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Le livre d’Edith Blais sur ses 15 mois de captivité est publié en anglais

Un homme et une femme côte à côte dans une salle de réception.

Luca Tacchetto et Edith Blais sont accueillis par des responsables politiques à leur arrivée à l'aéroport de Bamako, le 14 mars 2020, après leur libération.

Photo : afp via getty images / MICHELE CATTANI

La Presse canadienne

Quelque 250 jours après son enlèvement, Edith Blais a réalisé que sa vie n'était plus sienne. Elle ne savait pas si elle pourrait s'en sortir un jour.

Séparée de son compagnon de voyage, Luca Tacchetto, et du groupe de femmes avec qui elle était détenue, la Québécoise était transportée dans un camion dans le Sahara en compagnie d'un groupe d'hommes armés. Malgré le danger, tout ce qu'elle ressentait était de la torpeur.

Dans son livre Le sablier : otage au Sahara pendant 450 jours, publié en février, elle écrit qu'elle n'avait plus la force de lutter contre l'anéantissement : J'étais devenu docile, une marionnette entre leurs mains.

Le simple fait qu'Edith Blais soit sortie vivante de cette mésaventure est prodigieux.

Edith Blais et son livre portant sur l'histoire de son enlèvement.

Edith Blais lors d'un événement soulignant la sortie de son livre «Le sablier»

Photo : Radio-Canada

Luca Tacchetto et elle ont été enlevés en décembre 2018 par des terroristes islamistes dans l'est du Burkina Faso. Quatre cent cinquante jours plus tard, le couple a fait les manchettes dans le monde entier après s'être évadé. Mme Blais transportait alors de l'eau et les 57 poèmes qu'elle avait écrits en captivité.

Un projet de livre motivé par la quarantaine

Son livre a été traduit en anglais. Intitulé The Weight of Sand (Le poids du sable), il sortira mardi. Elle y relate sa vie d'otage : errer de campement en campement en étant gardée par des hommes armés, s'abriter sous les arbres, endurer les nuées d'insectes et les tempêtes, s'ennuyer, refuser de manger et s'évader.

Dans une récente entrevue, elle dit que ce livre n'aurait jamais vu le jour si la pandémie de COVID-19 n'avait pas frappé la planète. Elle a décidé – au cours de la quarantaine obligatoire de 14 jours après son retour chez elle, à Sherbrooke – de témoigner par écrit de son expérience, pour sa famille et ses proches.

J'ai commencé à écrire pour eux, dit-elle. J'ai écrit tous les jours parce que je n'avais rien d'autre à faire. J'étais en quarantaine. Après cela, je n'ai pas arrêté. J'ai écrit, écrit et écrit.

Écrire lui a fait du bien. Ç'a été un peu thérapeutique. Pour pouvoir l'écrire, il a fallu que je comprenne bien, explique-t-elle. Cela a fait en sorte que je fasse un peu de ménage dans mon histoire. Ç'a été un bon processus.

Selon elle, la partie la plus difficile de sa captivité a été l'incertitude. Ne pas savoir ce que le sort me réservait, dit Edith Blais. En réalité, la seule chose que l'on sait est qu'on ne peut pas s'en sortir.

La poésie pour demeurer saine d'esprit

Après trois mois de captivité, elle a été séparée de Luca Tacchetto et amenée à un campement avec trois autres femmes qui étaient détenues depuis plusieurs années. Elles ont créé de forts liens, cuisinant ensemble, se racontant des histoires, s'échangeant de petits cadeaux.

Un homme et une femme croquent un autoportrait dans un désert en Afrique.

Lucas Tacchetto et Edith Blais lors de leur voyage en Afrique de l'Ouest, peu de temps avant leur enlèvement

Photo : Facebook

L'une de ses compagnes d'infortune – nommée Élisabeth dans le livre – lui a prêté un crayon, avec lequel elle a commencé à écrire des poèmes. Cet exercice lui a permis de rester saine d'esprit au cours des longs mois de solitude qui ont suivi.

Edith Blais raconte qu'elle écrivait quotidiennement, même lorsque son stylo n'avait plus d'encre, inscrivant les mots sur du carton. Plusieurs poèmes ont été publiés dans le livre. Leur caractère onirique traite souvent du temps qui passe et des paysages.

Séparée du groupe de femmes, elle est restée isolée pendant de longs mois. Ses ravisseurs lui ont permis de retrouver Luca Tacchetto après que les deux eurent accepté de se convertir à l'islam.

Les deux jeunes adultes se sont échappés après la prière du soir, profitant de la pleine lune pour s'éclairer et d'une rare brise pour effacer leurs traces dans le désert. Un civil les a amenés en camion vers un point de contrôle des Casques bleus. Edith Blais est ensuite revenue à Sherbrooke pendant que son compagnon regagnait l'Italie.

Vivre la vie au jour le jour

Rencontrer ma famille a été vraiment extraordinaire. Quand j'étais isolée, je ne savais pas s'ils étaient vivants. Je ne savais ce qui leur était arrivé. C'était stressant, mentionne-t-elle.

Un an et demi plus tard, Edith Blais semble s'être remarquablement bien rajustée. Un séjour dans la nature, à Jasper, en Alberta, l'a aidée à retrouver ses repères. Aujourd'hui, elle veut aller de l'avant.

Elle est prête à voyager de nouveau. Elle prépare un séjour de deux mois sur la côte est avec son nouveau petit ami. Elle a hâte de se rendre à l'étranger de nouveau, ajoutant en riant que l'Afrique ne figure pas parmi ses prochaines destinations.

Sa malheureuse expérience l'a changée, reconnaît-elle.

Je suis beaucoup plus calme. J'ai voyagé pendant cinq ans et je cherchais toujours de nouveaux défis. Je me plaçais tout le temps dans des situations où il fallait que je me prouve. J'ai trouvé mes limites. Je ne les cherche plus. Je vis la vie au jour le jour.

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