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À l’Île-du-Prince-Édouard, une pénurie de travailleurs aggravée par la pandémie

Antérieur à la COVID-19, le manque de main-d'oeuvre est encore plus prononcé depuis.

Une affiche indiquant "Nous embauchons" sur le bâtiment d'une entreprise.

Une entreprise affiche qu'elle embauche.

Photo : Radio-Canada / Denis Babin

Radio-Canada

La pénurie de travailleurs à l'Île-du-Prince-Édouard se préparait depuis des années, même si elle semble être apparue soudainement, au moment où l'économie commençait à reprendre son souffle après le ralentissement causé par la pandémie.

Au moment où la province rouvre ses portes, le manque de travailleurs se fait sentir partout dans l'île et les employeurs peinent à trouver la main-d'oeuvre dont ils ont besoin.

Selon la plus récente enquête de Statistique Canada sur la population active, l'écart entre les emplois disponibles et les travailleurs à la recherche de travail était plus prononcé à l'Île-du-Prince-Édouard, à −3,4 %, par rapport à ailleurs au pays, comparativement à février 2020.

La pandémie a eu un impact profond sur le marché du travail, que ce soit les salaires qui n'ont pas augmenté au même rythme que le coût de la vie, l'écart entre les compétences recherchées et celles disponibles, le manque de places en garderies ou un changement profond au niveau des attentes des travailleurs quant à leur qualité de vie.

Un homme d'âge mûr, à l'air sérieux, portant veston, chemise et cravate.

Fred Bergman du Conseil économique des provinces de l'Atlantique.

Photo : Radio-Canada / CBC

Les femmes moins nombreuses au sein de la population active

Les femmes sont parmi les personnes dont la vie professionnelle a été atteinte par la pandémie, de façon disproportionnée.

Lorsque la COVID-19 est devenue incontournable en mars 2020 et que les provinces ont imposé des mesures de confinement qui ont touché les écoles et les entreprises, l'effet s'est particulièrement fait sentir dans les secteurs où les femmes sont plus présentes, comme les commerces de détail et l'industrie de l'hôtellerie.

Les femmes ont fait face non seulement à des mises à pied, mais à la maison, ce sont surtout elles qui ont pris en charge les soins des enfants, selon le professeur Jim Sentance, économiste à l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard (UPEI).

Nous faisions déjà face à un léger manque de places en garderie, mais je suis certain que les mesures liées à la COVID-19 ont réduit l'offre davantage, indique le professeur Sentance.

Si les enfants sont ici et là, pas à l'école, c'est plus difficile pour les mères d'être sur le marché du travail, ou même de chercher du travail.

Cette situation se reflète dans les données mensuelles publiées par Statistique Canada.

En février 2020, avant le début de la pandémie, les femmes comptaient pour 49 % de la population active à l'Île-du-Prince-Édouard. Le mois dernier, cette proportion se situait à 46,6 %.

Le nombre d'hommes au sein de la population active dépasse actuellement celui d'avant la pandémie.

Des emplois vacants même hors du secteur de l'hôtellerie

Même si Statistique Canada ne fait pas de répartition des emplois vacants par secteur d'activité, il est évident que le problème dépasse l'industrie touristique, un secteur où les employeurs ont partagé haut et fort leurs problèmes de recrutement.

En juin, il y avait 3600 emplois vacants à l'île. L'industrie touristique emploie généralement autour de 6500 personnes.

La pénurie de travailleurs touchait déjà l'industrie de la construction avant la pandémie. Les analystes soulignent que cela découle d'un manque de main-d'œuvre qualifiée et non d'un manque de volonté de la part des travailleurs.

Les défis liés au recrutement de main-d'œuvre qualifiée s'étendent à d'autres industries, note le professeur Sentance, qui ajoute que certaines entreprises se font concurrence pour attirer des travailleurs.

Ce problème s'accroît dans toutes les industries, selon Fred Bergman du Conseil économique des provinces de l'Atlantique.Les entreprises peinent à trouver des employés qualifiés. Cela précède la pandémie , note M. Bergman.

Même lorsque la pandémie sera derrière nous, la pénurie de main-d'œuvre va s'accroître au fil du temps.

Une citation de :Fred Bergman, Conseil économique des provinces de l'Atlantique

Perspectives d'avenir

Il peut exister un décalage entre les exigences des employeurs et celles des travailleurs. Un employé potentiel peut répondre aux critères d'un employeur, sans que l'employeur réponde aux critères des travailleurs.

Il existe certains indices que l'Île-du-Prince-Édouard perd des travailleurs recherchés au profit d'autres provinces. Le nombre de gens qui ont quitté la province durant les trois premiers mois de la pandémie a atteint son niveau le plus élevé depuis 2018 et il a atteint un nouveau pic en 2021.

Le nombre de nouveaux arrivants a fait un bond au premier trimestre de cette année, mais selon Fred Bergman, cela ne suffirait probablement pas pour pourvoir aux postes laissés vacants par celles et ceux qui sont partis.

Le marché de l'emploi est plus petit ici. Vos chances de trouver exactement l'emploi que vous cherchez sont plus minces. Si c'est votre cas, il vaudrait mieux vous assurer d'avoir un emploi garanti avant de déménager ici, estime Fred Bergman.

Les salaires n'ont pas suivi la hausse du coût de la vie

Un jeune homme barbu, souriant, est debout, bras croisés, devant un immeuble d'appartements.

Robert White affirme qu'il peinait à payer un loyer à Charlottetown avec le salaire qu'il gagnait.

Photo : Radio-Canada / Contribution : Robert White

Robert White est un de ces Prince-Édouardiens qui ont récemment quitté la province. Il s'y était établi en 2014 avec sa femme, dans le but de se rapprocher de leurs familles élargies.

Au départ, la vie était bonne à l'Île, dit-il : À l'époque, les loyers étaient moins chers qu'en Nouvelle-Écosse. On pouvait facilement accepter n'importe quel emploi et commencer à épargner.

Au cours des années qui ont suivi, le marché immobilier s'est transformé. Les loyers ont commencé à augmenter, au point où le salaire gagné par Robert White dans un centre d'appel de Charlottetown ne suffisait plus.

Même avec le contrôle des loyers qui le protégeait d'une hausse inattendue imposée par le propriétaire, le jeune homme se sentait sous pression.

À bout de souffle, le couple a tenté en vain de trouver un autre logement, avant de se résigner à vivre avec les parents de la jeune femme.

Robert White était particulièrement frustré de savoir que son employeur, une entreprise pancanadienne, offre un salaire supérieur de 30 % à Toronto, en raison du coût de la vie plus élevé.

Ça ne reflète plus la réalité à Charlottetown, estime le jeune homme, qui a décidé l'an dernier de retourner vivre en Nouvelle-Écosse.

Des hausses de salaire au compte-gouttes

Les défis autour de la main-d'œuvre ne se limitent pas à l'Île-du-Prince-Édouard. L'émergence du télétravail en temps de pandémie a mené plusieurs personnes à s'interroger sur leur vie.

Après avoir goûté à un autre rythme, loin de la frénésie, certaines personnes ont décidé de rechercher de meilleures conditions de travail, en changeant d'employeur ou d'emploi.

D'autres ont décidé de quitter le marché du travail.

Certains employeurs au pays ont pu tenter de renverser cette tendance en offrant plus d'argent. Au niveau national, les salaires sont plus élevés de 4 % par rapport à l'an dernier.

Par contre, à l'Île-du-Prince-Édouard, les salaires — qui sont les plus faibles au pays, et ce depuis des années — ont augmenté de moins de 1 %.

D'après Fred Bergman, cela peut avoir un effet sur la situation de l'emploi à l'Île-du-Prince-Édouard. Les gens tendent à graviter vers les endroits où les salaires sont plus élevés et les industries plus présentes.

Pouvoir faire des projets d'avenir

Selon Robert White, le marché des emplois avec un salaire de plus de 15 $ l'heure à Charlottetown était affreux.

Il estime que sa vie s'est nettement améliorée après son déménagement en Nouvelle-Écosse. J'ai réussi à trouver un emploi qui m'a permis d'épargner et de retourner aux études.

Les loyers ici ne sont pas moins chers, mais les emplois sont mieux payés. Personne [à Charlottetown] ne veut offrir un salaire qui permette de vivre.

Une citation de :Robert White

[Là-bas], j'étais résigné à ne garder que la tête hors de l'eau. Ça me déprimait, ça nuisait à ma santé mentale. Ici, je peux me planifier un avenir.

L'irrégularité qui use les travailleurs

Une jeune femme souriante tient une coupe de vin dans un décor de restaurant.

Carol LeMaistre-Matthys, du temps où elle travaillait comme serveuse.

Photo : Radio-Canada / Contribution : Carol LeMaistre-Matthys

Carol Le Maistre-Matthys, étudiante de 3e année à UPEI, a renoncé à travailler comme serveuse, un travail de plus en plus précarisé en temps de pandémie.

Ce sont les conditions de travail qui l'ont convaincue de changer d'emploi et d'aller travailler dans une pharmacie.

Les exigences et l'irrégularité des horaires viennent à bout des serveurs. Si les entreprises veulent garder leurs employés, elles devront mieux gérer les horaires de travail.

Une citation de :Carol Le Maistre-Matthys, étudiante et ancienne serveuse

Pour sa part, Robert White dit avoir renoncé définitivement à retourner travailler à l'Île-du-Prince-Édouard ou à y établir une entreprise, un rêve qu'il a déjà caressé. Quand je vois le marché de l'emploi et de l'habitation, je n'y pense plus, conclut-il.

D'après un reportage de CBC

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