•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Jusqu’à 100 km de route pour voir un médecin

Un médecin d'un certain âge.

est très difficile actuellement.

Photo : iStock / Squaredpixels

La plateforme Rendez-vous santé Québec (RVSQ), dont le but est de favoriser l’accès aux médecins de famille dans la province, ne fournit pas à la demande. Les patients orphelins qui tentent de réserver une consultation médicale en ligne se heurtent actuellement à un manque criant de disponibilités.

Radio-Canada a fait le test. Pendant une semaine, nous avons utilisé RVSQ à plusieurs reprises dans l’espoir d’obtenir une consultation médicale pour une urgence mineure, au centre-ville de Québec.

Dans un rayon de 10, 20, 30, 40 ou 50 kilomètres du centre-ville, la plateforme n’offrait absolument aucun rendez-vous.

Même en modifiant la raison de notre consultation afin de la rendre moins urgente, Radio-Canada a constaté une absence totale de disponibilités. Une situation semblable a aussi été rapportée au centre-ville de Montréal.

Même en variant les critères de recherche, Radio-Canada s'est constamment heurtée à une absence de rendez-vous.

Même en variant les critères de recherche, Radio-Canada s'est constamment heurtée à une absence de rendez-vous.

Photo : Capture d'écran / RSVQ

On constate que l’offre est insuffisante pour la demande, confirme le Dr Sylvain Dion, deuxième vice-président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Signe que la situation est vraiment préoccupante, la FMOQ a organisé une réunion jeudi dernier pour discuter des difficultés d'accès aux services médicaux de première ligne et tenter de trouver des solutions.

Dans sa propre pratique de médecin de famille à Lac-Etchemin, dans Chaudière-Appalaches, le Dr Dion voit bien que les patients orphelins sont pris au dépourvu.

J'ai accueilli un patient qui avait pris rendez-vous sur RVSQ et qui a fait 100 kilomètres pour avoir une consultation. Il n'avait pas été capable d'avoir de place dans sa région.

Une citation de :Dr Sylvain Dion, deuxième vice-président de la FMOQ

« Magasinage interminable »

En date du 31 juillet dernier, il y avait plus de 830 000 personnes sans médecin de famille au Québec, selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Face à la faible disponibilité de rendez-vous sur RVSQ, ces patients appellent directement les cliniques, mais souvent, malheureusement, ça se solde par des réponses négatives, admet le Dr Dion.

Il est évident que pour les patients sans médecin de famille, il y a là un enjeu. Ils doivent faire un magasinage qui est souvent, malheureusement, interminable.

Une citation de :Dr Sylvain Dion, deuxième vice-président de la FMOQ

Si d’autres plateformes que RVSQ sont accessibles en ligne, comme Bonjour Santé, il s’agit généralement de solutions qui entraînent des frais pour les patients, note le Dr Dion.

L’effet de la COVID

Au MSSS, on assure que le manque de rendez-vous sur RVSQ n’est pas lié à un problème technique. On affirme aussi que le problème n’est pas généralisé à l’ensemble du Québec, sans toutefois nommer les régions épargnées.

Par courriel, le porte-parole du MSSS, Robert Maranda, rappelle qu’une des limites de la plateforme RVSQ est que toutes les cliniques médicales de la province n’y ont pas adhéré. Actuellement, elles sont 424 à y participer.

Les cliniques participantes rendent leurs plages disponibles dans RVSQ à une certaine heure précise, au moment de leur choix. Ces plages s’envolent très souvent en quelques minutes.

Une citation de :Extrait d'un courriel de Robert Maranda, porte-parole du MSSS

Néanmoins, le MSSS reconnaît que la demande est plus élevée en ce moment. Une situation qui s’expliquerait, dit-on, par la quatrième vague de COVID-19, conjuguée à la rentrée scolaire. Diverses solutions sont mises en oeuvre.

Des cliniques désignées pédiatriques ont été mises en place afin de créer une surcapacité d’offre pour les 16 ans et moins qui ne sont pas inscrits à un médecin de famille ou ne sont pas en mesure d’obtenir une consultation en temps requis avec leur médecin, explique M. Maranda.

Il rappelle aussi que des orientations ministérielles ont été données depuis le début du mois de septembre pour assurer un retour à la normale dans les cliniques médicales.

Bien que le Québec ait un ratio enviable de médecins de famille par rapport à sa population, comparativement aux autres provinces canadiennes, la FMOQ continue de marteler qu’il n’y en a pas suffisamment.

Le Dr Dion rappelle qu’une partie importante des activités des omnipraticiens québécois se déroule en milieu hospitalier plutôt qu’en clinique. Il ajoute que la médecine familiale souffre d’un déficit d’attrait dans les universités québécoises.

On est resté avec au-delà de 200, 250 places d'étudiants en médecine de famille qui n'ont pas été comblées; donc, on peut comprendre qu'aujourd'hui on soit en déficit.

Une citation de :Dr Sylvain Dion, deuxième vice-président de la FMOQ

Il va falloir du courage

Le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet, est fatigué d’entendre ce discours, surtout en cette période où l’accès à un médecin de famille est pire qu’auparavant.

Ça va prendre des solutions innovantes et il va falloir avoir du courage politique, parce que ce n'est pas vrai qu'on va attendre qu'il y ait d'autres médecins qui arrivent et tranquillement d'ici cinq ans [que la situation s’améliore], illustre M. Brunet.

Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades.

Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades

Photo : Radio-Canada

À son avis, les médecins vont devoir céder du terrain à d’autres professionnels de la santé, notamment les infirmières praticiennes.

Je n'ai jamais entendu la FMOQ parler des infirmières praticiennes pour qu'elles puissent elles aussi ouvrir des cliniques et désengorger avec les urgences mineures.

Une citation de :Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades

Je m'excuse de [le] répéter depuis des années, mais il y a quelque chose, il y a un os quelque part, qui empêche politiquement ou autrement, alors que ça se fait dans les autres provinces depuis de très nombreuses années.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !