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Enquête au CHSLD Herron : 5 moments marquants

Des employés avec du matériel de protection à l’intérieur d'un CHSLD.

Des employés avec du matériel de protection à l’intérieur du CHSLD Herron

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L’enquête publique de la coroner Géhane Kamel sur les séries de décès survenus au CHLSD Herron pendant la première vague de COVID-19 s’est poursuivie cette semaine. Voici cinq moments marquants.

1. LA TRISTESSE INFINIE D'UN ÉPOUX

Tout au long des audiences, du personnel de la santé et des proches des familles ont rendu des témoignages poignants, à la limite du supportable.

Dans un témoignage d’une grande précision, une infirmière qui travaillait à Herron depuis plusieurs années a évoqué le cas d’un couple qui partageait la même chambre.

La dame est morte le 9 avril et était encore dans sa chambre le lendemain. Son époux, qui souffrait d’alzheimer, ne se souvenait pas qu'elle était morte. Il allait la voir de temps en temps et, chaque fois, il constatait sa mort.

2. DES RÉSIDENTS ABANDONNÉS

Des témoins ont également parlé de résidents gisant dans leurs excréments ou leur vomi pendant des heures, sans que personne leur vienne en aide.

Une infirmière a évoqué le cas d’un résident de 102 ans – un de ses préférés – qui a glissé sur ses propres excréments et est tombé. Voilà un homme qui a vécu une vie digne, et il est là, couché dans ses selles, a-t-elle raconté en pleurant.

Une autre témoin, la fille d’une résidente, a fait un appel au 911 au petit matin.

Quelques heures plus tôt, vers 23 h, sa mère était encore dans son fauteuil roulant, le personnel ne l’ayant pas couchée. Normalement, elle est au lit vers 20 h, mais ce soir-là, elle tentait depuis des heures de joindre les infirmières, en vain.

Elle et d’autres résidents erraient dans les couloirs, seuls, en l’absence du personnel soignant.

3. LE CHAOS AVANT MÊME LA PANDÉMIE…

Une témoin, Véronique Bossé, qui est arrivée en septembre 2019 au CHSLD Herron pour un mandat de six mois comme directrice des soins, a raconté comment la pénurie de matériel et de personnel était un problème bien avant la pandémie.

Des employés de Herron n'avaient pas eu d'augmentation de salaire depuis 15 ans, certains travaillant pour 12 $ l'heure, a-t-elle dit pendant les audiences.

Il y avait aussi trois piqués (protection pour incontinence) pour les 140 résidents, a-t-elle constaté. Ou encore, le personnel soignant ne disposait que de deux débarbouillettes pour laver 15 personnes.

Je tombais en bas de ma chaise, a-t-elle dit. Mme Bossé a fini par présenter sa démission en janvier 2020 et son poste n’a pas été pourvu par la suite.

La coroner Géhane Kamel (à droite).

La coroner Géhane Kamel (à droite) à l’enquête du coroner du CHSLD Herron au palais de justice de Longueuil

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

4. ... QUI S’AGGRAVE AU PRINTEMPS

Même après la mise sous tutelle du CHSLD par le CIUSSS le 29 mars, de nombreux témoins ont décrit le chaos qui régnait à la résidence Herron. Personne ne savait à qui se rapporter et tout le monde se contredisait, a affirmé une infirmière de Herron mardi. 

C'était le bordel, a raconté pour sa part une infirmière clinicienne du CIUSSS qui a travaillé à Herron à temps plein pendant deux semaines et demie en avril. Personne ne connaissait les clients. On ne savait rien. C'était difficile de savoir qui faisait quoi, a-t-elle dit.

De nombreux témoins ont décrit une situation de manque de personnel criant qui s'est poursuivie plusieurs jours après la prise en charge du CIUSSS. À certains quarts de travail, il n’y avait presque personne en poste, disent-ils.

5. LA TÉLÉMÉDECINE SOUS LA LOUPE

Mercredi et jeudi, les trois médecins affiliées à Herron ont justifié leur choix de faire de la consultation à distance avec leurs patients, entre la fin mars et le 11 avril, à un moment où les besoins étaient criants à la résidence.

Le personnel de Herron tombait jour après jour. Pas juste une toux, c’était des gens avec des pneumonies, des difficultés respiratoires [...] On s’est demandé : est-ce qu’on serait plus utile sur place ou on reste plus loin en essayant de garder l'équipement pour les gens qui en ont besoin sur le plancher? a témoigné la Dre Adriana Ionescu.

Les propos de la témoin ont semblé étonner la coroner Géhane Kamel, qui a demandé pourquoi personne n’avait sonné l’alerte plus tôt.

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