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Quels enjeux électoraux pourraient faire pencher la balance en Estrie lundi?

En cette veille de scrutin, des politologues de l'Estrie dressent un bilan de la campagne électorale fédérale.

Une main dépose un bulletin de vote dans une urne.

Les Canadiens sont appelés aux urnes le 20 septembre.

Photo : iStock

René-Charles Quirion

Tranquille, relativement prévisible : les experts s'entendent pour dire que la campagne électorale fédérale n'a pas soulevé les passions. Quelques éléments pourraient toutefois faire pencher la balance vers un parti ou un autre, mais est-ce que ce sera suffisant pour avoir un gouvernement majoritaire?

Selon le chercheur postdoctoral à l'Université Saint-Paul d'Ottawa et membre du Groupe de recherche en communication politique, Emmanuel Choquette, cette campagne estivale a été frappante par son absence de rebondissements.

Sur le plan régional, j'ai l'impression que ça a été une campagne qui a été assez tranquille. C'est-à-dire qu'on n'a pas senti qu'il y a un moment qui a ressorti de la masse.

Une citation de :Emmanuel Choquette, chercheur postdoctoral à l'Université Saint-Paul d'Ottawa

Même son de cloche de la part d'Antonin-Xavier Fournier, professeur de sciences politiques au Cégep de Sherbrooke, qui soutient que les experts s'attendaient que cette campagne soit la plus importante depuis des dizaines et des dizaines d'années.

Le politologue mentionne toutefois qu'il a été surpris que les impacts de la pandémie, qui auraient dû être au centre de toutes les discussions, aient été aussi occultés pendant la campagne.

Les libéraux ont déclenché cette élection en ayant un bon bilan de la crise sanitaire. Ils ont bien géré [la pandémie], soutient Antonin-Xavier Fournier. C'est un grand succès. Et finalement, la campagne n'a pas porté là-dessus. C'est une grande déception. On pensait qu'on allait discuter des enjeux importants de la transformation de la société canadienne après la pandémie.

La question de l'urne aurait dû être cela : comment on va adapter la société canadienne pour faire face aux défis de demain? [...] Les libéraux n'ont pas misé sur cette carte-là ou n'ont pas voulu, ou n'ont pas eu l'espace.

Une citation de :Antonin-Xavier Fournier, professeur de sciences politiques au Cégep de Sherbrooke

Antonin-Xavier Fournier estime que les défis liés à la pandémie ont été éclipsés par deux enjeux majeurs : l'environnement et la pénurie de main-d'oeuvre.

J'ai hâte de voir si un enjeu national, comme l'environnement, pourrait devenir la question de l'urne. C'est ce que tente de faire Justin Trudeau, en réorientant sa campagne sur cet enjeu-là, même s'il n'a pas réussi à livrer la marchandise depuis qu'il est au pouvoir [...] Cette question-là semble être très importante pour faire sortir le vote.

Ce serait une première que l'environnement soit la question de l'urne dans une élection fédérale.

Une citation de :Antonin-Xavier Fournier, professeur de sciences politiques au Cégep de Sherbrooke

Un troisième élément pourrait également venir brasser les cartes : les conséquences du débat en anglais, qui pourraient inciter les électeurs à voter bloquiste. Le Bloc pouvait, peut-être, espérer de 20 à 30 députés avant le débat en anglais. Maintenant, il peut peut-être espérer plus de 30 députés. Selon lui, le débat en anglais a même permis de reléguer au second plan la question du lancement hâtif de la campagne, qui a entravé les libéraux beaucoup plus longtemps que prévu.

Emmanuel Choquette abonde dans le même sens.

Il ne serait pas impossible que le Bloc fasse un gain quelque part en faveur de ce qui s'est passé lors du débat en anglais avec Yves-François Blanchet.

Une citation de :Emmanuel Choquette, chercheur postdoctoral à l'Université Saint-Paul d'Ottawa

Des enjeux locaux qui auront peu d'impacts sur le vote

Selon Emmanuel Choquette, l'avenir de l'aéroport de Sherbrooke, l'accès à Internet et au réseau cellulaire et la pénurie de main-d'œuvre ont été parmi les enjeux locaux les plus abordés tout au long de cette campagne.  

D'un point de vue local, les enjeux économiques, dont celui de la main-d'œuvre, ont été omniprésents parce que les entreprises manquent d'employés et ça a été ramené par plusieurs candidats dans la région, souligne Emmanuel Choquette.

Antonin-Xavier Fournier ne croit toutefois pas que ces enjeux locaux auront un réel impact sur le choix des Estriens, puisque tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains des chefs. Même le faux pas d'Yves-François Blanchet avec Ensaf Haidar a été relégué au second plan grâce au débat en anglais, un coup de fortune pour lui, c'est venu lui donner des munitions inespérées.

Les candidats ont beau s'animer, faire 3000 maisons, ça peut faire une très petite différence, mais ce n'est pas cela qui va faire qu'une élection est gagnée ou perdue, soutient-il.

Les bons coups d'Erin O'Toole, les faiblesses d'Annamie Paul

Le Parti vert, selon Antonin-Xavier Fournier, aurait dû avoir le vent dans les voiles en raison de ses succès lors des récentes élections provinciales et de l'environnement, une préoccupation marquante des Canadiens. Mais les verts, profondément divisés, n'ont pas mené une campagne qui leur permettra de faire des gains, soutient-il.

L'attitude rocambolesque, presque burlesque [qu'a eue Annamie Paul] durant le débat en anglais, sa suffisance, sa difficulté à s'exprimer clairement, sa campagne qui n'était pas nationale, fait en sorte qu'elle a perdu beaucoup de crédibilité.

Une citation de :Antonin-Xavier Fournier, professeur de sciences politiques au Cégep de Sherbrooke

Le néo-démocrate Jagmeet Singh, de son côté, n'a pas mené une bonne campagne, mais il a été fidèle à lui-même, souligne Antonin-Xavier Fournier. La question qu'on doit se poser : est-ce qu'il est rendu au bout du rouleau? Pas dans le sens de fatigué, mais dans le sens de ce qu'il peut donner à son parti, aux Canadiens. Cela dit, il estime qu'il pourrait faire des gains au détriment des libéraux, mais cela devrait être marginal.

Celui qui a le mieux joué ses cartes, selon Antonin-Xavier Fournier, est Erin O'Toole, qui a réussi à se révéler, à faire une campagne très au centre, et à se présenter comme un modéré. Cette attitude pourrait toutefois avoir heurté sa base ultraconservatrice, qui a des valeurs opposées, mais pourrait lui permettre de faire d'autres gains.

Erin O'Toole, avec son virage vers le centre, c'est celui qui a fait la meilleure campagne. Mais je ne pense pas que ce sera suffisant.

Une citation de :Antonin-Xavier Fournier, professeur de sciences politiques au Cégep de Sherbrooke

Une carte électorale qui devrait peu changer 

Emmanuel Choquette estime que la carte électorale devrait demeurer sensiblement la même au terme du scrutin de lundi. Dans la majorité des circonscriptions, il croit que la lutte se déroulera entre les libéraux et les bloquistes. 

Selon lui, le Parti conservateur peut néanmoins compter sur la réélection des candidats Luc Berthold et Alain Rayes, qui demeurent en avance dans les sondages. 

Dans la circonscription de Brome-Missisquoi, toutefois, les conservateurs semblent avoir déployé des efforts supplémentaires pour appuyer leur candidat, Vincent Duhamel. On le voit déjà comme un potentiel ministre des Finances conservateur. Les sondages le donnent pourtant troisième, mais on sait que le vrai sondage, c'est lundi que ça se passe, souligne Emmanuel Choquette.  

Je ne pense pas qu'on doit s'attendre à beaucoup de surprises, mais en politique, tout est possible et on le sait.

Une citation de :Emmanuel Choquette, chercheur postdoctoral à l'Université Saint-Paul d'Ottawa

Les candidats néo-démocrates se sont faits plutôt discrets tout au long de la campagne, rappelle Emmanuel Choquette. Selon lui, seule la candidate dans Sherbrooke, Marika Lalime, pourrait avoir une chance d'effectuer une percée. Cette jeune candidate n'a pas fait une mauvaise campagne, il pourrait y avoir des surprises, souligne Emmanuel Choquette, rappelant que cette circonscription avait été emportée par la vague orange en 2011.

Antonin-Xavier Fournier, pour sa part, est toutefois sûr d'une chose : On aura un gouvernement minoritaire.

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