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Les francophones veulent que le gouvernement agisse vite et surtout bien

Une femme souriante, portant des lunettes.

Liane Roy est la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada.

Photo : Radio-Canada / Contribution

Au lendemain des élections fédérales, les organismes de la francophonie canadienne disent avoir bon espoir de voir leurs dossiers avancer, à commencer par celui de la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

Cent jours. Voilà le temps que la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada a donné au prochain gouvernement, pendant la campagne, pour déposer un projet de Loi sur les langues officielles.

Après plusieurs années d’attente, de mémoires, de recommandations et de travaux, l’organisme porte-parole des francophones en milieu minoritaire s’impatiente. Au cours de la campagne, conservateurs et libéraux se sont engagés à respecter cet échéancier et lors du débat sur les enjeux francophones, tous se sont dits prêts à agir vite.

Une volonté que salue la présidente de la FCFA, Liane Roy, qui, désormais, est prête à patienter encore un peu avant la modernisation d’une loi qui n’a pas été modifiée en profondeur depuis 1988.

Ce qui nous importe encore plus, c'est d'aller chercher les éléments qui manquaient dans le projet de loi C-32 [du gouvernement libéral]. On a encore certaines discussions à avoir. [...] Il y a des éléments qu’on veut s'assurer d’avoir dans le nouveau projet de loi qui sera déposé.

Le plus important, c’est d’avoir le meilleur projet de loi, car il va être là pour plusieurs années.

Une citation de :Liane Roy, présidente de la FCFA

Pour le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, il faudra poursuivre le travail de sensibilisation.

On a entendu les partis pendant la campagne; maintenant, ça va être le temps de passer à l'action. Et notre travail, ça va être de nous assurer de leur rappeler ce qui a été dit pendant la campagne.

L’éducation, une priorité

M. Jolin se réjouit de voir que le dossier du postsecondaire francophone s’est taillé une place dans les discussions, alors que l'avenir de l'Université de Sudbury préoccupe toujours les francophones de sa province.

On va s'assurer que les promesses sont tenues et qu'on puisse travailler à améliorer les programmes francophones en milieu minoritaire au niveau du postsecondaire, dit-il.

Carol Jolin s'adresse aux médias derrière un micro.

Le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Carol Jolin (Archives)

Photo : Radio-Canada

Car il n’y a pas que sur la Loi sur les langues officielles que le nouveau gouvernement sera attendu.

Les parents francophones, par la voix de la Commission nationale des parents francophones (CNPF), attendent beaucoup des promesses entrevues dans un programme national de garderie. Mais il sera important de bien investir, souligne le directeur général de l'organisme, Jean-Luc Racine.

Dans les services de garde, présentement, c'est l'hécatombe. Les éducatrices quittent la profession. [...] On a très peur de manquer de personnel. Donc, on doit avoir un programme national qui, certes, va aider les familles à réduire les coûts d'opération, mais on doit aussi investir au niveau de la main-d'œuvre. Parce que [...] sinon, on va avoir un beau programme, mais il n'y aura pas de places pour les francophones, surtout en contexte minoritaire, explique le directeur général de la CNPF.

Il rappelle que les garderies constituent souvent, pour les francophones, la porte d'entrée pour l'école primaire et secondaire.

L'expérience nous montre, sur le terrain, que quand les enfants vont dans les garderies anglophones, la tendance, c'est ensuite de les inscrire dans des écoles anglophones. Et une fois que les enfants sont inscrits dans les écoles anglophones, on les perd, c’est une génération qu’on perd.

La proposition du Parti conservateur d’un crédit d’impôt pour les parents ne répondrait pas à ces besoins spécifiques, dit-il.

Investir dans la main-d'œuvre, c’est aussi une priorité en ce qui a trait aux écoles, insiste M. Jolin.

On a une pénurie de personnel à tous les niveaux, mais plus spécifiquement au niveau de l'éducation. On est en manque d'enseignants francophones partout au pays [...] et j'ai toujours dit que la pénurie de personnel enseignant est un frein à l'essor de la francophonie canadienne.

La longue cause judiciaire menée en Colombie-Britannique a aussi montré un retard en matière d'infrastructures scolaires au sein de plusieurs communautés francophones, ajoute M. Racine.

Il y a du rattrapage à faire et je pense qu’il va devoir y avoir des investissements, des programmes incitatifs du fédéral, pour amener les provinces et les territoires à investir au niveau de nos infrastructures scolaires.

Dans tous ces dossiers, tout comme dans celui de la santé - que la pandémie a mis en exergue, souligne M. Jolin - les transferts d’Ottawa aux provinces seront scrutés attentivement.

On sait que le gros du financement va passer par des ententes fédéral-provinciales, acquiesce M. Racine. Or, il y a déjà eu des ententes par le passé et on a remarqué que, quand il y a des clauses linguistiques floues, rarement les francophones ont leur juste part. [...] Ce qu'on veut, c’est des clauses avec des objectifs clairs et précis. C'est la seule façon de répondre aux besoins des francophones.

De nouveaux alliés

Pour les aider à faire avancer ces enjeux, les organismes de la francophonie canadienne espèrent pouvoir compter sur ceux qu'ils nomment leurs alliés à la Chambre des communes, mais aussi sur de nouveaux acteurs.

Il y a beaucoup de personnes qui ont participé aux tables rondes que nous avions organisées avec nos membres, dans l'ensemble des régions, auprès des candidats qui voulaient avoir plus d'informations sur les défis et les enjeux des communautés francophones et acadienne, dit Mme Roy. Elle cite notamment de nouveaux élus comme l’ancienne ministre néo-écossaise, Lena Diab, l’ancienne étudiante du Campus Saint-Jean et ancienne députée provinciale Laila Goodridge et la Franco-Ontarienne Arielle Kayabaga, élue dans London-Ouest.

Ce sont des exemples de gens qui nous ont dit qu'ils étaient prêts à collaborer avec nous. Et pour nous, ça va devenir des alliés, souligne-t-elle.

Le plus important, c'est de s'assurer qu'on a l'engagement de l'ensemble des partis.

Une citation de :Liane Roy, présidente de la FCFA

Avoir un gouvernement minoritaire pourrait présenter des avantages pour les communautés francophones, estime le politologue de l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, Rémi Léger.

Chaque partie a ses avantages et ses inconvénients. Le Parti libéral dit les bonnes choses, mais a malheureusement tendance à instrumentaliser les minorités francophones et à faire de la politique sur leur dos. [...] Les conservateurs disent certaines bonnes choses, mais ils ont une vision très stricte du fédéralisme canadien. Ils veulent respecter les compétences des provinces, mais ça [peut être] inquiétant pour les francophones hors Québec qui, parfois, sont confrontés à des gouvernements [provinciaux] qui ne leur sont pas très sympathiques.

Le message envoyé par les électeurs, lundi, va toutefois contraindre les partis politiques de s’entendre, poursuit-il.

Les partis doivent trouver des façons de collaborer et de fonctionner. [...] Les deux principaux se sont engagés à la modernisation de la Loi sur les langues officielles, ça peut donc être une opportunité d'en arriver à une modernisation qui est la plus optimale possible.

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