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Langue française : le gouvernement doit aller plus loin, disent les syndicats

Radio-Canada a obtenu une copie des mémoires qui seront déposés cette semaine en commission.

Simon Jolin-Barrette prend la parole à l'Assemblée nationale.

Le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, a déposé en mai son projet de loi 96 qui modifie la Charte de la langue française pour tenter de freiner le recul du français au Québec (archives).

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Contrairement à la loi 21 sur la laïcité, premier jalon de la politique identitaire de la Coalition avenir Québec (CAQ), le gouvernement Legault pourra compter sur l’appui des grandes centrales syndicales pour renforcer la loi 101.

La FTQ, la CSN et la CSQ salueront cette semaine en commission parlementaire le dépôt du projet de loi 96. Leurs mémoires, dont Radio-Canada a obtenu copie, constatent tous la fragilité actuelle de la langue française au Québec, et en particulier dans la métropole.

Dans son mémoire, la FTQ affirme que le projet de loi apporte un vent de fraîcheur [...] et remet enfin la question de la langue française au cœur de l’actualité politique. Même son de cloche du côté de la CSN, qui souligne qu’une majorité des propositions apportées va dans le sens de [ses] revendications.

La CSQ déplore pour sa part que depuis une vingtaine d’années, plusieurs indicateurs nous préviennent d’une anglicisation progressive du Québec.

Après les fleurs viennent les pots. Les trois syndicats estiment aussi que Québec a le devoir d’aller plus loin, notamment sur deux fronts : la langue de travail et la francisation des immigrants.

Immigration : en français SVP

Nous croyons que le gouvernement doit se fixer des cibles ambitieuses en matière de transferts linguistiques chez les allophones, avance la CSQ, dont la position en matière d’immigration est en phase avec les deux autres syndicats.

La FTQ, qui représente plus d’un demi-million de travailleurs, recommande d’ailleurs au gouvernement d’inscrire dans le préambule de la Charte des droits et libertés de la personne que toute personne a droit de vivre en français [...] et que soit ajouté le droit fondamental à l’apprentissage du français pour toutes les personnes domiciliées au Québec, dont celles de langue anglaise.

Quant à la CSN, elle s’inquiète de l’impact que pourrait avoir le recours croissant à l’immigration temporaire sur la vitalité du français. Ces travailleuses et travailleurs temporaires n’ont pas la même motivation quant à l’apprentissage du français, puisque le retour dans leur pays d’origine est prévu, peut-on lire dans le mémoire.

Tous les syndicats demandent le maintien de la connaissance du français comme critère de sélection fondamental dans le choix des immigrants.

Le droit de travailler en français

Que l’emploi du français au travail soit la norme applicable au Québec afin de protéger le droit de tout travailleur ou travailleuse de gagner sa vie en français, demande la FTQ. Le syndicat recommande au gouvernement d’établir à 50 le nombre d’employés nécessaire pour la création de comités de francisation en entreprise.

La CSN va plus loin : elle estime que ce seuil devrait être de 25 employés. Le syndicat, qui compte 320 000 membres, se félicite toutefois du fait que projet de loi 96 vienne limiter l’emprise des employeurs sur lesdits comités.

Plus généralement, la CSQ souhaite que le gouvernement défende le droit de travailler en français et sensibilise les employés aux recours qui s’offrent à eux lorsque ce droit est bafoué.

Vives inquiétudes sur la question collégiale

Les trois centrales syndicales expriment de vives inquiétudes au sujet de l’anglicisation des études postsecondaires.

La fréquentation des cégeps de langue anglaise par les francophones et les allophones accélère le processus d’anglicisation, déplore la CSN. Elle fait valoir que ceux qui fréquentent les institutions anglophones sont plus nombreux à poursuivre leur parcours d'études en anglais, à travailler en anglais et à fréquenter des cercles sociaux où l'on parle principalement en anglais.

Pour la FTQ, il est contradictoire de souhaiter franciser les milieux de travail, sans en faire plus pour limiter l’accès aux cégeps anglophones : n’oublions pas que ces personnes étudiantes deviendront les travailleurs et travailleuses dans nos industries.

Si leurs études se sont déroulées en anglais, le travail pourra aisément se faire pour eux dans cette même langue. Comment pourrons-nous par la suite, comme organisation syndicale, travailler à la francisation de nos milieux de travail?

Une citation de :Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)
La spirale d'un cahier d'une élève en gros plan.

Des syndicats pointent le paradoxe de franciser les milieux de travail sans pour autant dissuader l’accès aux cégeps anglophones.

Photo : iStock / Marife Sabugo

La centrale syndicale s’inquiète aussi de voir un nombre croissant d’établissements francophones offrir des programmes en anglais. Il s’agit véritablement d’un affront à la promotion d’une éducation et d’un savoir en français, s’insurge la fédération.

Quant à la CSQ, elle souhaite surtout que les mécanismes permettant de resserrer l’accès aux institutions soient mieux définis et plus restrictifs. Dans l’état actuel des choses, les limites proposées pourraient avoir pour effet d’augmenter la concurrence entre les établissements collégiaux, s’inquiète la centrale.

Des acteurs du réseau collégial, comme le regroupement Pour un cégep français, formé d’enseignants issus de plusieurs établissements collégiaux, réclament pour leur part que les dispositions de l’actuelle loi 101 soient étendues au réseau collégial.

Pour que le français soit la seule langue officielle du Québec, comme entend le faire le projet de loi, il doit aussi être la seule langue du collégial français, fait-on valoir.

Le regroupement réclame en outre la fin des programmes de DEC bilingues et l’abandon du projet d’agrandissement du Collège Dawson.

Sur la question du statut bilingue des municipalités aussi, les centrales syndicales souhaitent voir le gouvernement aller plus loin.

La version actuelle du projet de loi prévoit que les villes qui ne comptent plus 50 % de citoyens anglophones puissent conserver leur statut à la suite d’un vote au conseil municipal.

Nous trouvons déplorable qu’une simple résolution votée par les municipalités leur permet de se dégager de leur responsabilité d’exemplarité d’application de la Charte, dénonce la CSN.

Pour la FTQ, les municipalités comptant moins de 40 % d’anglophones devraient perdre automatiquement leur statut.

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