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Crise des sous-marins : Paris adopte un ton de moins en moins diplomatique

L’Assemblée générale de l’ONU à New York offre une plateforme internationale à l'indignation de la France.

Portrait de Jean-Yves Le Drian.

Jean-Yves Le Drian, le chef de la diplomatie française, reproche aux dirigeants des trois signataires du pacte AUKUS d’avoir dissimulé pendant des mois leurs négociations.

Photo : Associated Press / Jens Schlueter

Radio-Canada

La crise diplomatique provoquée par l’accord secret que l’Australie a noué avec les États-Unis et le Royaume-Uni s'envenime et s'exporte en sol américain.

Lundi, la France y a exprimé haut et fort son indignation par la voix de son chef de la diplomatie, Jean-Yves Le Drian, lors d'une conférence de presse, à New York, qui s'est tenue en marge de l'Assemblée générale de l'ONU.

Le sujet est d'abord celui de la rupture de confiance entre alliés, a-t-il déclaré, dénonçant un défaut de concertation des États-Unis dans la crise des sous-marins et la permanence de réflexes d'une époque que nous espérions révolue. Une référence audacieuse à la politique internationale erratique de Donald Trump qui perdurerait, a laissé entendre M. Le Drian.

Ce qui est en cause aujourd'hui, au-delà de la rupture d'un contrat industriel, la rupture brutale, inattendue, inexpliquée, [...] c'est d'abord la rupture de confiance entre partenaires.

Une citation de :Jean-Yves Le Drian, chef de la diplomatie française

L'attaque s'est ensuite doublée d'un cours 101 de diplomatie à destination des partenaires visés. L'alliance, ça veut dire la transparence, la prévisibilité, l'explication, se parler, ne pas se cacher, a estimé le chef de la diplomatie française, tout ça nécessite aujourd'hui des clarifications.

Il a une nouvelle fois déploré la brutalité de l'annonce faite par le président américain Joe Biden le 15 septembre d'une nouvelle alliance stratégique avec l'Australie et le Royaume-Uni, qui torpille un mégacontrat de sous-marins français à Canberra.

Solidarité européenne

Pour la première fois dans l’histoire de l’Union européenne (UE), ce revers infligé à Paris par Sydney, Washington et Londres est en train de devenir une affaire européenne.

Des drapeaux européens flottant au vent.

Les pays de l'Union européenne ont apporté lundi leur « soutien » à la France dans la crise des sous-marins qui l'oppose aux États-Unis.

Photo : Reuters / Yves Herman

Ce n'est pas la France, mais bien l'Europe que Jean-Yves Le Drian a mentionnée quand il a dit regretter qu'elle soit exclue de la stratégie de Washington pour la région indo-pacifique.

Les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept, réunis à New York en marge de l'Assemblée générale annuelle de l'ONU, ont officiellement apporté lundi soir leur soutien à la France, a indiqué le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

De son côté, la présidente de la Commission européenne n’a pas hésité à exprimer son soutien à la France sur CNN, ce lundi, preuve de l'ampleur de la crise .

L’un de nos États membres a été traité d’une manière qui n’est pas acceptable. […] Nous voulons savoir ce qui s’est passé et pourquoi.

Une citation de :Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne

Un autre porte-parole de la Commission a indiqué que l'exécutif européen examinait l'impact sur le calendrier de négociations commerciales que pourrait avoir l'annulation de la commande de sous-marins français.

Charles Michel, président du Conseil européen, a repris mot pour mot les critiques de son camp en dénonçant le manque de loyauté des Américains.

Les principes élémentaires entre alliés, c'est la transparence et la confiance, ça va ensemble. Et là, que voyons-nous? Un clair manque de transparence, de loyauté, a-t-il confié à quelques journalistes à New York, pour appuyer les récriminations françaises.

Il est très étrange de placer l'Europe en dehors du jeu dans la région indo-pacifique.

Une citation de :Charles Michel, président du Conseil européen

L'Amérique est de retour. Tel était le message historique adressé par cette nouvelle administration, mais désormais nous nous posons des questions. Que cela signifie-t-il? L'Amérique est de retour? Est-elle de retour en Amérique ou ailleurs? Nous ne savons pas, a-t-il déclaré.

Les ministres des Affaires étrangères des pays de l’UE doivent examiner lundi soir les conséquences de ce pacte, au cours d’une réunion à New York en marge de l’Assemblée générale de l’ONU.

Vendredi, le gouvernement français a rappelé ses ambassadeurs aux États-Unis et en Australie dans un geste inédit, en dénonçant un coup dans le dos, un mensonge et une rupture majeure de confiance.

La Chine, rival stratégique

Jean-Yves Le Drian a aussi déploré l'orientation très confrontationnelle qui se dessine, côté américain, face à la Chine, estimant que les Européens devaient défendre un modèle alternatif passant plutôt par une compétition parfois musclée.

En outre, il n'a pas voulu dire quand aurait lieu le coup de fil attendu entre le président français Emmanuel Macron et son homologue américain Joe Biden. Ce sera dans les jours qui viennent, a-t-il seulement commenté.

Concernant son séjour américain, il n'a pas prévu de rendez-vous avec le secrétaire d'État américain Antony Blinken à New York.

J'aurai l'occasion de le croiser dans les couloirs, s'est-il contenté de rétorquer.

Comme un résumé des priorités diplomatiques du président américain, Joe Biden n'a prévu de rencontrer mardi, en marge de la réunion onusienne, que le premier ministre australien Scott Morrison, avant de recevoir le chef du gouvernement britannique Boris Johnson à son retour à la Maison-Blanche.

À lire aussi :

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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