•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le pois jaune à la conquête des Prairies

Les agriculteurs des Prairies sont de plus en plus nombreux à se lancer dans la culture du pois jaune, l’un des ingrédients principaux des produits à base de protéines végétales.

Plusieurs gousses brunes de pois jaunes suspendues à des tiges séchées.

Champ de pois jaune près de Notre-Dame-de-Lourdes, au Manitoba

Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Luc Charrière et son fils Daniel cultivent des céréales sur 1000 hectares à Notre-Dame-de-Lourdes, au Manitoba. Leurs champs sont surtout semés de blé et de canola.

En 2020, les Charrière consacrent 85 hectares à une culture de rotation qu’ils n’ont jamais semée : le pois jaune.

Daniel Charrière et son père Luc sont debout sur une semeuse, alors qu'un camion se trouve dans un champ à l'arrière-plan.

Daniel et Luc Charrière se préparent à semer du pois jaune près de Notre-Dame-de-Lourdes, au Manitoba.

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

Les Charrière ont déjà un acheteur : un transformateur de protéines végétales qui leur offre une prime de 50 cents le boisseau au-delà de la valeur marchande.

Une bonne récolte, nous confie Luc Charrière, entraînerait un revenu additionnel de 8000 $ : Quand il y a des primes, ça attire le monde!

Légumineuse riche en protéine

La récolte de pois des Charrière aboutira à l’usine de transformation de la multinationale française Roquette, à Portage la Prairie.

Dans le pois, il y a 25 % de protéines. C'est plus facile d'extraire la protéine quand il y en a plus.

Une citation de :Dominique Baumann, directeur général, Roquette Canada

Une usine de 600 millions de dollars, consacrée entièrement à une seule petite légumineuse : le pois jaune.

Un édifice imposant que l’on voit à des dizaines de kilomètres, symbole tangible du pari que fait Roquette quant au potentiel de la protéine végétale.

Dominique Baumann, le directeur général de Roquette Canada, explique que la protéine extraite du pois est exceptionnelle : La protéine qui est extraite du pois a une très bonne composition, c'est-à-dire qu'elle est facilement assimilable par l'être humain. Ensuite, le pois est non-OGM, ce qui est important.

Image aérienne de plusieurs bâtiments industriels blancs et gris avec des champs agricoles à l'arrière-plan.

Usine de transformation de pois jaune à Portage la Prairie, au Manitoba.

Photo : Roquette Canada

Si Roquette a choisi le Manitoba, ce n’est pas un hasard, poursuit-il : Le Canada est le premier producteur de pois au monde, donc être près de la matière première est extrêmement important pour nous.

L’agriculteur Luc Labossière, de Saint-Léon, était parmi les premiers à cultiver du pois à grande échelle au Manitoba, dans les années 80.

L'agriculteur Luc Labossière est debout dans un champ et il regarde les plantes brunes autour de lui, avec une moissonneuse-batteuse à l'arrière-plan.

L'agriculteur Luc Labossière dans un champ de pois jaune près de Saint-Léon, au Manitoba.

Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Mais les prix étaient volatils à l’époque et il explique que la culture du pois n’est pas facile : Les premières années, ce n’était pas un plaisir. Quand le soleil se couchait, il fallait que tu arrêtes les machines, parce que le pois ramasse l'humidité très vite. Il n’y a pas beaucoup de fermiers qui sont restés dedans.

La production augmente

Dans les années 90, le prix des légumineuses monte en flèche, surtout en raison d’une forte demande des pays asiatiques.

La production de pois dans les Prairies passe de 500 000 tonnes en 1992 à plus de 4 millions de tonnes en 2017.

Image aérienne d'une moissonneuse-batteuse qui récolte un champ de plantes brunes, au loin, avec un champ vert à l'avant-plan, sous un ciel bleu.

Récolte d'un champ de pois jaune près de Saint-Léon, au Manitoba.

Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

La quasi-totalité de cette production est exportée, comme l’explique Bill Greuel, PDG de Protein Industries Canada : Nous avons créé toute une industrie axée sur le nettoyage, l’emballage et le polissage de légumineuses destinées aux marchés comme l’Inde et le Bangladesh, qui s’en servent comme légumineuses entières.

Mais les protéines végétales se taillent une place de plus en plus importante dans nos assiettes.

Selon une récente étude commanditée par Protein Industries Canada, 43 % des Canadiens comptent augmenter leur consommation de protéines végétales et 15 % comptent réduire leur consommation de viande.

Trois personnes mangent un repas dans un restaurant, avec une grande peinture sur le mur derrière eux.

Clients dans un restaurant végane à Québec.

Photo : Radio-Canada

Secteur de la transformation en plein essor

L’intérêt grandissant chez les consommateurs et la proximité de la matière première créent un engouement profond dans le secteur de la transformation. En Saskatchewan et au Manitoba, un projet d’usine de transformation n’attend pas l’autre.

Soja, canola, lentilles, chanvre, féverole – des cultures qui ont la cote dans une véritable ruée vers l’isolat de protéine végétale.

Un homme vêtu d'un sarrau blanc au volant d'un chariot élévateur transporte une palette de sacs blancs.

Un employé à l'usine de transformation de pois jaune de Roquette à Portage la Prairie, au Manitoba

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

Le plus ambitieux projet, celui de la multinationale Roquette, alimentera, entre autres, le marché de substituts de viande.

À plein rendement, l’usine transformera 125 000 tonnes de pois chaque année.

Le produit final, c’est une poudre protéinée destinée à la production de toutes sortes d’aliments.

On mesure la granulométrie de la poudre. Entre une barre de céréales et puis un biscuit, le client n'a pas les mêmes besoins.

Une citation de :Dominique Baumann, directeur général, Roquette Canada

Alors que les transformateurs poursuivent leur travail pour adapter les protéines végétales à notre palais, les champs de l’Ouest vivent eux aussi une transformation palpable.

Si les champs de Luc Charrière n'avaient pas été semés en pois à l'été 2020, ç'aurait plutôt été du soja qui y pousserait.

Mais les rendements de soja ne sont pas toujours bons dans cette région des Prairies, nous dit le producteur de grains : C’est au mois d'août que les gousses de soja se remplissent. Mais on manque souvent d'eau au mois d'août.

Le soja remplacé par le pois

Après l’Ontario, le Manitoba est le deuxième producteur de soja au pays.

Or, le nombre d’hectares semés en soja ici a chuté de moitié entre 2017 et 2020, surtout en raison d’une baisse du prix.

Entre-temps, le pois jaune a le vent dans les voiles : les hectares augmentent de 10 % par année dans les Prairies depuis 2016.

Comme le soja, le pois est aussi une excellente culture de rotation, qui permet aux fermiers de réduire leurs dépenses en engrais chimiques en fixant l’azote dans le sol.

Luc Labossière, debout sur une échelle accrochée à une semi-remorque, observe une moissonneuse-batteuse qui déverse sa cargaison de pois jaune dans la remorque.

L'agriculteur Luc Labossière récolte un champ de pois jaune près de Saint-Léon, au Manitoba.

Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Luc Labossière récolte aujourd’hui les fruits de sa persévérance. Il est l’un des plus importants vendeurs de semences de pois jaunes au Manitoba.

Et il nous confie que ses ventes augmentent de 25 % par année depuis 3 ans : On n’est pas une compagnie à tout casser, mais chaque chose compte.

Une course contre la montre

Mais en dépit des nouvelles usines de transformation, 85 % de nos légumineuses sont toujours exportées.

Bill Greuel a les mains sur ses hanches et regarde un champ brun de lentilles.

Bill Greuel, PDG de Protein Industries Canada, devant un champ de lentilles près de Pense, en Saskatchewan.

Photo : Radio-Canada / Cory Herperger

Bill Greuel soutient que pour profiter réellement de cette révolution alimentaire, les secteurs public et privé doivent se mobiliser pour augmenter rapidement la capacité de transformation en sol canadien : Il y a certainement une course mondiale pour établir des usines de transformation. Une fois ces usines construites, elles sont immobiles, donc c’est une véritable course contre la montre.

L’enjeu : assurer notre part d’un marché mondial qui pourrait dépasser les 250 milliards de dollars d’ici 2035.

L’avenir de la transformation du pois jaune passera forcément par les champs de fermiers comme Luc Charrière.

Luc Charrière tient un walkie-talkie devant son visage et regarde un tracteur dans un champ déjà récolté, en septembre.

L'agriculteur Luc Charrière récolte un champ de pois jaune près de Notre-Dame-de-Lourdes, au Manitoba.

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

Encouragé par sa première récolte, il compte incorporer le pois jaune dans sa rotation pour les années à venir.

Et il remarque qu’il n’est pas le seul : Tous les gars à qui j'ai parlé sont satisfaits. Il va y en avoir d'autres, c’est certain.

Le reportage de Marc-Yvan Hébert est diffusé à l'émission La semaine verte le samedi à 17 h et le dimanche à 12 h 30 sur ICI TÉLÉ. À ICI RDI, ce sera le dimanche à 20 h.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !