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Sans le CIUSSS, tous les résidents du CHSLD Herron seraient morts, soutient un témoin

À l’enquête publique de la coroner Géhane Kamel, l’ancien chef de service des ressources humaines du CIUSSS a donné un aperçu de la désorganisation dans la gestion du personnel qui régnait à la résidence Herron.

Deux personnes en habit de protection, avec des visières, accompagnent un patient sur une civière.

Des ambulanciers transportent un patient hors du CHSLD Herron, le 11 avril 2020.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Alexandre Mercier n'avait jamais entendu parler du centre Herron avant le 29 mars 2020. C’est ce jour-là, en pleine première vague de la COVID-19, qu’on lui a demandé d'y envoyer du personnel de toute urgence. Une tâche à laquelle il s’est attelé en appelant des hôpitaux, des centres de réadaptation et d’autres CHSLD.

L’ex-chef du service des ressources humaines au CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal est arrivé sur place le 7 avril 2020. L'horaire des employés affiché sur un babillard ne correspondait pas du tout à la nouvelle réalité de l'endroit qui était en crise.

Pour répondre aux besoins, il aurait fallu 150 employés et, selon la liste, il y avait une soixantaine d’employés. Il manquait du personnel sur tous les quarts de travail, a indiqué M. Mercier, qui poursuivait mardi matin, au palais de justice de Longueuil, son témoignage amorcé lundi.

Le jour suivant, il a lancé un appel à l’aide, auquel bon nombre de soignants ont répondu présents. Des infirmières des hôpitaux de Lakeshore, et St. Mary's de même que des médecins ont accouru en renfort dans les jours qui ont suivi.

C'était plus des larmes de joie que de détresse qu'on avait, a dit le témoin à la coroner Géhane Kamel.

Les problèmes persistaient, néanmoins, avec les agences de placement qui fournissaient notamment du personnel pour les quarts de soir et de nuit. Ces soignants étaient souvent peu qualifiés et ne parlaient parfois pas français, a expliqué M. Mercier.

En mai, plusieurs d'entre eux ont cessé de se présenter après que le CIUSSS eut décidé de leur serrer la vis, notamment en exigeant une liste des employés de l’agence de même que des pièces d'identité valides.

Par ailleurs, l’ingérence de l'ex-directeur de la résidence, Andrei Stanica, posait également problème, selon le témoin. Malgré la tutelle du CIUSSS, M. Stanica demeurait impliqué en avril dans la gestion des horaires des employés.

Autour du 24 avril, par exemple, il a décidé de donner congé à ses employés sans en informer le CIUSSS, a relaté Alexandre Mercier, en ajoutant que c'était un gentil monsieur qui n'avait toutefois pas d'expérience en gestion des ressources.

Ce n’est qu’à partir de juin que Herron a commencé à avoir un personnel stable, a-t-il indiqué. Plusieurs des employés de Herron sont revenus travailler, à ce moment-là, après avoir été placés en isolement.

La coroner Kamel s’est demandé pourquoi l’Armée canadienne n’avait pas été appelée en renfort.

Ce que le CIUSSS a réussi à faire, c'est sauver 90 vies. Si le CIUSSS ne rentrait pas, je vous garantis que la totalité des résidents mouraient.

Une citation de :Alexandre Mercier, ancien chef de service des ressources humaines du CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal

J'étais désespéré

En après-midi, Andrei Stanica a parlé des défis constants du centre à embaucher du personnel.

Les enjeux étaient multiples, a-t-il insisté : manque de personnel anglophone, problèmes d’accessibilité pour une main-d’oeuvre qui venait en transport en commun depuis le nord de l’île et, surtout, concurrence directe du CIUSSS.

Le personnel soignant du système public était payé de 5 à 6 $ de l’heure de plus, a souligné M. Stanica, qui a précisé que les salaires de ses employés étaient fixés par une convention collective. Le problème de recrutement touchait tout le système privé, a-t-il ajouté.

En janvier 2020, quelques semaines avant la première vague de la pandémie, Herron avait perdu une quinzaine d'employés au profit du CIUSSS. C’est à ce moment que M. Stanica s’est tourné vers les agences de placement.

Il a ainsi signé des contrats avec deux d'entre elles. Tout ce qu'elles me donnaient, je prenais. J'étais désespéré, a affirmé Andrei Stanica, qui travaillait au centre Herron depuis septembre 2016.

Au même moment, la directrice des soins, Véronique Bossé, a démissionné. C'était un choc, a-t-il reconnu, et il n’a jamais pu la remplacer.

Mme Bossé, qui a témoigné la semaine dernière, a décrit une situation chaotique à la résidence, marquée par un manque criant de personnel et de matériel, même avant la pandémie. Elle est partie après une expérience qu'elle a trouvée frustrante.

M. Stanica a contracté la COVID-19 le 27 mars et n’a plus repris ses tâches de directeur jusqu'à la fermeture du centre.

Il reprendra son témoignage demain. La propriétaire de la résidence, Samantha Chowieri, suivra.

Les audiences, qui se poursuivront jusqu'à jeudi, doivent faire la lumière sur les événements survenus au CHSLD Herron, où 47 personnes sont mortes lors de la première vague de la pandémie, au printemps 2020.

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