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Analyse

Le courant entre Biden et Macron est-il rétabli?

L’annonce d’un partenariat stratégique entre les États-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni, dont la France a été exclue, a jeté un froid entre Paris et Washington. L’entretien téléphonique de mercredi entre les présidents Biden et Macron a-t-il réussi à apaiser les tensions?

Joe Biden assis à un bureau.

Le président Biden dans son bureau participe à une rencontre virtuelle.

Photo : Getty Images / Alex Wong

Français et Américains ne manquent pas de le souligner : leur alliance est très vieille, elle s’est scellée pendant la guerre d’indépendance des États-Unis.

Difficile d’entretenir pendant plus de 200 ans une telle amitié sans traverser des périodes plus difficiles.

Dans les années 1960, le général de Gaulle tournait le dos à l’OTAN, en quittant le commandement intégré de cette organisation que la France avait pourtant contribué à créer.

Dans les années 2000, le président Chirac a suscité la colère de l’administration Bush en refusant de participer à l’invasion américaine de l’Irak. L’épisode des frites, les french fries qui avaient été rebaptisées freedom fries dans certains commerces et même dans des cafétérias du Congrès, a marqué les esprits.

Puis, la semaine dernière, l’Élysée a posé un geste sans précédent. La France a rappelé son ambassadeur à Washington pour mener des consultations.

La colère du gouvernement français était palpable depuis l’annonce d’une alliance stratégique dans le Pacifique entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie. Un partenariat qui s’est traduit par l’annulation d’un contrat de sous-marins conclu entre Canberra et Paris. Selon l’Australie, les appareils français ne répondaient plus à ses besoins.

Scott Morisson, devant un lutrin. Sur des écrans placés de part et d'autre, on voit Boris Johnson et Joe Biden.

Le premier ministre australien Scott Morisson, son homologue britannique Boris Johnson (à gauche) et le président américain Joe Biden (à droite) lors de l'événement virtuel où la nouvelle alliance AUKUS a été annoncée, mercredi.

Photo : La Presse canadienne / AP/Mick Tsikas

La France a accusé ses partenaires de ne pas l’avoir prévenue de leurs intentions de développer un partenariat dont elle ne ferait pas partie, et qui, en prime, lui ferait perdre un contrat lucratif.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, est même allé jusqu’à comparer la méthode du président américain Joe Biden à celle de son prédécesseur Donald Trump sans les tweets et avec une forme de déclaration solennelle assez insupportable.

Après des jours de tensions, les présidents Biden et Macron ont finalement décroché le combiné pour se parler.

Selon la Maison-Blanche, Washington admet que des consultations avec ses alliés auraient été souhaitables. Le président Biden promet de rencontrer son homologue français en Europe plus tard cet automne.

En contrepartie, Paris annonce qu’il renverra son ambassadeur à Washington.

Des effets à plus long terme?

La relation semble normalisée, mais la crise des sous-marins laissera-t-elle des marques dans les liens transatlantiques?

C’est un épisode qui s’ajoute à d’autres épisodes où les Européens ont pu douter de la solidité de l’engagement américain à leur égard, souligne Pierre Morcos, chercheur invité au Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington.

Outre les quatre années de la présidence de Donald Trump, l’expert donne l’exemple du retrait des troupes américaines d’Afghanistan cet été et l’imposition de restrictions d’entrée sur le territoire aux ressortissants européens, une mesure très critiquée en Europe, dont la levée a finalement été annoncée cette semaine.

Le président français Emmanuel Macron parle au téléphone.

Le président Marcon tente de rétablir les ponts avec son allié américain.

Photo : Getty Images / JOHN THYS

Chose certaine, elle semble bien loin l’époque pas si lointaine du sommet du G7 de juin, lorsque Emmanuel Macron et Joe Biden se serraient dans les bras et que le président français se disait convaincu que les États-Unis étaient de retour sur la scène internationale.

Ailleurs en Europe, les tensions ne sont pas passées inaperçues, bien qu’il ait fallu quelque temps avant que l’indignation suscitée par l’affaire des sous-marins traverse les frontières de la France. Des questions sur la fiabilité du partenaire américain ont émergé dans d’autres capitales européennes.

Selon le ministre allemand des Affaires étrangères, cet événement est une prise de conscience pour l’ensemble du continent.

Un de nos membres a été traité de manière qui n'est pas acceptable, a de son côté déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, au réseau CNN.

Si cet épisode a relancé une fois de plus le besoin pour l’Europe de développer son autonomie par rapport au partenaire américain, certains au sein du groupe des 27 ont appelé à la prudence.

L’Irlande appelle ainsi à ne pas mettre en pièces les alliances traditionnelles. Pour le ministre des Affaires étrangères de Suède, si l’Europe doit défendre ses intérêts stratégiques, nous ne pouvons pas le faire en nous repliant sur nous-mêmes.

Pierre Morcos du CSIS explique que pour certains pays comme la France, l’entente conclue entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie dans la région Pacifique soulève justement des questions sur les intérêts stratégiques globaux de Washington.

Le partenariat illustrerait ainsi une priorisation de la compétition militaire stratégique des États-Unis avec la Chine au détriment d’autres dimensions, notamment diplomatiques, économiques ou environnementales, qui sont chères aux alliés européens.

Avec la conversation téléphonique de mercredi, Emmanuel Macron et Joe Biden se sont assurés que l’affaire des sous-marins ne torpille pas l’amitié qu'entretiennent leurs deux pays depuis plus de deux siècles. Mais leur entretien n’aura vraisemblablement pas mis fin à la réflexion sur l’avenir de la relation transatlantique.

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