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La France rappelle ses ambassadeurs aux États-Unis et en Australie

Une femme fait du jogging devant l'ambassade.

L'ambassade de France à Washington.

Photo : Getty Images / AFP / Daniel Slim

Agence France-Presse

La France a rappelé vendredi ses ambassadeurs aux États-Unis et en Australie, une décision sans précédent à l'égard de deux alliés historiques, après le torpillage d'un mégacontrat de sous-marins français à Canberra.

À la demande du président de la République, j'ai décidé du rappel immédiat à Paris pour consultations de nos deux ambassadeurs aux États-Unis et en Australie, a annoncé le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian dans un communiqué.

Cette décision exceptionnelle est justifiée par la gravité exceptionnelle des annonces effectuées le 15 septembre par l'Australie et les États-Unis, a-t-il ajouté.

Nous avons été en contact étroit avec nos partenaires français sur leur décision de rappeler l'ambassadeur [Philippe] Étienne à Paris pour des consultations. Nous comprenons leur position et continuerons de nous efforcer dans les prochains jours à résoudre nos différends, comme nous l'avons fait à d'autres moments au cours de notre longue alliance, a réagi, à Washington, la porte-parole du Conseil national de sécurité des États-Unis, Emily Horne.

Nous avons été en contact étroit avec nos alliés français, et nous espérons pouvoir continuer notre discussion sur ce sujet au plus haut niveau dans les prochains jours, y compris à l'Assemblée générale de l'ONU la semaine prochaine à New York, a réagi le porte-parole de la diplomatie américaine, Ned Price, dans un tweet, assurant comprendre leur position.

Le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, et M. Le Drian seront tous les deux présents la semaine prochaine à New York pour le grand rendez-vous annuel de la diplomatie mondiale.

Un peu plus tôt, un responsable de la Maison-Blanche avait tenu des propos similaires, sous couvert de l'anonymat, tout en disant à propos de la décision des Français : Nous regrettons qu'ils aient franchi ce pas.

Les États-Unis, l'Australie et le Royaume-Uni ont annoncé mercredi un partenariat stratégique pour contrer la Chine, AUKUS, comprenant la fourniture de sous-marins américains à propulsion nucléaire à Canberra, qui a sorti de fait les Français du jeu.

[L'abandon du projet de sous-marins français et l'annonce d'un nouveau partenariat] constituent des comportements inacceptables entre alliés et partenaires, dont les conséquences touchent à la conception même que nous nous faisons de nos alliances, de nos partenariats et de l'importance de l'Indopacifique pour l'Europe.

Une citation de :Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères

La France avait signé en 2016 un contrat de 90 milliards de dollars australiens pour la fourniture de 12 sous-marins à propulsion diesel à l'Australie, souvent qualifié de contrat de siècle en raison de son ampleur et de sa portée stratégique.

Depuis l'annonce du partenariat, Paris ne décolère pas, jugeant avoir été trahi par l'Australie comme par les États-Unis qui ont fait de la rivalité contre la Chine leur priorité numéro un et demandent à leurs alliés un plus grand engagement à leur côté dans la région indo-pacifique, une zone cruciale pour l'économie mondiale.

Coup dans le dos

Un homme parlant devant un pupitre et un homme derrière lui.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, en compagnie du secrétaire d'État américain, Antony Blinken, à Washington.

Photo : AFP / NICHOLAS KAMM

La toile de fond de cette crise diplomatique est la montée en puissance de la Chine et sa politique de plus en plus agressive dans la zone, qui inquiète de très nombreux pays. Notamment, les tensions commerciales entre Pékin et Canberra n'ont cessé de croître depuis 2018. Ces derniers mois, la Chine a imposé de sévères sanctions économiques à l'encontre de nombreux produits australiens.

Le chef de la diplomatie française a dénoncé jeudi un coup dans le dos de l'Australie, et une décision brutale du président américain Joe Biden, qu'il a comparée aux méthodes de son prédécesseur Donald Trump.

La France a également annulé une soirée de gala prévue vendredi soir pour commémorer la bataille de Chesapeake Bay, décisive dans la guerre d'indépendance des États-Unis, conclue par une victoire de la flotte française sur la flotte britannique, le 5 septembre 1781.

Les Européens ont désormais une idée assez claire de la façon dont Washington considère ses alliés, souligne-t-on à Paris.

Joe Biden, dont l'élection avait été accueillie avec soulagement en Europe, a certes promis de traiter ses alliés de l'OTAN avec plus d'égards que son prédécesseur.

Mais de l'Afghanistan à l'alliance américano-australo-britannique dont la France a fait les frais, il a agi de façon unilatérale, en assumant une continuité absolue avec le slogan America first de Donald Trump.

Confiance ébranlée

Les quatre intervenants en conférence de presse.

Le ministre de la Défense australien, Peter Dutton, la ministre australienne des Affaires étrangères australienne, Marise Payne, le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, et le secrétaire à la Défense américain, Lloyd Austin.

Photo : AFP / ANDREW HARNIK

L'Australie a dit vendredi comprendre la déception française tout en souhaitant continuer à travailler avec Paris.

Il est évident que ce sont des questions très difficiles à gérer, a déclaré la cheffe de la diplomatie australienne Marise Payne depuis Washington. Mais nous continuerons à travailler de manière constructive et en étroite collaboration avec nos collègues français, a-t-elle promis.

Faisant feu de tout bois, Paris s'est demandé comment faire confiance désormais à Canberra dans la négociation commerciale entre l'UE et l'Australie.

On a des négociations commerciales avec l'Australie, je ne vois pas comment on peut faire confiance au partenaire australien, a lancé le secrétaire d'État aux Affaires européennes, Clément Beaune.

Quant au Royaume-Uni, également partie prenante à l'accord AUKUS, qui a quitté l'UE en expliquant vouloir recouvrer sa souveraineté, il est en train de se placer dans une position d'associé junior qui se cache dans le giron de Washington, a-t-il déploré. L'ambassadrice à Londres n'a d'ailleurs pas été rappelée.

L'Australie défend son choix

En Australie, le premier ministre Scott Morrison a lui répliqué à la colère de Pékin après l'annonce de ce partenariat qui prévoit que Canberra dispose de sous-marins nucléaires, avec plus d'autonomie et plus discrets que les sous-marins conventionnels que proposait la France.

Pékin a un programme très important de construction de sous-marins nucléaires, a-t-il rappelé.

Ils ont le droit de prendre, en matière de défense, des décisions dans leurs propres intérêts, et, bien sûr, l'Australie et tous les autres pays aussi.

Car la Chine avait vivement réagi, qualifiant l'acquisition de ces sous-marins d'extrêmement irresponsable et menaçant notamment la stabilité dans la région indo-pacifique. Elle a aussi pointé le fait qu'elle remettait en cause les efforts internationaux de non-prolifération nucléaire.

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