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La péréquation, une boîte de Pandore restée fermée lors de la campagne

Scott Moe et Jason Kenney lors d'une conférence.

Jason Kenney et Scott Moe, les premiers ministres respectivement de l'Alberta et de la Saskatchewan, demandent un nouveau calcul de la péréquation, mais tous les deux ont été discrets pendant la campagne fédérale.

Photo : La Presse canadienne / Michael Bell

Dans un mois, les Albertains iront aux urnes pour voter sur la péréquation, mais ce n’est pas lors de la campagne fédérale qu’ils auront pu s’informer ni prendre le pouls des autres provinces sur ce sujet.

Le mot n’a pas été prononcé une seule fois lors des débats des chefs, que ce soit en français ou en anglais. Il n’apparaît pas non plus sur la plateforme du Parti libéral ni du Nouveau Parti démocratique.

Le Parti conservateur du Canada a une proposition, mais elle est vague. Nous allons nous assurer de l’équité de la péréquation en présentant la Loi sur l’équité de la péréquation et des transferts en tant que projet de loi gouvernemental et en l’adoptant le plus rapidement possible, est-il écrit dans le programme du parti.

Cela ajoutera une transparence à la péréquation, y lit-on. La proposition n’a jamais été expliquée au cours de la campagne.

L'Ouest oublié?

Le chef par intérim du parti Maverick, Jay Hill, déplore ce manque d’attention portée à l'un des enjeux importants pour l’Ouest canadien.

Pour les Canadiens, nous n’aurions pas dû avoir cette élection et cette question est toujours aussi notable aujourd’hui que le premier jour du lancement de la campagne, explique M. Hill.

Tous les autres enjeux comme la justesse de la formule de péréquation et un meilleur partage des ressources pour l’Ouest canadien se sont retrouvés à l’arrière-plan.

Jay Hill debout à la Chambre des communes.

Le chef par intérim du parti Maverick, Jay Hill, aurait aimé que les enjeux de l'Ouest comme la péréquation soient plus en lumière pendant la campagne fédérale.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le Parti, né du mouvement Wexit, présente des candidats pour la première fois à une élection fédérale. Sa jeunesse et la croissance du nombre de cas de COVID-19 sur son terrain de prédilection, l'Alberta, la Saskatchewan et la Colombie-Britannique, n’ont pas facilité sa campagne, avoue M. Hill.

Si vous n’avez pas le droit de faire des rassemblements à l’intérieur, cela devient difficile de faire entendre votre message surtout quand on est un parti très jeune, souligne-t-il.

Un enjeu complexe, peu vendeur

Pour le vice-doyen du campus Saint-Jean à Edmonton, Frédéric Boily, pandémie ou pas, la péréquation ne fait jamais les manchettes en campagne électorale.

C’est toujours un enjeu qui, d’une certaine façon, est relativement secondaire, pointe-t-il. C’est vrai que d’autres campagnes, comme [celle de] 2019, ont beaucoup parlé de ressentiment et de régionalisme de l’Ouest, mais c’est peut-être plus la question de la taxe carbone qui divisait les libéraux et les conservateurs.

Maxime Bernier, micro à la main, devant des partisans habillés avec des drapeaux canadiens.

Le chef du Parti populaire, Maxime Bernier, a bien parlé péréquation dans son rassemblement à Edmonton, mais c'était une toute petite partie de son discours.

Photo : Radio-Canada / François Joly

Ce qui prouve que c’est un enjeu de consommation interne, comme l’appelle M. Boily, c'est même les partis qui en parlent dans leur plateforme n’en font pas leur porte-étendard.

Les messages anti-vaccin et anti-passeport sanitaire du Parti populaire du Canada ont rendu d’une certaine façon inaudible la question de la péréquation, note-t-il. À cela, il faut ajouter que la formule est complexe et technique, ce qui n’en fait pas un sujet facile de campagne.

L'animateur Gérald Fillion.

Doit-on abolir la péréquation?

Photo : Radio-Canada

Une fois, en 2008, la péréquation a réussi à dominer les débats de campagne, rappelle Daniel Béland, le directeur de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill.

Danny Williams, le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador à l’époque, était très en colère sur le calcul de la péréquation du gouvernement Harper et il avait lancé une campagne contre Stephen Harper, se souvient-il.

Cette fois-ci, le défenseur d’un nouveau calcul, le premier ministre albertain, Jason Kenney, s’est fait très discret pendant la campagne fédérale.

Un jeu à somme nulle

En général, on ne veut pas ouvrir cette boîte de Pandore parmi les leaders fédéraux parce que c'est controversé. Ça divise le pays avec des provinces qui reçoivent des paiements de péréquation et d’autres non, ajoute M. Béland.

Les conservateurs ont une main mise trop forte sur l’Alberta et la Saskatchewan pour s’inquiéter des enjeux de l’Ouest, souligne-t-il.

C’est à la fois très controversé pour des enjeux régionaux, mais aussi très complexe sur le plan technique. Mélanger ces deux choses-là, ça peut être assez explosif.

Une citation de :Daniel Béland, Université McGill

Cependant, M. Béland ne croit pas que ce silence présume des résultats du référendum à venir en Alberta.

Après les élections, si les conservateurs prennent le pouvoir, je pense qu’ils étudieront la péréquation. Ils pourraient nommer un groupe d’experts pour changer la formule, mais on n’en parle pas pendant la campagne, suggère-t-il.

Frédéric Boily est moins convaincu. L’appétit n’a jamais été tellement grand. Ça venait surtout de l’Alberta, en partie de la Saskatchewan, mais les autres partenaires de la fédération ne sont pas vraiment intéressés à parler de la péréquation, pense-t-il.

Le référendum se tiendra le 18 octobre.

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