Elliot Trudeau

Herb Breau raconte que Pierre Elliot Trudeau lui a parlé du fait qu'il ne l'avait jamais nommé ministre.

C'est arrivé à deux reprises, se souvient-il. Une fois, après 1980 et à une autre occasion alors que j'étais dans un voyage avec lui en Europe.

Il m'a dit qu'il regrettait que je n'aie pas fait partie de son cabinet, mais qu'il y avait plusieurs considérations et qu'il avait pris ses décisions à partir de cela.

Photographies de famille prise devant un lac

Herb Breau et sa famille (son épouse Anne et les enfants Hélène et Michel) en compagnie de Pierre Elliott Trudeau à Harrington Lake, la résidence d'été du premier ministre (archives).

Photo : Gracieuseté de Herb Breau

Aujourd'hui âgé de 76 ans, Herb Breau, est toujours féru d'histoire et de lecture.

Il admet qu'il aurait aimé être nommé ministre, comme c'est le cas de plusieurs politiciens. Cependant, il assure qu'il n'a aucun regret.

Selon lui, les députés du nord du Nouveau-Brunswick peuvent très bien contribuer au développement socio-économique sans toutefois être nommés ministres.

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