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Chute du Panchir, en Afghanistan : les combattants et l’équipement ont fait défaut

Près de 30 000 talibans étaient venus combattre environ 10 000 résistants, au Panchir.

Un résistant tient un lance-roquettes, un autre un fusil d'assaut.

Ils ont été environ 10 000 résistants panchiris à combattre les talibans quand l'offensive du Panchir a commencé, à la fin août.

Photo : Getty Images / AFP / Ahmad Sahel Arman

Agence France-Presse

« Ils étaient trop nombreux. » Dans la province afghane du Panchir, les habitants racontent pour quelles raisons ils ont dû capituler, pour la première fois de leur histoire, face à leurs ennemis talibans.

À quel moment est-ce que tout a basculé?

Adossé à une porte de boutique close, aux abords du village de Khenj, Abdul Wajeed ne se rappelle plus le jour exact, tout début septembre. Mais il se souvient bien de ce moment où il a vu des dizaines de talibans arriver du nord avec des véhicules blindés. Il a compris qu'ils avaient fait sauter un verrou d'accès à la vallée, que d'autres suivraient et qu'on ne pouvait plus rien faire.

Il y a bien eu ensuite dans son village des combats à l'arme lourde, pendant trois jours avec les résistants locaux du Front national de résistance (FNR) postés sur les hauteurs avec leurs mitrailleuses, roquettes et canons antiaériens. Mais finalement, les talibans ont été les plus forts, et les résistants toujours motivés ont dû fuir dans la montagne.

On était surpris, on ne savait pas quoi faire. Ils étaient très bien équipés, protégés, et nous, on n'avait pas assez d'armes. Chacun a fui là où il pouvait.

Une citation de :Un combattant resté clandestinement dans la vallée

Un peu plus bas en aval, à Malaspa, belle oasis verdoyante qui borde la rivière Panchir, Khol Mohammad, 67 ans, a eu l'impression ces jours-là de voir descendre 1000 véhicules pleins de talibans tant ils étaient nombreux.

Au fil de la vallée, plus d'une dizaine de carcasses tordues et renversées de véhicules talibans détruits à l'arme lourde témoignent de la lutte intense, mais vaine, des résistants.

Les forces du mouvement de résistance patrouillant au sommet d'une colline dans le Panchir.

Dirigé par Ahmad Massoud, le fils du commandant Massoud, le FNR comprend des membres de milices locales ainsi que d’anciens membres des forces de sécurité afghanes.

Photo : AFP / Ahmad Sahel Arman

Une vallée moins enclavée

Le 6 septembre, dans la capitale provinciale, Bazarak, c'est le choc : les talibans victorieux hissent leur drapeau sur la colline du mausolée où repose le héros panchiri Ahmad Shah Massoud, qui les combattit sans relâche lors de leur premier règne, entre 1996 et 2001.

À l'époque, Massoud avait un avantage : une seule route, celle du sud, encaissée et facile à défendre des hauteurs, permettait à des véhicules de pénétrer dans le Panchir.

Mais 20 ans plus tard, la province est un peu moins enclavée. Fin août, les talibans se positionnent dans plusieurs vallées adjacentes, et le 30, ils lancent leur offensive par au moins quatre routes ou chemins différents, selon des sources locales.

Pris à revers et surpris, les résistants atteignent vite leurs limites.

En hommes, d'abord. Sur 10 000 résistants revendiqués fin août, il en resterait aujourd'hui un millier, qui se sont opposés à 30 000 talibans venus des quatre coins du pays, selon des sources locales.

En armes, ensuite. Mercredi, près de Bazarak, des talibans exposaient un énorme tas de fusils, balles, roquettes et autres canons abandonnés par les résistants dans leur fuite. Ça date principalement de l'époque de l'occupation soviétique, donc il y a au moins 30 ans, a précisé le commandant du groupe taliban, le mollah Sanaullah Sangin Fatih.

Les talibans avaient pour leur part du matériel plus récent, parfois de pointe. Un commandant taliban avait un drone, qui lui a permis de repérer et bombarder facilement nos positions, explique un combattant panchiri.

Des témoignages concordants ont fait état de bombardements aériens décisifs, sans qu'on sache s'ils ont été effectués par des talibans ou leurs alliés, les Panchiris accusant le Pakistan d’avoir aidé les islamistes.

L'absence d'un grand leader

Il a enfin manqué aux Panchiris un leader charismatique et influent de la trempe d'Ahmad Shah Massoud, qui galvanisait ses hommes, obtenait des armes neuves et des soutiens financiers à l'étranger, et qui avait des relais bien au-delà du Panchir, expliquent plusieurs habitants.

Ces derniers respectent son fils Ahmad qui, à 32 ans a pris la tête du FNR, mais parlent de son manque d'expérience et de son absence de soutien à l'étranger.

Ils sont moins tendres avec un autre leader de la résistance, l'ex-vice-président Amrullah Saleh. Mercredi, la banque centrale afghane a annoncé avoir retrouvé 12,3 millions de dollars chez d'anciens membres du gouvernement, en citant son nom en premier.

La plupart des gens ici détestent Saleh. Quand il est venu en août appeler les gens à résister avec lui, les anciens lui ont reproché de n'avoir jamais rien fait, rien donné pour le Panchir. Ça n'a pas aidé à fédérer la lutte.

Une citation de :Un journaliste local

On ignore aujourd'hui où se trouvent les deux têtes de la résistance panchirie.

Dans la vallée, après quelques exactions au départ, les choses se passent ces jours-ci plutôt bien avec l'occupant, selon la dizaine d'habitants interrogés.

En signe de respect, les talibans viennent de réparer la tombe d'Ahmad Shah Massoud, que quelques-uns de leurs combattants trop revanchards avaient dégradée à leur arrivée.

Ils disent vouloir apporter la paix et la sécurité aux Panchiris, tout en continuant à traquer les résistants, qui ont blessé mardi deux talibans, selon une source des islamistes.

Assis au bord de la rivière, Khair Mohammad, barbe blanche du village de Peshjrur, relativise la situation. Elle lui rappelle l'occupation des Soviétiques qui, lassés de la guérilla d'usure menée par Massoud et autres, finirent par quitter le pays au bout de 10 ans.

C'était exactement la même chose. Ils sont venus, ils nous ont dit au début qu'on pouvait être amis, on a dit oui, bien sûr, sourit-il. Et vous savez ce qui est arrivé après.

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