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Accueillir un sans-abri dans sa cour arrière : un acte de bonté qui change deux vies

David McDonald et Kim Cormier posent dans la cour arrière près de la tente de David.

David McDonald et Kim Cormier sont rapidement devenus amis après une rencontre très soudaine cet été.

Photo : gracieuseté Andrew Embury

Radio-Canada

Depuis leur rencontre fortuite en juillet, les vies de David McDonald et de Kim Cormier ont changé, et ce, pour le mieux. L’Ontarienne de Kingston ne pensait jamais que le fait d’accueillir un sans-abri dans sa cour arrière allait avoir autant d’effets positifs dans sa vie.

D’ailleurs, quand on demande aux deux nouveaux amis lequel des deux profite davantage de cette amitié, ils répondent tous deux par eux-mêmes.

Je me sens très chanceuse d’avoir rencontré David, dit-elle. C’est moi qui suis béni, corrige aussitôt David.

David McDonald, 46 ans, est un sans-abri par intermittence depuis 2016. Cet été, il est passé en e-scooter devant la maison de Kim Cormier lorsque l’un des pneus crève. Il a donc demandé à Kim, qui naviguait dehors sur son ordinateur portable, si elle pouvait surveiller ses affaires pendant qu’il allait au Canadian Tire acheter une nouvelle chambre à air. Plus tôt, il s'était fait voler du matériel et il ne voulait pas être confronté à nouveau à une telle frustration.

À son retour, Mme Cormier a invité M. McDonald à dîner avec elle et son partenaire, Andrew Embury. Nous avons rapidement développé des affinités. Chaque fois que nous avons une conversation, il y a des rires.

Une série de malchances

Rire, il en a grandement besoin, car la malchance lui colle à la peau depuis plusieurs années.

En 2010, il était propriétaire d’une station-service, un emploi qui lui permettait de bénéficier d’un salaire dans les six chiffres. Lorsque l’essence a atteint un dollar le litre, il a perdu son commerce, puis sa maison, et ensuite sa voiture. À travers tout cela, il s’est séparé de son conjoint de l’époque.

J’ai littéralement perdu toute ma vie après la [fermeture de la] station-service.

Il s’est par la suite installé à Toronto avec sa fille, mais après le déménagement de celle-ci, il a mis le cap vers Vancouver, où il a connu l’itinérance pour la première fois. Neuf mois plus tard, craignant de mourir en Colombie-Britannique, il a emballé ses quelques possessions et a parcouru 3000 km à pied et à vélo pour rentrer en Ontario et vivre dans un parc de Toronto.

David McDonald, torse nu, sourit.

Pour David McDonald, passer d'homme d'affaires à sans-abri a été très difficile. «J'ai pleuré. C'était difficile à accepter.»

Photo : gracieuseté Kim Cormier

Après des séjours chez divers membres de sa famille, il est revenu à Kingston à la fin de l’année 2018.

Pendant les 18 mois qui ont suivi, David McDonald a partagé un appartement avec un étranger, mais les autres habitants de l’immeuble lui rendaient la vie misérable, le volant et le menaçant en raison de sa sexualité.

Après avoir rencontré Kim Cormier, il a quitté ledit appartement pour vivre dans une tente. Lorsqu’il pleuvait, il se réfugiait dans une remorque de transport abandonnée qu’il appelait sa caverne.

Étant incapable de travailler dans un cadre traditionnel en raison de son anxiété sociale, il ramasse, le jour, des canettes pour amasser un peu d’argent de poche, en plus de toucher mensuellement 1124 $ grâce au Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées.

Je n'utilise pas les services offerts aux sans-abri parce que j'ai l'impression que, même si je suis sans-abri, d'autres personnes sont plus malchanceuses que moi.

Il trouve parfois ce dont il a besoin dans les poubelles, en donnant une seconde vie à des choses encore en bon état que les gens jettent trop rapidement. Certains jours, cela inclut la nourriture. Il faut ravaler sa fierté quand on est sans-abri.

L’aide des nouveaux amis

De fil en aiguille, Andrew Embury et Kim Cormier ont aidé le sans-abri à remplacer les articles qui lui avaient été volés, comme ses chaussures, un sac à dos et de nouveaux vêtements.

Au début du mois, ils l’ont invité à s’installer dans leur jardin, où il a pu monter une nouvelle tente adaptée à trois saisons offerte par une sœur qu’il n’avait pas vue depuis des années. Cette tente est équipée d’un matelas, d’un canapé, d’un réfrigérateur et de moquette. Il profite du foyer extérieur de ses amis pour cuisiner et frappe à leur porte pour laver son linge et utiliser leurs toilettes.

Elle a tant fait que je ne pourrai jamais lui dire suffisamment merci, déclare David McDonald, très reconnaissant.

Son amie tient à préciser à quel point il lui donne en retour. Il a de très bonnes histoires. Il est amical et respectueux. C’est plutôt agréable d'avoir quelqu'un qui entre et sort, quelqu'un à qui parler et un ami sur qui compter.

Un petit chez-soi

La tente de David ne résiste pas aux grands froids, mais il n’a plus à chercher où dormir cet hiver. Ses nouveaux amis ont trouvé une solution : une micromaison, bien isolée, qu’il pourra un jour considérer comme la sienne.

Agente hypothécaire, Kim Cormier a eu cette idée puisqu’elle collabore avec un organisme local, Our Livable Solutions, qui en est aux premières étapes de la planification d'une communauté de petites maisons pour donner aux quelque 400 sans-abri de Kingston un endroit permanent où vivre.

Une «micromaison» photographiée en plein milieu d'un stationnement.

Voici à quoi ressemblera la «micromaison» de David McDonald.

Photo : EnerDynamic Hybrid Technologies

Elle a lancé une campagne de sociofinancement en ligne, qui a déjà permis de récolter près de 10 000 $, soit la moitié de la somme nécessaire pour construire un nouvel espace de vie de 80 pieds carrés. Une fois le dépôt versé, un fabricant de Niagara Falls viendra livrer la maison dans la cour arrière.

Parmi les dons recueillis, un parfait inconnu a contribué en offrant 2500 $ : J’en ai eu les larmes aux yeux et la chair de poule. Je n’arrivais pas à y croire, raconte David McDonald, qui a un jour l’intention de rembourser son amie et de déplacer sa maison mobile où il le souhaite. Pour Kim Cormier, rien ne presse. Il fait partie de la famille maintenant, conclut-elle.

Avec les informations de Alistair Steele, CBC

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