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La « grande séduction » pour ramener des infirmières suffira-t-elle?

Les attentes sont grandes à la veille du dévoilement du plan pour ramener des milliers d'infirmières dans le réseau public.

Une infirmière dans une salle d'opération.

Le gouvernement du Québec affirme qu'il manque actuellement 4000 infirmières dans le réseau de la santé.

Photo : iStock

Le ministre de la Santé Christian Dubé s’apprête à dévoiler les détails de son plan visant à attirer des milliers d’infirmières vers le réseau public. Alors que chaque jour des travailleuses et des travailleurs épuisés jettent l’éponge, les attentes envers ce plan sont grandes. Mais les mesures annoncées seront-elles suffisantes?

Il manque actuellement 4000 infirmières dans le réseau de la santé, selon les données gouvernementales. La semaine dernière, le premier ministre François Legault se disait ouvert à tous les incitatifs qui permettraient de garder les infirmières en poste et de ramener celles qui ont quitté le milieu.

Rétention

En entrevue à l’émission Première heure mercredi, l'ancien ministre de la Santé dans le gouvernement de Pauline Marois, Réjean Hébert, indique que la rétention au sein du réseau est le principal problème à résoudre.

Le nombre d’infirmières au Québec est supérieur à celui du Canada [en proportion] et se compare aux autres pays industrialisés. Le problème c’est qu’elles quittent, affirme le gériatre et professeur titulaire à l'École de santé publique de l'Université de Montréal.

Réjean Hébert en entrevue.

Réjean Hébert a été ministre de la Santé du Québec pour le Parti québécois entre 2012 et 2014.

Photo : Radio-Canada / Vincent Gaboury

Appartenance et reconnaissance

M. Hébert estime que les professionnels de la santé ont particulièrement besoin de reconnaissance et qu’ils se sentent souvent comme des numéros au sein des CISSS et des CIUSSS. Le gouvernement actuel doit s'attaquer à ce problème.

Le personnel de santé n’a plus ce sentiment d’appartenance, ce sentiment de faire partie d’une équipe. Il appartient maintenant à d’énormes mégastructures qui sont de plus en plus impersonnelles.

Un grand défi...

Au-delà du salaire, les conditions de travail et les horaires sont au cœur des revendications des infirmières. L’ancien ministre considère d’ailleurs que les heures supplémentaires obligatoires sont une plaie dans le système.

Ça fait en sorte que les infirmières ne peuvent même pas planifier leur vie personnelle parce qu’elles ne savent pas quand elles vont sortir.

Une citation de :Réjean Hébert, ex-ministre de la Santé

Réjean Hébert croit que le gouvernement a bien des croûtes à manger s’il espère ramener 4000 infirmières dans le réseau. Québec devra entreprendre une opération de grande séduction pour les convaincre.

Dominique Anglade en point de presse à l'Assemblée nationale.

Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec, a de grandes attentes envers le plan de Christian Dubé.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

...réalisable

Certes, il s’agit d’un grand défi, mais d'un défi réalisable, tempère la cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade. Il y a des moyens de le faire si on a les conditions de travail, si on met en place la fin du TSO [temps supplémentaire obligatoire], affirme-t-elle.

Le porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de santé, Vincent Marissal, croit de son côté qu’il aurait fallu s’attaquer au problème plus tôt.

J’attends le plan avec un mélange d’excitation, mais aussi d’anxiété. Il me semble que ce gouvernement a beaucoup trop tardé et ne prend pas la pleine mesure de la catastrophe qui est en train de se jouer sous nos yeux, dit-il.

En Chambre mercredi matin, François Legault s'est défendu en affirmant que le problème existe depuis bien avant l'arrivée de la CAQ au pouvoir. [ Les libéraux ] auraient eu 15 ans pour augmenter le nombre d'infirmières dans les hôpitaux et ils ne l'ont pas fait. On est en train de le faire, a-t-il indiqué.

Dominique Anglade a par la suite rétorqué que le premier ministre attendait toujours d'être mis au pied du mur pour agir, et qu'il aurait eu l'occasion de le faire bien avant que la situation ne soit aussi critique.

M. Marissal en mêlée de presse.

Vincent Marissal est porte-parole du deuxième groupe d'opposition en matière de santé à l'Assemblée nationale.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Amélioration des conditions de travail

Réjean Hébert croit que le réseau pourrait entre autres s’inspirer de pratiques expérimentées dans certains établissements, notamment dans le réseau anglophone.

L’implantation de quarts de 12 heures y a été testée avec un certain succès. Dans ce modèle, les infirmières travaillent trois ou quatre jours par semaine au lieu de cinq. Elles ont donc plus de journées de congé pour récupérer et en même temps, ça diminue les périodes de transition où on fait la passation des informations des patients, explique l’ancien ministre de la Santé.

Finalement, l’ancien politicien croit que l’objectif final de l’amélioration des conditions de travail doit être d’offrir une plus grande stabilité aux infirmières. Il soutient que cela se fera par la réduction ou même l’élimination du recours aux agences de placement privées, qui contribuent au problème de mobilité de la main-d'œuvre.

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