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Un rapport alarmant d’Amnistie internationale sur la situation en Afghanistan

Deux femmes afghanes marchent près d'étals dans un marché, chacune vêtue d'une burqa bleue.

Des femmes afghanes portent une burqa dans un marché de Kaboul.

Photo : afp via getty images / HOSHANG HASHIMI

Charles-Émile L'Italien-Marcotte

Amnistie internationale s’inquiète des nombreuses violations des droits de la personne en Afghanistan depuis l’arrivée au pouvoir des talibans le 15 août, dans un rapport rendu public lundi.

C'est surtout la situation des femmes afghanes qui préoccupe Amnistie, mais également le sort des journalistes et la possibilité de quitter le pays.

Le droit à la dissidence, la possibilité pour les femmes d’étudier et de travailler, et les droits des minorités ethniques, religieuses et sexuelles sont aussi dans la mire d’Amnistie, parce que les atteintes sont graves, selon l’organisme.

Amnistie appelle la communauté internationale à agir et à faire pression sur le régime taliban, pour que celui-ci puisse respecter ses engagements et qu’il se conforme au droit international ainsi qu'aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.

Les recherches effectuées pour préparer le rapport d’Amnistie internationale ont été menées en collaboration avec la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT).

Les chercheurs ont réalisé des entretiens qualitatifs avec quatre journalistes, un ancien fonctionnaire, trois défenseurs des droits de la personne et un chercheur. Ils ont également reçu des informations de la part de partenaires afghans pour corroborer les événements qui sont rapportés.

Des droits qui disparaissent

Le rapport d’Amnistie internationale souligne que les femmes afghanes ont non seulement été exclues, mais aussi réprimées.

Les gains durement acquis au cours des deux dernières décennies ont commencé à se dissiper, indique le rapport.

Malgré les promesses selon lesquelles les droits des femmes seraient respectés dans le cadre de la charia, l’espace réservé aux droits des femmes a déjà commencé à rétrécir rapidement.

Une citation de :Amnistie internationale, dans son rapport

Un porte-parole des talibans avait déclaré le 24 août que les femmes ne devraient pas se présenter au travail jusqu’à ce que des systèmes appropriés soient instaurés pour assurer leur sécurité, mentionnait Zabihullah Mujahid, avant de préciser qu’il s’agissait d’une procédure très temporaire.

Or, depuis, le ministère afghan des Finances a renvoyé chez elles les femmes qui y travaillaient et la situation se répète ailleurs, notamment dans la ville de Kaboul qui a mis à pied les employées.

Amnistie internationale souligne en outre qu’un nouveau décret du ministère taliban de l’Éducation impose aux étudiantes, aux enseignantes et au personnel des collèges et universités qu’elles portent une robe islamique abaya noire et un niqab couvrant les cheveux, le corps et la majeure partie du visage.

L’enseignement mixte est proscrit, rappelle le rapport. Et, malgré les images de filles retournant à l'école à Herat quelques jours seulement après le retour au pouvoir des talibans, [...] des cas isolés de fermeture d'écoles ont été signalés, en particulier dans les zones rurales.

Amnistie s’inquiète pour l’avenir de l’éducation des femmes en Afghanistan.

Lors de l’annonce de la formation du nouveau gouvernement intérimaire par les talibans, Amnistie rappelle qu’ils n’ont nommé aucune femme à un poste ministériel.

De plus, les talibans ont recréé le « ministère de la Propagation de la vertu et de la Prévention du vice », ce qui inquiète beaucoup de femmes en raison du rôle que ce ministère a joué dans la limitation des droits des femmes lors du premier régime taliban, à la fin des années 1990.

De nombreuses femmes ont été violentées par les talibans durant des manifestations depuis leur prise du pouvoir à Kaboul, ce que dénonce Amnistie dans son rapport.

Exclusion et répression

La répression des manifestations n’est cependant pas liée uniquement aux femmes, puisque de nombreux journalistes et défenseurs des droits de la personne en Afghanistan ont été emprisonnés ou battus par des talibans, insiste l'organisme de défense des droits de l'homme.

Le rapport d’Amnistie internationale mentionne que les cas de violations des droits humains [qui sont présentés] ne sont qu'une petite sélection des incidents qui se déroulent en Afghanistan, étant donné la peur de dénoncer, le manque de connectivité des téléphones portables dans de nombreuses provinces et, ces derniers jours, la coupure de la connexion Internet dans certaines parties de Kaboul.

Il y a donc bel et bien violation des droits de la personne en Afghanistan, d'après Amnistie internationale.

L'organisation formule plusieurs recommandations, dont voici quelques-unes des plus importantes :

  • que les nations accélèrent la délivrance des visas humanitaires aux groupes d’Afghans à risque;
  • que les pays assurent un passage sûr à toutes les personnes qui tentent de quitter l'Afghanistan;
  • que le Conseil des droits de l’homme des Nations unies enquête sur toutes les violations et tous les abus présumés du droit international des droits de l'homme, du droit international humanitaire et d'autres violations et abus graves en Afghanistan;
  • que les autorités talibanes acceptent et soutiennent la mise en place d'un titulaire de mandat spécial des Nations unies et d'une mission d'enquête afin de surveiller de manière indépendante les droits de l'homme en Afghanistan.

Les recommandations du rapport sont destinées à la communauté internationale, au Conseil de sécurité de l’ONU, à la Cour pénale internationale, mais aussi aux talibans eux-mêmes.

L’objectif est de prendre des mesures pour assurer la place des femmes dans la société afghane, le respect des minorités, le droit à l’éducation et à la dissidence, de même que la liberté de circulation, et d'ainsi faire en sorte qu’il soit possible de quitter l’Afghanistan.

Ce rapport soulève des questions sur l’avenir de la société afghane à l’aune de son nouveau gouvernement provisoire qui cherche la légitimité à l’échelle internationale.

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