•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Analyse

Le sort de Justin Trudeau entre les mains de la dame au crayon

Portrait de Justin Trudeau.

Justin Trudeau lors d'un arrêt de campagne samedi à Aurora, en Ontario.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Au bureau de vote par anticipation la semaine dernière, une femme se tient debout dans l’isoloir, son crayon à la main. Elle se penche pour inscrire son vote, se redresse avant que le crayon ne touche le papier. Elle hésite. Dans l’isoloir d’à côté, deux personnes ont le temps de voter avant que la dame au crayon ne fasse une croix sur son bulletin.

La scène, rapportée par un collègue, est typique de ce qu’on peut observer dans les bureaux de scrutin. Mais avec les conservateurs et les libéraux au coude-à-coude à la veille du vote, cette image semble illustrer le dilemme qui hante le pays d’un océan à l’autre.

Selon un sondage publié vendredi par la firme Abacus, 30 % des Canadiens qui n’ont pas encore voté, mais qui ont déjà exprimé une préférence pour l'un des partis, pourraient changer d’idée d’ici demain. Ils sont tous la dame au crayon.

Méthodologie

Le sondage Abacus a été réalisé en ligne pendant trois jours, soit du 14 au 16 septembre, auprès de 1604 personnes. Chaque jour, un échantillonnage de 500 panélistes a été choisi au hasard. La marge d’erreur est de 2,9 %, 19 fois sur 20.

Les questions de l’urne

Quand Justin Trudeau a décidé de dissoudre le Parlement et qu’il a renoncé à continuer de gouverner en situation minoritaire, il a demandé aux électeurs de faire un choix sur la direction que devrait prendre le Canada post-pandémique.

Mais, sans justification claire sur le déclenchement de l’élection, la réflexion qu’il imposait aux Canadiens semble plutôt s’être retournée contre lui. En début de campagne, elle a transformé le scrutin en référendum sur son règne en tant que premier ministre.

Puis, au fil des jours, le chef libéral a martelé que le Canada ne pouvait pas se permettre d’élire un gouvernement conservateur qui, selon lui, ferait marche arrière sur les progrès accomplis. Alors, pourquoi avoir mis son gouvernement libéral en jeu?

Après 36 jours, la question lancée par Justin Trudeau aux électeurs est devenue en fait une série de sous-questions, dont certaines trottaient peut-être dans la tête de la dame au crayon.

Est-ce que les gens en ont assez de Justin Trudeau? Les électeurs souhaitent-ils lui donner une majorité? Est-ce que les gens ont appris à aimer Erin O’Toole? Lui font-ils assez confiance?

Des interrogations qui sont toutes devenues plus complexes qu’à l’habitude en raison du contexte pandémique. La crise aura-t-elle un effet sur l’humeur des électeurs et sur le taux de participation? Si c’est le cas, le désir de changement des électeurs exprimé dans les sondages va-t-il ou non se matérialiser dans l’urne?

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021.

D’autres considérations

À cela s'ajoutent plusieurs facteurs impondérables : des événements survenus en campagne qui pourraient influencer la décision de la dame au crayon.

Par exemple, la polarisation du débat autour du passeport vaccinal et de la vaccination obligatoire se manifestera-t-elle jusque dans l’isoloir? Pourrait-elle entraîner un vote de protestation pour le Parti populaire du Canada, qui nuirait à la concentration du vote conservateur?

Au Québec, le vent d'indignation sur la question identitaire suscité par le débat en anglais va-t-il aider le Bloc québécois, qui a vécu une première moitié de campagne sans éclat?

De plus, l’appui de François Legault à Erin O’Toole va-t-il se convertir en sièges concrets pour les conservateurs au Québec? Ou, au contraire, se transformer en baiser de la femme araignée et avoir un effet dissuasif pour la dame au crayon, qui vit à l’ouest de la rivière des Outaouais?

Au cours des semaines, il appert que l’aiguille électorale a peu bougé. On semble se diriger vers un autre gouvernement minoritaire, comme cela a été le cas pour cinq des sept dernières élections. La dame au crayon se dit peut-être : Tout ça pour ça?

Le 16 août, Justin Trudeau a tout mis sur la table dans l’espoir de remporter gros. Sans le dire ouvertement, il espérait un gouvernement majoritaire. Il n’a pas seulement risqué la vie de son gouvernement libéral, mais également son héritage politique qu’il souhaitait continuer de construire, en se servant de la pandémie comme catalyseur de changement.

On peut penser que, si Justin Trudeau revient à la tête d’un gouvernement minoritaire, certains éléments de son caucus lui en voudront d’avoir risqué leur siège en misant quitte ou double.

Le chef libéral savait aussi que, s’il perdait son pari et le pouvoir, c’est également son avenir politique qu’il mettait en jeu. Un avenir qui est maintenant entre les mains de la dame au crayon.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !