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Des immeubles locatifs administrés par Revenu Québec en manque d’entretien

Divers débris se trouvent par terre.

De vieux matelas, des morceaux de bois, des jouets, des meubles et de nombreux déchets jonchent le sol à l'arrière des habitations de la rue Émile-Nelligan.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

La Presse canadienne

Des locataires de Montréal se sentent abandonnés depuis que Revenu Québec administre temporairement les trois immeubles de leur ancienne coopérative dissoute en 2019. Ils observent une dégradation des lieux, leur faisant craindre une éventuelle expulsion par un futur acheteur afin de réaliser des travaux majeurs. Au fait de la situation, Revenu Québec promet de prendre « rapidement des mesures » pour y remédier.

L'ancienne coopérative d'habitation les Cinq continents n'a jamais été aussi sale, déplorent des résidents qui expriment frustration et exaspération.

De vieux matelas, des morceaux de bois, des jouets, des meubles et de nombreux déchets sont quelques-uns des débris qui jonchent le sol à l'arrière des habitations de la rue Émile-Nelligan, dans l'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville. À travers ces monticules s'ajoutent deux voitures abandonnées et une végétation laissée à elle-même.

Un arbre se retrouve notamment en mauvaise posture, menaçant des fils électriques et a nécessité même l'intervention des pompiers cet été afin d'ériger un périmètre de sécurité.

À l'intérieur des immeubles, La Presse canadienne a pu constater des trous au bas de certains murs et des corridors défraîchis. Des familles vivent également dans des appartements ayant besoin de travaux, comme la réparation d'un immense trou au plafond, d'un comptoir de cuisine qui se défait ou de portes délabrées.

Depuis que la gestion est entre les mains de Revenu Québec, les trois blocs se trouvent dans un état de délabrement très, très avancé.

Une citation de :Blaise Nsimba, un des résidents

Les immeubles logent une trentaine de familles, dont plusieurs sont à faible revenu et issues de l'immigration.

Les locataires assurent que les lieux affichaient auparavant une très bonne image grâce à l'implication de membres coopérants responsables de la conciergerie. Mais l'agence gouvernementale, expliquent-ils, a mis un terme à cette pratique pour donner le mandat à une société de gestion immobilière.

Celle-ci se limite toutefois à récolter les loyers chaque mois et ne donne jamais suite aux demandes de travaux et d'entretien, selon les résidents.

On s'est retrouvés sans ressources quand Revenu Québec a pris possession des immeubles. Ils ne s'occupent pas du tout de l'entretien, que ce soit de l'intérieur et de l'extérieur. C'est incroyable que des êtres humains puissent vivre dans une telle situation. C'est inadmissible.

Une citation de :Djibril Souaré, un des résidents

Des locataires tentent avec leurs propres moyens de faire un peu d'entretien, jusqu'à se cotiser pour acheter une tondeuse afin de couper l'herbe.

On veut que les lieux soient propres, qu'ils entretiennent pour qu'on puisse vivre décemment, réclame Marie-Antoinette Mansaré, propriétaire d'une garderie à l'intérieur du complexe résidentiel. Qu'ils arrêtent de nous traiter comme du bétail.

Revenu Québec affirme de son côté avoir constaté un état de délabrement avancé des immeubles, dès sa prise de compétence. Revenu Québec a immédiatement pris des mesures pour assurer la sécurité des bâtiments en procédant aux réparations les plus urgentes, a indiqué son porte-parole, Martin Croteau.

Des réparations de tuyauterie, le remplacement de plusieurs portes, le nettoyage de l'intérieur des immeubles à plusieurs reprises et des travaux d'extermination ont notamment été réalisés, détaille M. Croteau. Bien que plus de 130 000 $ aient été investis depuis sa prise en charge, Revenu Québec reconnaît que des travaux demeurent nécessaires.

Une dissolution contestée

Revenu Québec est devenue liquidatrice des biens de la coopérative après sa dissolution au printemps 2019 par le ministère de l'Économie, en vertu de la loi sur les coopératives. La non-transmission entre autres du rapport annuel et des états financiers 2017 est à la source de cette décision.

Des membres ont tenté de remédier aux manquements pour faire annuler le décret du ministère, en vain. Ils se sont tournés vers les tribunaux pour contester la dissolution. La Cour supérieure les a déboutés en août, mais ils entendent faire appel du jugement.

Ces locataires disent avoir été victimes du trésorier de l'époque qui aurait omis de transmettre les documents en raison de conflits internes. Selon eux, le trésorier a donné seul son accord à la dissolution sans consulter les autres membres. Ils déplorent maintenant de ne plus avoir accès aux ressources pour remédier à la situation.

Entre-temps, Revenu Québec a mis en vente les immeubles au coût de plus de 3,3 millions de dollars. Une promesse d'achat a été acceptée. Il manque seulement l'autorisation de la cour pour procéder, peut-on lire sur le site web de Remax. La prochaine audience est prévue à la mi-décembre.

Des locataires craignent que la dégradation avancée des immeubles ne laisse présager une démolition complète de l'endroit.

Quand on veut vendre et qu'on veut donner de la valeur, on entretient. L'intention [des futurs acheteurs], c'est peut-être de tout raser. C'est peut-être pour ça qu'on n'investit pas dans l'entretien des lieux.

Une citation de :Antoinette Mansaré, propriétaire d'une garderie au sein du complexe

Des locataires souhaitent conserver le caractère social, mais en raison de la dissolution, ils n'ont plus accès aux ressources financières provenant des loyers pour faire des démarches en ce sens. Ils espèrent un appui du gouvernement pour garder leurs logements.

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