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CHSLD Herron : la mise sous tutelle a été un « choc » pour la propriétaire

Une voiture de police devant l'entrée du CHSLD Herron, à Dorval.

Au printemps 2020, 47 résidents de la résidence Herron sont morts, parfois dans des conditions d’insalubrité totale.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La propriétaire de Herron a vécu la mise sous tutelle de sa résidence par le CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal comme un « choc », après avoir été initialement soulagée par son arrivée en renfort le même jour, le 29 mars 2020.

Témoignant mercredi à l’enquête publique sur les décès survenus au CHSLD Herron, Samantha Chowieri a raconté sa détresse fin mars après que des employés eurent cessé de se présenter au travail. Certains avaient été placés en isolement parce qu’ils avaient été en contact avec des cas de COVID-19.

Devant la pénurie de main-d'œuvre criante, la propriétaire des lieux a donc pris le téléphone et a fait une centaine d’appels pour tenter de combler les besoins. Chaque fois, elle se butait à un mur, a-t-elle affirmé au palais de justice de Longueuil, dans un témoignage souvent émotif.

Elle a aussi contacté le CIUSSS, qui est arrivé en renfort le 29 mars, à son grand soulagement.

Quelle n'a pas été sa surprise d’apprendre le jour même que son centre était mis sous tutelle. Ç'a été un choc, affirme la gestionnaire du groupe Katasa, qui est également propriétaire de six autres résidences pour personnes âgées.

À partir de ce moment, Mme Chowieri décrit une atmosphère chaotique dans laquelle son rôle demeurait ambigu. Le CIUSSS l’a informée qu’il était désormais responsable de la gestion du personnel, mais c’était impossible de savoir qui était en charge, a souligné la témoin.

C'était le chaos, a témoigné Mme Chowieri, qui a cessé de se présenter au centre le 10 avril au terme d’une expérience frustrante.

Des relations tendues avec le CIUSSS

Un peu plus tôt, un autre témoin, l'ex-directeur de Herron, a pour sa part imputé la crise à une organisation sans structure et sans vision du CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal.

Ceux qui ont fait la tutelle ne savaient pas comment un CHSLD fonctionne, a témoigné Andrei Stanica, ajoutant qu’il aurait fallu l’intervention de gestionnaires provenant de CHSLD publics.

Dans les derniers jours, des témoins ont relevé la tension palpable entre le CIUSSS et les employés de Herron. En avril, la direction de la résidence privée a reçu deux mises en demeure du CIUSSS exigeant qu'elle cesse de retenir certaines informations, notamment les coordonnées, l’horaire et la liste des employés.

J’aurais envoyé [cette liste] sans hésitation, s’est défendu l'ex-directeur de Herron, ajoutant qu’il aurait de toute façon été très facile d’obtenir un tel document.

Le 22 avril, le CIUSSS l'a informé en outre qu'il n'avait plus le droit de se présenter physiquement à la résidence, mais Andrei Stanica a continué à gérer les horaires de ses employés à distance, des horaires qu’il soumettait au CIUSSS, dit-il.

La coroner Kamel n'a pas semblé comprendre pourquoi M. Stanica a continué à travailler à Herron une fois que le CIUSSS a pris en charge le centre, sachant que même la propriétaire avait cessé de s’y présenter.

Vous aviez l'espoir de reprendre les opérations à Herron, sinon vous ne vous seriez pas impliqué, a-t-elle souligné.

Une pénurie de personnel

Début 2020, les besoins de personnel à Herron sont tels que la direction se tourne vers deux agences de placement avec lesquelles la résidence signe des contrats. J’étais désespéré, a indiqué Andrei Stanica dans son témoignage mardi.

J'ai tenu pour acquis que c'étaient des gens formés, a-t-il affirmé mercredi, laissant la coroner Kamel perplexe à quelques reprises.

Dans les derniers jours, aux audiences, plusieurs témoins ont décrit le personnel provenant des agences comme peu ou pas qualifié, et travaillant parfois de façon illégale. Deux témoins ont évoqué le cas d’un employé nommé Ricardo, qui s’est enfui quand le garde à l’entrée lui a demandé de s’identifier. Il est revenu quelques jours plus tard en disant s’appeler Alberto.

La coroner Kamel a demandé comment Herron avait pu embaucher des gens sans vérifier la qualité de leurs soins ou leurs antécédents judiciaires.

Selon elle, le fil des événements reconstitués par les divers témoignages comporte de grands trous noirs. Semblant réfléchir à voix haute, la coroner s’est en outre demandé si la direction de Herron, en tant qu’entreprise privée, n'avait pas tourné les coins ronds pour faire des économies sur l'achat de matériel et l’embauche de personnel.

La semaine dernière, l’ancienne directrice des soins de Herron, qui a démissionné en janvier 2020, avait décrit aux audiences un manque criant de personnel et de matériel bien avant la pandémie.

Andrei Stanica a reconnu que l'embauche de ces soignants non qualifiés a contribué à la crise du printemps 2020, pendant laquelle 47 résidents sont morts parfois dans des conditions d’insalubrité totale.

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