•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

35 jours plus tard, le dernier tour de piste des chefs fédéraux

Le marathon tire à sa fin. L’itinéraire est soigneusement calculé. Les chefs jouent le tout pour le tout.

Un micro pendant un point de presse.

Les chefs fédéraux ont donné des dizaines de points de presse pendant cette campagne électorale.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Les réserves d’énergie des chefs se font plus basses, et pourtant les arrêts de campagne sont plus nombreux. Le fil d’arrivée de cette course très serrée se rapproche. En cette dernière journée de campagne, voici le regard que posent en coulisses les caravaniers de Radio-Canada, qui sont sur la route depuis le début.

Le dernier « round » de Justin Trudeau

La pression est forte sur les épaules du chef libéral Justin Trudeau et de son entourage. Après tout, c’est lui qui porte la responsabilité du déclenchement de ces élections générales en temps de pandémie.

Sa cheffe de cabinet Katie Telford et son conseiller Ben Chin sont sur la route avec lui depuis le jour un. En retrait, ils écoutent attentivement tous les discours et toutes les conférences de presse pour être à l’affût de l’humeur de leur chef.

Depuis quelques jours, il paraît plus énergique dans ses discours devant ses partisans. Les excuses du premier ministre albertain Jason Kenney concernant sa gestion de la crise sanitaire lui ont donné de nouvelles munitions contre son adversaire conservateur Erin O’Toole.

La dernière fin de semaine est cruciale. Face à une course aussi serrée, on ne peut pas se permettre d’être complaisant, nous confie une source libérale affectée à la campagne.

Justin Trudeau salue des partisans de la main à bord de son autobus de campagne.

Justin Trudeau a passé beaucoup de temps dans le sud de l'Ontario et dans la grande région de Toronto dans les derniers jours.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Justin Trudeau n’ose pas prononcer le mot majorité. Pour espérer l’atteindre, les appuis doivent augmenter en Ontario, au Québec et en Colombie-Britannique, ajoute cette source. Toutefois, personne dans la caravane libérale n’ose faire de projections ou dévoiler des chiffres.

Beaucoup d’élections se gagnent dans les derniers jours, précise notre contact. Les libéraux savent qu’ils doivent encourager la participation des électeurs libéraux. Les appels au vote stratégique se sont intensifiés pour rallier les électeurs du Nouveau Parti démocratique et du Parti vert afin de bloquer la route aux conservateurs.

Au Québec, les libéraux surveillent la montée du Bloc québécois après la controverse du débat en anglais. Ils espèrent que la poussée sera temporaire. La colère, ça dure un temps, nous dit un autre stratège libéral, avec de l’espoir dans la voix.

Dans l’autobus de campagne, journalistes et personnel politique appréhendaient depuis des jours la dernière fin de semaine. Justin Trudeau a l’habitude de visiter plusieurs provinces par jour et de remonter les fuseaux horaires, afin de maximiser le temps passé sur le terrain dans les circonscriptions les plus serrées.

À bord de la caravane libérale, le manque de sommeil s’accentue. D’ailleurs, le stock de capsules de café à bord de l’autobus diminue à vue d'œil.

Les proches de Justin Trudeau se plaisent à utiliser l’analogie du boxeur pour vanter son endurance pendant les campagnes électorales. Le dernier round tire bientôt à sa fin.

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021.

Erin O’Toole : la répétition du message jusqu’à la fin

Ne pas perdre le contrôle du message. C’est le but de la campagne conservatrice dans la dernière ligne droite. D’ailleurs, samedi, le parti a limité pour la première fois les questions des journalistes, comme l'avaient fait les libéraux quelques jours plus tôt.

Au micro, le chef semble sur le mode pilote automatique et répète ses lignes, souvent sans trop d’égards à ce qui lui est demandé : On a un plan, On va collaborer avec les provinces, Pourquoi Justin Trudeau a-t-il déclenché une élection inutile?

Avec lui, sa femme Rebecca, qui l’accompagne depuis le début, sa cheffe de cabinet, son directeur de politiques publiques, son équipe de communications et un vidéographe qui filme le chef à chaque instant, soit pour capter du contenu utilisé pour des publicités, soit pour la postérité, surtout si Erin O’Toole l’emporte lundi soir.

Le rythme de cette dernière semaine est paradoxalement assez calme. L’agenda du chef est bien sûr un peu plus rempli qu’il ne l’était au début, mais on est loin de l’horaire hyper chargé de Justin Trudeau. Vendredi, le premier événement d’Erin O’Toole a débuté à 12 h 30.

Erin O'Toole parle en conférence de presse.

Samedi, le Parti conservateur a limité pour la première fois les questions des journalistes, comme l'avaient fait les libéraux quelques jours plus tôt.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le chef conservateur concentre ses derniers efforts dans le sud de l’Ontario et la grande région de Toronto, où le parti a bon espoir de faire des gains. Il n’entend pas reprendre l’avion avant mardi matin pour rentrer à Ottawa. La montée de Maxime Bernier et du Parti populaire dans les sondages sera toutefois à surveiller.

Au Québec, les conservateurs, qui détiennent en ce moment dix sièges, croient qu’il est réaliste d’aller en chercher deux ou trois de plus.

À un moment donné dans la campagne, on pensait même être capables de ramasser 15 ou 16 circonscriptions au total, confie une source conservatrice bien informée, mais la question du débat en anglais sur la loi 21 et toute l’histoire sur les armes à feu ont freiné quelque peu l’élan du parti, admet-il.

C’est sûr que les trois premières semaines, on l’a eu plus facile, mais il fallait s’attendre à ce que les libéraux capotent. Je pense que notre pire semaine, c’était les trois, quatre jours des armes à feu, mais ça s’est résorbé, ajoute cette source.

Malgré tout, le moral est bon autour d’Erin O’Toole et l’ambiance est surtout très détendue sur la route. Plusieurs journalistes qui ont couvert des campagnes conservatrices dans le passé le notent : On est loin des tensions qu’on voyait sous Stephen Harper.

Le Bloc québécois et « la question »

À l’approche du fil d’arrivée, le moral est bon aussi au sein des troupes du Bloc québécois. Pour le parti, il y aura eu un avant et un après débat des chefs en anglais.

La question posée par la modératrice Shachi Kurl, qui accusait le chef Yves-François Blanchet de nier que le Québec a des problèmes de racisme et de soutenir des lois discriminatoires, a constitué un – sinon le – moment clé de cette campagne.

Ça a été un game-changer, reconnaît une source bloquiste. On avait des propositions axées sur la promotion de l’identité québécoise, mais on n’avait pas d’espace pour les glisser. [...] Ça a relancé notre campagne.

Yves-François Blanchet lève l'index en parlant.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

L’entourage du chef semble croire que cette controverse est devenue un wedge, c’est-à-dire un enjeu de brèche, qui pourrait constituer un élément important du choix de vote, plus que d’autres enjeux comme l’environnement et le logement, par exemple.

La fameuse question de l’urne, croit-on au Bloc québécois, se résumerait même à quelque chose du genre : Adhérez-vous plus à l’identité québécoise ou à l’identité canadienne?

Dans la dernière semaine d’ailleurs, les électeurs qui ont rencontré Yves-François Blanchet lui ont surtout parlé de la question. Certains ont tenu à le féliciter pour sa performance lors du débat, alors que des candidats l’ont remercié d’avoir défendu le Québec.

Ainsi, le leader bloquiste croit que ceux qui l’appuient ont une motivation supplémentaire à aller voter. Mais cette motivation sera-t-elle suffisante pour lui permettre d’atteindre son rêve de 40 sièges?

Le Bloc s’attend à faire des gains lundi, on n’est pas du tout en mode préservation, poursuit la source à qui nous avons parlé. Notre objectif d’être le premier parti au Québec devrait se concrétiser.

Cela dépendra surtout de luttes serrées avec les libéraux, dans la région de Montréal, de Québec, en Mauricie et en Estrie. C’est d’ailleurs dans ces champs de bataille que se rend la caravane bloquiste dans les derniers kilomètres de ce marathon électoral.

NPD : l’espoir d'un succès modeste

Je suis un de ceux que vous voulez taxer lourdement et je vote NPD!, est venu dire Gordon Paul à Jagmeet Singh jeudi midi, lors d'un rassemblement militant à Oshawa, en Ontario. Agréable à entendre pour le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), dans une circonscription conservatrice par surcroît.

Ce jour-là, Jagmeet Singh commence à manquer de voix. Il termine une tournée de cinq jours en Ontario où les rassemblements se sont multipliés. L'ambiance est souvent festive : discours enflammés, musique à fond et militants plus nombreux et enthousiastes. Une impression que la campagne du NPD, qui ne détenait que 6 des 121 sièges ontariens à la dissolution de la Chambre, commence à lever.

Mais combien d'électeurs comme Gordon Paul Jagmeet Singh aura-t-il convaincus depuis le 15 août? Son parti, si on en croit les sondages, est bon troisième au pays dans les intentions de vote. La campagne néo-démocrate s'est pourtant déroulée sans controverse, et la personnalité de Jagmeet Singh est généralement appréciée.

Jagmeet Singh dans une mêlée de presse.

Jagmeet Singh faisait campagne à London, en Ontario, quelques jours avant le scrutin.

Photo : Radio-Canada / Jean-Sébastien Cloutier

Le chef refuse d’envisager un rendez-vous manqué et demeure optimiste. On a rejoint des milliers de personnes à travers le pays. On est fiers de ce qu'on a fait. On savait que ce serait beaucoup de travail. Je n'abandonnerai jamais avant de pouvoir faire une différence, assure-t-il.

Les itinéraires sont chargés. Une journée Montréal-Sherbrooke-Halifax-Saskatoon vendredi, puis quatre vols et cinq villes visitées samedi. L' attachée de presse de Jagmeet Singh, Mélanie Richer, mentionne un momentum et une belle énergie.

Elle dit moins craindre un vote stratégique en faveur des libéraux qu'il y a deux ou cinq ans. Des gens partout nous disent qu'ils sont déçus de Justin Trudeau. Ils veulent mieux et ils voient Jagmeet, estime-t-elle.

Alors, combien de sièges le NPD espère-t-il gagner lundi soir, lui qui n'en avait que 24 au total à la dissolution de la Chambre? En début de campagne, on parlait en coulisses d'un minimum d'une dizaine de députés supplémentaires.

Aujourd'hui, le parti ne veut plus chiffrer ses attentes publiquement. On va ramasser des sièges lundi. On a hâte de voir quels députés se joindront à notre équipe, conclut Mélanie Richer.

Selon les données recueillies par le parti, le vote par anticipation des militants néo-démocrates a été supérieur à ceux des autres partis. Le NPD espère maintenant que les jeunes, généralement favorables aux idées du parti, se déplaceront en grand nombre pour voter.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !