•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Collaboration et frictions à prévoir entre Fredericton et Ottawa

Blaine Higgs et Justin Trudeau se serrent la main.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, lors d'une rencontre en 2019.

Photo : Facebook / Blaine Higgs

Michel Corriveau

L’élection d’un gouvernement libéral minoritaire à Ottawa réserve peu de surprises pour le gouvernement conservateur de Blaine Higgs à Fredericton.

Malgré de nombreux désaccords dans plusieurs dossiers, le premier ministre conservateur Blaine Higgs a appris à travailler avec le gouvernement libéral de Justin Trudeau.

Blaine Higgs de profil

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, le conservateur Blaine Higgs.

Photo : CBC

Lors de la campagne électorale fédérale précédente, en 2019, Blaine Higgs avait décoché plusieurs flèches à l’endroit du premier ministre Trudeau. Il avait même lancé qu’il était difficile de travailler avec le gouvernement libéral à Ottawa. Mais les choses ont changé depuis, et durant la récente campagne électorale, Blaine Higgs a évité les déclarations incendiaires contre les libéraux fédéraux.

Nul doute que Blaine Higgs aurait préféré que son vis-à-vis à Ottawa soit conservateur, mais la nécessité de faire avancer des dossiers importants, principalement économiques, prendra le dessus sur les désaccords politiques, comme cela a été le cas au cours des deux dernières années. Ainsi, Fredericton et Ottawa continueront à avancer coude à coude dans plusieurs dossiers, dont ceux du bois d'œuvre et des réacteurs nucléaires modulaires.

Conflit du bois d’œuvre

Des piles de bois d'oeuvre sont empilées derrière des arbustes.

Le conflit du bois d'œuvre avec les États-Unis coûte cher aux entreprises du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Fredericton travaille avec Ottawa pour défendre ses intérêts dans le conflit sur le bois d'œuvre, qui oppose le Canada aux États-Unis. Jusqu’à ce que l’administration Trump impose des droits compensatoires aux bois de toutes les provinces, le Nouveau-Brunswick en était exempté, comme les autres provinces des Maritimes. Mais ce n’est plus le cas.

C’est un dossier crucial pour le Nouveau-Brunswick, vu l’importance de l’industrie forestière dans la province. Fredericton a déployé de nombreux efforts pour tenter de convaincre les États-Unis de revenir sur leur décision, mais ultimement, les négociations sont conduites par Ottawa.

Le conflit du bois d'œuvre avec les États-Unis est loin d’être résolu, et l’élection d’un président démocrate à Washington n’a pas encore permis d’en venir à une entente, au contraire. Ce printemps, les États-Unis ont annoncé que de nouveaux droits compensatoires seraient imposés sur le bois d'œuvre canadien. Cette mesure, qui entrera en vigueur cet automne, touchera le Nouveau-Brunswick, comme les autres provinces.

Jusqu’ici, Fredericton et Ottawa n’ont pas le choix de marcher main dans la main dans ce dossier, et cela devrait continuer jusqu’à ce qu’une nouvelle entente soit signée.

Nouveaux projets de développement

Dessin d'artiste représentant le réacteur nucléaire de Moltex.

Dessin d'artiste représentant ce à quoi pourrait ressembler le réacteur nucléaire modulaire de Moltex Energy à Pointe-Lepreau, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Gracieuseté de Moltex Energy Canada

Les gouvernements du Canada et du Nouveau-Brunswick travaillent aussi ensemble dans plusieurs grands projets de développement économique et énergétique.

Il existe quelques exemples de projets, mais l’un des plus importants est certes le développement, par deux entreprises, de réacteurs nucléaires modulaires. Fredericton et Ottawa ont travaillé de concert pour offrir aux entreprises les ressources nécessaires afin de poursuivre leurs recherches. Les deux niveaux de gouvernement ont versé des dizaines de millions de dollars d’aide, tout en fournissant des ressources humaines et matérielles.

Ottawa et Fredericton ont aussi appuyé le projet de mine de Sisson, au nord de Fredericton. Toutefois, ce projet est sur la glace depuis quelques années.

On peut s’attendre, donc, à une collaboration entre les deux niveaux de gouvernement sur plusieurs autres dossiers, lorsqu’il s’en présentera.

Malgré tout, la vision conservatrice de Blaine Higgs et la vision libérale de Justin Trudeau se heurtent parfois sur des questions importantes pour le développement économique, entre autres lorsqu’il est question d’investir dans les infrastructures.

Programme d’infrastructures

Panneau de signalisation vert et blanc de la route 11 sud en bordure de cette route au Nouveau-Brunswick.

La route 11 au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada

Depuis son élection, le premier ministre du Nouveau-Brunswick reproche à Ottawa de manquer de souplesse avec les programmes d’infrastructures à frais partagés. Ainsi, dès 2018, Fredericton a annulé d’importants travaux prévus en collaboration avec Ottawa. Le projet de double voie sur la route 11, par exemple, a été réduit de façon drastique et unilatérale par le gouvernement Higgs.

Ainsi, des millions de dollars fédéraux ne sont pas dépensés au Nouveau-Brunswick, parce que la province refuse de s’engager dans des projets qu’elle ne juge pas prioritaires. Blaine Higgs souhaiterait que les fonds fédéraux soient disponibles pour soutenir, par exemple, l’entretien et le maintien des infrastructures existantes, qui se détériorent.

Malgré ces divergences, des projets fédéraux-provinciaux sont réalisés, et d’autres le seront au cours des prochaines années. Mais Blaine Higgs, qui a fait de l’équilibre budgétaire une priorité, a resserré son budget en immobilisations, dans le but de garder un contrôle serré des dépenses en infrastructures.

Accès à l’avortement

La Clinique 554 à Fredericton.

La Clinique 554, qui offre des services d'avortement à Fredericton.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Plusieurs différends opposent les conservateurs à Fredericton aux libéraux à Ottawa, à commencer par le dossier de l’avortement. La question était d’ailleurs un enjeu électoral en 2019, et encore une fois, en 2020.

Les gouvernements successifs au Nouveau-Brunswick ont tous refusé de financer les avortements pratiqués dans l’unique clinique d’avortement privée de la province, la Clinique 554 à Fredericton. Le gouvernement Trudeau a fait pression pour que la province change sa politique, et accepte de financer ces avortements.

En campagne électorale, le Parti libéral a promis de modifier la réglementation pour défendre l’accessibilité à l’avortement partout au pays. Jusqu’ici, pour justifier le statu quo, le premier ministre Blaine Higgs a répété que la province respectait la Loi canadienne sur la santé, sans toutefois se prononcer contre le droit à l’avortement, même si certains dans son caucus – mais pas tous – sont ouvertement pro-vie.

Les discussions sur cette question pourraient donc être tendues entre Fredericton et Ottawa, d'autant plus que le premier ministre Higgs a souvent accusé son homologue fédéral de se servir de cet enjeu pour réaliser des gains politiques.

Les garderies à 10 $

Intérieur de la garderie.

Le Nouveau-Brunswick n'a toujours pas signé d'entente avec Ottawa pour offrir des places en garderie à 10 dollars par jour.

Photo :  Rachel Landry / Courtoisie

Dès l’annonce de l’investissement fédéral de 30 milliards de dollars sur cinq ans pour financer des services de garderie à 10 $ par jour d’ici 2026, le premier ministre Higgs a accusé les libéraux fédéraux d’acheter des votes. La province a donc refusé de signer une entente avec Ottawa.

Maintenant que les élections sont terminées, on peut s’attendre à ce que le dossier avance du côté de Fredericton.

Le premier ministre Higgs avait souligné qu’aucune décision ne serait prise avant l’automne, c’est-à-dire avant la fin de la campagne électorale fédérale. Blaine Higgs pourrait être inspiré par la majorité des provinces qui ont signé une entente avec Ottawa, en particulier la Saskatchewan.

Mardi, Blaine Higgs a félicité le premier ministre Trudeau pour sa victoire. Je me réjouis de poursuivre notre travail avec le gouvernement fédéral, dans un esprit de respect et de coopération, dit-il, dans une très courte déclaration écrite.

Et du travail, il y en aura : gestion de la pandémie et reprise économique, sans compter les pressions des provinces pour augmenter les transferts en santé.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !