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Archives

Le 17 septembre 1986, Montréal accueillait Carmen Gloria Quintana

Animateur avec mortaise qui montre le visage de Carmen Quintana.

Brûlée vive par des militaires chiliens du régime de Pinochet en 1986, Carmen Gloria Quintana est devenue un symbole de la lutte pour la démocratie au Chili.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Il y a 35 ans, Carmen Gloria Quintana arrivait au centre des grands brûlés de l’Hôtel Dieu de Montréal pour soigner ses blessures. Elle avait 18 ans lorsqu’elle a été arrosée d'essence et brûlée vive par des soldats chiliens sous le régime de Pinochet. Nos archives témoignent du courage de cette femme devenue symbole de la lutte pour la démocratie au Chili.

La répression sans pitié des soldats du général Pinochet

Le 2 juillet 1986, c’est jour de grève générale au Chili. Carmen Gloria Quintana décide de participer aux manifestations d’opposition au régime d’Augusto Pinochet. Elle s’apprête à rejoindre un groupe de militants près d’une barricade lorsqu’elle et son compagnon, le photographe de 19 ans Rodrigo Rojas, sont interceptés par des militaires.

Les deux jeunes adultes sont sauvagement battus, Rodrigo perd connaissance. Après les avoir aspergés de kérosène, un militaire lance un cocktail Molotov en leur direction et les deux corps s’enflamment.

Carmen Quintana reprend connaissance dans un fossé situé 20 km plus loin, Rodrigo n’a pas cette chance et succombe à ses blessures.

Après maints déboires administratifs, le Chili accepte la demande de la famille pour que la jeune femme soit soignée au Canada.

Brûlée sur 65 % de son corps, la jeune Carmen Quintana gagne le pays avec l'aide du diplomate canadien Christian Labelle.

Les Québécois et les Chiliens solidaires

La famille de Carmen Quintana arrive de Santiago le 17 septembre 1986. Marthe Blouin présente un reportage au Téléjournal.

Téléjournal, 17 septembre 1986

À son arrivée à Dorval, la jeune femme est immédiatement transportée au Centre des grands brûlés de l’Hôtel Dieu de Montréal. Elle y sera soignée durant plusieurs mois par le docteur Jacques Papillon et son équipe.

La famille Quintana est chaleureusement et solidairement accueillie par plusieurs membres de la communauté chilienne venus lui apporter leur appui.

Pour les Chiliens, Carmen Quintana est devenue le symbole de l’intense répression dont les opposants au régime de Pinochet sont victimes. Dans l’aéroport bondé, ils scandent des slogans appelant à la liberté et à la démocratie au Chili.

Carmen Quintana subira une quarantaine d’opérations qui lui redonneront peu à peu une apparence humaine et l’usage de ses membres. Un douloureux processus où elle verra son corps sauvé, mais mutilé à jamais.

Une citation de :Isabelle Albert, journaliste

Le 23 novembre 1986, cinq mois après la tentative d’assassinat dont elle a été victime, c’est à la journaliste Marthe Blouin que la jeune Chilienne accorde sa première entrevue.

Téléjournal, 23 novembre 1986

Même si la jeune femme sent que sa vie et celle des siens sont menacées, elle souhaite retourner dans son pays.

Je crois que le plus difficile, c’est de penser que les êtres humains peuvent commettre des assassinats comme ça. De brûler deux personnes vives.

Une citation de :Carmen Gloria Quintana, 1988

Deux ans plus tard, en 1988, à l’aube de son retour dans son pays natal, Carmen Gloria Quintana rencontre la journaliste Isabelle Albert. Dans une entrevue en français, la Chilienne résiliente explique sa lutte.

Le Point, 7 juillet 1988

Durant ces deux années, aucun militaire ne sera accusé. Le général Pinochet va même jusqu’à dire que les deux jeunes s’étaient brûlés en transportant des engins explosifs.

Carmen Quintana raconte en entrevue que, lorsque le pape Jean Paul II visite le Chili en avril 1987 et l’étreint avec compassion, une dose de courage la remplit. Ce jour-là, elle va se recueillir sur la tombe de Rodrigo Rojas en lui promettant de se battre jusqu’à la fin.

Je ne vais pas me reposer jusqu’à ce que la dictature soit tombée. Je suis un témoignage, la preuve vivante de tout ce qui se passe au Chili.

Une citation de :Carmen Gloria Quintana, 1988

Son visage tuméfié devient l’image des crimes contre la personne au Chili. Carmen Quintana visitera une dizaine de pays pour raconter son histoire.

Au Chili, Carmen Quintana n’a jamais cessé de lutter pour les droits de la personne et la démocratie.

Le général Pinochet a gouverné d’une main de fer le Chili durant 17 ans, de 1973 à 1990. La dictature a fait près de 3000 morts. Des milliers de Chiliens ont été torturés ou ont dû s’exiler. Des milliers d’autres sont toujours portés disparus.

En 2019, 11 ex-militaires ont été condamnés à des peines de 3 à 10 ans de prison pour le meurtre de Rodrigo Rojas et la tentative de meurtre de Carmen Gloria Quintana.

Augusto Pinochet est décédé le 10 décembre 2006 et n’a jamais été condamné.

L'État chilien a indemnisé la famille de Rodrigo Rojas et celle de Carmen Quintana à hauteur de 910 000 $ CA.

Carmen Quintana est revenue vivre au Québec en 2011 avec son mari et ses trois filles. Elle a effectué un doctorat en psychologie à l’Université de Montréal.

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