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Ado décédée à l’école Louis-Riel : un cas typique de désinformation vaccinale

L'événement tragique nous en dit long sur le mouvement antivaccin et la désinformation.

Une entrée de l'école Louis-Riel.

Une élève de 15 ans de l’école secondaire Louis-Riel, à Montréal, est décédée après avoir ressenti un malaise physique. Des militants antivaccin ont faussement associé son décès à la vaccination.

Photo : Radio-Canada

La mort tragique d’une élève montréalaise nous en dit long sur le mouvement antivaccin, la désinformation et les nuances qui s’imposent lors de vérifications des faits.

C’est une nouvelle qui a fait vibrer le mouvement antivaccin québécois, la semaine dernière : mardi, le 7 septembre, une élève de 15 ans de l’École secondaire Louis-Riel, à Montréal, est décédée après avoir ressenti un malaise physique.

La tragédie a été annoncée aux parents de l’école dans une communication écrite de la direction, qui s’est ensuite mise à circuler dans les réseaux sociaux. Rien ne laissait croire que le décès était lié à la vaccination, mais c’est la conclusion à laquelle sont rapidement arrivés plusieurs militants antivaccins. Même si on ne peut pas écarter définitivement cette possibilité, cela demeure très hautement improbable, selon des experts.

La propagation de fausses informations sur le décès de l’adolescente a poussé certains militants à manifester devant l’école en interpellant des élèves, le mercredi midi. La campagne de vaccination qui venait d’être entamée dans les murs de l’établissement scolaire est venue ajouter de l’huile sur le feu. Le CIUSS local a toutefois confirmé sur Twitter (Nouvelle fenêtre) que celle-ci n’avait débuté que le lendemain du décès, et qu’aucun incident n’avait été rapporté.

Les parents de l’adolescente ont ensuite confirmé au Journal de Montréal (Nouvelle fenêtre) que leur fille avait en fait reçu son vaccin à la mi-juin, tout en affirmant que son décès n’était pas lié au vaccin, selon eux. On y apprenait également que l’adolescente avait eu des problèmes cardiaques importants, mais qu’un traitement avait amélioré la situation il y a plusieurs années, et que le coroner enquêtait sur les causes du décès.

Un homme avec une casquette tient son téléphone devant le terrain de l'École secondaire Louis-Riel.

L'un des militants antivaccins devant l'école Louis-Riel. Il a été enregistré par un enseignant.

Photo : Tiktok @watso_

Mourir d'un vaccin : des risques presque nuls

De nombreux lecteurs avaient écrit aux Décrypteurs pour avoir l’heure juste alors que l’histoire circulait abondamment dans les réseaux sociaux. Or, il était impossible pour nous de la démentir sans l’ombre d’un doute, parce que la réalité est que personne, sauf le coroner – qui enquête toujours – ne saura dire exactement ce qui a causé le décès de l’adolescente.

Pour n’importe quel vaccin, vous ne pouvez jamais être à 100 % sûr que six mois, un an, deux ans, ou cinq ans plus tard, il n’y aura pas d’effet secondaire qui va surgir. De vous dire que je suis sûr à 100 % qu’on ne verra pas d’effet secondaire, ce serait de vous mentir, comme on ne peut pas être 100 % certain de n’importe quoi, explique le professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM et spécialiste en virologie, Benoit Barbeau.

Benoit Barbeau.

Benoit Barbeau, virologue et enseignant au Département des sciences biologiques à l’UQAM.

Photo : Radio-Canada

Cette réalité ne devrait toutefois pas être exagérée ou utilisée pour alimenter des discours antivaccins, nuance Benoit Barbeau : la quasi-totalité des effets secondaires de vaccins sont mineurs et sont ressentis à court terme. En général, les autorités de santé parlent d’un délai de 6 à 8 semaines après l’injection.

Le but de la vaccination est de stimuler la réponse immunitaire et les effets secondaires se font sentir à court terme. Les complications qu’on a vécues depuis le début de la campagne vaccinale, c’est pas mal toujours dans les quelques jours ou semaines qui suivent la vaccination, dit-il.

M. Barbeau précise en outre que les effets secondaires se font généralement ressentir plus rapidement pour les vaccins à ARN messager (Comirnaty de Pfizer et Spikevax de Moderna) que les vaccins à adénovirus (AstraZeneca). Or, les personnes âgées de moins de 45 ans – comme l’élève décédée – n’ont reçu que des vaccins à ARN messager au Québec.

Tout cela étant dit, un décès de l’adolescente en raison du vaccin près de trois mois après son injection est donc très hautement improbable.

Un homme à un centre de vaccination à Ottawa remplit une seringue.

Des effets secondaires graves surviennent pour 0,007% de toutes les doses de vaccin anti-COVID administrées au Canada.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

C’est sans rappeler qu’en date du 3 septembre, les autorités de santé canadiennes ont reçu 3397 rapports d’effets secondaires graves (Nouvelle fenêtre) parmi les plus de 53,5 millions de doses de vaccins administrées. En d’autres mots, des effets secondaires graves surviennent pour 0,007 % de toutes les doses administrées.

Seulement 0,76 % des effets indésirables ont été signalés plus de 6 semaines après l'injection du vaccin, et cette proportion chute à 0,17 % dans un délai de 9 semaines et plus. L'Agence de la santé publique du Canada note d’ailleurs que ces événements ne sont pas nécessairement liés de manière causale à l'utilisation du vaccin.

Rappelons également que la science est claire sur l’efficacité des vaccins. Selon les dernières données de l’INSPQ (Nouvelle fenêtre), les personnes non vaccinées ont 8,8 fois plus de chances d’être infectées à la COVID-19 et 35,8 fois plus de chances d’être hospitalisées que les personnes vaccinées à deux doses.

Cet article a initialement été publié dans l'édition du 17 septembre de l'infolettre des Décrypteurs. Pour obtenir des contenus exclusifs comme celui-ci, ainsi que des analyses sur tout ce qui touche la désinformation web, abonnez-vous en cliquant ici.

Vaccins et myocardites

Nous savons que les vaccins ont provoqué de très rares cas de myocardite, soit une inflammation du muscle cardiaque. Selon Santé Canada (Nouvelle fenêtre), c’est un événement qui survient 1,27 fois par 100 000 doses, et la plupart du temps, elles sont bénignes et rapidement guéries (Nouvelle fenêtre).

Malgré tout, il se peut qu’une myocardite ne soit pas reconnue et qu’elle mène à une arythmie (trouble de rythme cardiaque) plusieurs semaines plus tard. Se pourrait-il que cela soit survenu dans le cas de la jeune fille?

C’est possible, mais ce n’est certainement pas probable, tranche le cardiologue et épidémiologiste montréalais Christopher Labos. Ce qu’on voit dans les données liées au vaccin, c’est que ce sont surtout les jeunes hommes qui en font et que c’est un effet secondaire rare. Deuxièmement, celles qu’on a vues n’étaient généralement pas sévères. La durée des symptômes et de la pathologie était de quelques jours et on a vu une récupération presque complète dans la majorité des cas.

Si la myocardite n’était pas sévère au point que la patiente n’a même pas réalisé qu’elle faisait une myocardite, il serait assez improbable qu’elle ait eu une défaillance cardiaque assez sévère pour faire une arythmie. On ne peut pas dire zéro, mais c’est effectivement zéro dans des circonstances comme ça, parce que c’est si peu probable. Si elle avait eu des symptômes, ça aurait été diagnostiqué et investigué, ajoute-t-il.

Une histoire qui alimente les antivaccins

Si certaines figures du mouvement antivaccin ont carrément lié le décès de l’adolescente au vaccin, d’autres se sont montrés plus prudents. L’une des publications les plus virales sur le sujet, qui a été partagée plus de 2600 fois, n’a pas définitivement établi de lien direct, mais a tout de même profité de l’occasion pour mettre en garde le public des supposés dangers du vaccin et décrier la tenue d’une campagne de vaccination à l’école Louis-Riel.

La récupération de cette histoire par les personnes opposées à la vaccination ne surprend guère l’anthropologue médicale Ève Dubé, qui étudie le mouvement antivaccin à titre de chercheuse à l’INSPQ.

Même avant la COVID, pour tous les vaccins, l’utilisation de témoignages ou d’histoires était quelque chose de très mis de l’avant dans le mouvement antivaccin.

Une citation de :Ève Dubé, anthropologue médicale à l'INSPQ

Dans les faits, on oppose la science et les données statistiques à des témoignages très personnels de parents qui disaient que leur enfant avait eu des effets secondaires très graves ou était décédé à la suite d’un vaccin, explique Mme Dubé.

Portrait d'Ève Dubé.

Ève Dubé étudie le mouvement antivaccin à l’INSPQ.

Photo : Radio-Canada

Pour le professeur de l’Université libre de Bruxelles Olivier Klein, qui étudie le mouvement antivaccin sous l’angle de la psychologie sociale, cet événement exemplifie parfaitement le raisonnement motivé. Semblable au biais de confirmation, ce biais cognitif consiste à accorder de l’importance aux informations qui confirment nos idées et à rejeter celles qui les remettent en question afin de rationaliser nos croyances.

C'est un processus qu’on trouve particulièrement chez les complotistes et les antivax, même s’il est présent chez chacun d’entre nous, analyse-t-il. Ils utilisent cette façon de raisonner un peu élémentaire, et qui se base beaucoup sur les émotions, parce qu’on n’est pas tout à fait doués en tant qu’êtres humains pour réfléchir à des statistiques. [...] Le pourcentage de gens vaccinés qui ont des effets secondaires graves est hyper faible, et en plus, se faire vacciner diminue énormément le risque d’être malade de la COVID.

Olivier Klein en entrevue Zoom.

Olivier Klein étudie le mouvement antivaccin sous l’angle de la psychologie sociale.

Photo : Radio-Canada

Mais si ce type d’histoire peut venir conforter dans leur choix les gens qui ont refusé le vaccin, les deux experts ne croient pas qu’elle sèmera le doute chez ceux et celles qui se sont fait vacciner. Olivier Klein estime toutefois qu’elle pourrait convaincre certains hésitants de ne pas se faire vacciner. Il y a toute une catégorie de gens qui veulent plus de recul, rappelle-t-il.

Ève Dubé souligne d’ailleurs que les manifestations devant les écoles, comme celle qu’il y a eu à l’école Louis-Riel, ne concernent qu’une poignée d’individus. Quand on parle d’eux, on joue leur game et on leur donne de l’importance qu’ils n’ont pas nécessairement. Il faut être prudent et rappeler que c’est un petit groupe. Ça peut jouer sur la perception de la norme, juge-t-elle.

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.

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