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Le délai avant l’apparition de symptômes liés à l’alzheimer peut être estimé

Illustration 3D d'un cerveau humain vue à travers une loupe.

L'alzheimer est la cause la plus fréquente de démence.

Photo : iStock

Un examen d'imagerie cérébrale permet de calculer à quel moment une personne est susceptible de présenter les premiers signes de démence liés à la maladie d'Alzheimer, même si elle ne présente aucun symptôme cognitif.

La neurologue Suzanne Schindler et ses collègues de la faculté de médecine de l'Université de Washington à Saint-Louis ont mis au point un algorithme qui analyse les données récoltées lors d’une tomographie par émission de positons (TEP) amyloïde.

Cette technique permet d’évaluer les niveaux dans le cerveau de la protéine bêta amyloïde (A bêta), l’une des deux protéines associées à la survenue de l’alzheimer avec la protéine tau.

  • Lorsque ces molécules A bêta s’agrègent dans le cerveau, elles forment des plaques qui bloquent le transfert de signaux entre les neurones, entraînant la mort des cellules.
  • Lorsque les protéines tau s’affaissent et s’enroulent, elles forment des enchevêtrements qui empêchent les nutriments d’atteindre les neurones, ce qui entraîne leur mort.
Illustration montrant des neurones présentant des plaques amyloïdes et des neurones sains (à gauche).

Neurones présentant des plaques amyloïdes (à droite) comparés à des neurones sains (à gauche). Les plaques amyloïdes s'accumulent à l'extérieur des neurones et entraînent leur dégénérescence.

Photo : iStock

Repères

  • L'alzheimer est la cause la plus fréquente de démence.
  • Il n’existe actuellement aucun traitement efficace contre cette maladie qui frappe 50 millions de personnes dans le monde.
  • Avec le vieillissement de la population mondiale, le nombre de personnes atteintes de démence devrait tripler et atteindre 152 millions d’ici 2050.
  • Pas moins de 564 000 Canadiens en sont atteints. Dans 15 ans, ils seront 937 000. (Société Alzheimer du Canada)

Le cerveau assiégé

Chez les personnes qui développent une démence associée à l’alzheimer, l'amyloïde s'accumule insidieusement dans le cerveau pendant une vingtaine d'années avant l'apparition des premiers signes de confusion et d'oubli.

La Dre Suzanne Schindler utilise les examens TEP de l'amyloïde pour établir les diagnostics d’alzheimer dans le cadre de ses travaux de recherche depuis plusieurs années.

Lorsque j'annonce des résultats positifs à des personnes dont les facultés cognitives sont normales, leur première question est toujours la suivante : combien de temps me reste-t-il avant que je ne sois atteint de démence?, explique la Dre Schindler dans un communiqué publié par l’université.

La réponse était invariablement la même : Vous avez un risque accru de développer une démence dans les cinq prochaines années.

Une réponse qui n’aide pas beaucoup les patients. Les gens veulent savoir quand ils sont susceptibles de développer des symptômes, et pas seulement s'ils ont un risque plus élevé, ajoute la Dre Schindler.

En combinant les informations recueillies lors de ces examens avec l'âge d'une personne, l'algorithme permet d'estimer le degré d'avancement de la démence et le temps qu'il reste avant l'apparition des troubles cognitifs.

L’étude en détail

Dans ses travaux, l’équipe américaine a analysé les examens TEP de l'amyloïde de 236 personnes, dont l’âge était en moyenne de 67 ans, participant à des études sur la maladie d'Alzheimer par l'intermédiaire du centre de recherche sur l’alzheimer de l'Université de Washington.

Tous les participants ont subi au moins deux examens cérébraux espacés en moyenne de 4,5 ans. Les chercheurs ont combiné ces examens TEP avec un outil de mesure connu sous le nom de ratio standard de valeur d'absorption (SUVR), afin d'estimer la quantité d'amyloïde dans le cerveau de chacun des participants à chaque moment.

De plus, les chercheurs ont consulté plus de 1300 évaluations cliniques sur 180 des participants.

La plupart des participants avaient des capacités cognitives normales au début de la collecte des données, de sorte que les évaluations répétées ont permis aux chercheurs de déterminer avec précision le moment où les capacités cognitives de chaque participant ont commencé à se détériorer, expliquent dans le communiqué les auteurs de ces travaux publiés la revue Neurology (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

La percée

Les scientifiques ont passé des années à tenter de déterminer comment utiliser les données des TEP à l'amyloïde pour estimer l'âge d'apparition des symptômes.

Ils ont fini par réaliser que l'accumulation d'amyloïde atteint un point de basculement et que chaque personne peut l’atteindre à un âge différent. En outre, les chercheurs ont établi qu’après ce point de basculement, l'accumulation d'amyloïde suit habituellement une trajectoire pratiquement invariable.

Vous pouvez atteindre le point de basculement à 50 ans, à 80 ans, ou ne jamais y arriver.

Une citation de :Suzanne Schindler

Mais une fois que vous avez passé le point de basculement, vous allez accumuler des niveaux élevés d'amyloïde qui sont susceptibles de provoquer une démence. Si nous connaissons la quantité d'amyloïde que possède une personne maintenant, nous pouvons calculer depuis combien de temps elle a atteint le point de basculement et estimer combien de temps il faudra encore avant qu'elle ne soit susceptible de présenter des symptômes, affirme la neurologue.

Dans cette étude, les participants qui ont atteint le point de basculement à un plus jeune âge ont mis plus de temps à développer des symptômes cognitifs que celles qui l'ont atteint plus tard dans leur vie.

Ceux qui ont atteint le point de basculement à 50 ans ont généralement mis près de 20 ans à développer des symptômes. Ceux qui l'ont atteint à 80 ans ont mis moins de 10 ans pour y arriver.

Lorsque nous examinons les cerveaux de personnes relativement jeunes qui sont décédées de la maladie, ils ont généralement l'air assez sains, à part la présence de l'alzheimer, constate la Dre Schindler. Mais les personnes plus âgées présentent plus souvent des lésions cérébrales dues à d'autres causes. Leurs réserves cognitives étant plus faibles, et il faut donc moins d'amyloïde pour provoquer une déficience.

La force de la nouvelle méthode réside dans sa relative simplicité puisqu’elle ne nécessite qu'un seul examen du cerveau, et de connaître l'âge de la personne.

Ces deux informations permettent au modèle d’estimer le délai d'apparition des symptômes, à quelques années près.

Le facteur génétique

Outre le vieillissement, les porteurs du gène APOE4 sont plus à risque de développer une démence.

Dans cette étude, les personnes porteuses du gène APOE4 ont atteint le point de basculement plus tôt, mais une fois ce point franchi, elles ont suivi la même trajectoire que tout le monde, remarque la chercheuse. L'APOE4 semble avoir un effet d'ensemencement.

À des niveaux très bas, en dessous du point de basculement, vous voyez l'amyloïde augmenter chez les personnes porteuses de l'APOE4, alors qu'elle ne change pas chez les personnes non porteuses de l'APOE4. Cela signifie que les porteurs de l'APOE4 vont atteindre le point de basculement plus tôt. […] Mais après ce point, nous ne voyons aucune différence entre les porteurs d'APOE4 et les non-porteurs, conclut la Dre Schindler.

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