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Quand pénurie de main-d’œuvre rime avec chômage élevé

Un homme marche vers un chantier avec une boîte à lunch en métal à la main.

Après la pandémie, c'est désormais la pénurie d'employés qui est problématique pour les entreprises. (Archives)

Photo : Getty Images / epicurean

Des entreprises peinent à trouver les employés dont elles ont grandement besoin, alors que, dans le même temps, le taux de chômage reste élevé.

C’est le cas dans la région de Windsor, en Ontario, où Kevin Kelly, président de Shurlock Products, une entreprise qui fabrique notamment des cadenas, recherche en vain une quinzaine de personnes pour pourvoir des postes.

Il y a pas mal de gens qui ne veulent pas retourner au travail. Ils ne sont pas prêts à retourner au travail et ce n’est pas parce qu’ils sont paresseux, explique-t-il.

Ils ont goûté à la vie à la maison, passer du temps avec leurs enfants, faire une promenade pendant le confinement.

Une citation de :Kevin Kelly, président de Shurlock Products

La plateforme Workforce WindsorEssex recense les offres d'emploi de 54 sites d'emploi à travers la région.

Un homme portant un masque dans une usine.

Kevin Kelly pense que certains employés ne reviendront pas au travail tant que le gouvernement continuera à leur verser de l'argent.

Photo : Amy Dodge/CBC

Son patron, Justin Falconer, explique qu’avec la réouverture de l'économie, de plus en plus de secteurs de la région manquent d’employés.

Nous avons vu plus d'offres d'emploi qu'à tout autre moment au cours des deux dernières années, donc c'est en augmentation, explique-t-il.

Les secteurs qui ont le plus besoin d'employés, selon Justin Falconer, sont ceux des loisirs, de la culture, de la construction, de l’hébergement, du tourisme ainsi que les métiers spécialisés.

Pourtant, même si le taux de chômage à Windsor était en baisse d’un demi-point en août par rapport à juillet, il reste élevé : 10,6 %.

À qui la faute?

M. Kelly affirme que les départs anticipés à la retraite ont rendu les choses plus difficiles pour lui et pense que les employés aptes au travail ne reviendront pas d’eux-mêmes, du moins pas tant qu’ils n’auront pas intérêt à le faire.

Le gouvernement continue à leur donner de l’argent et, tant que cela dure, nous ne serons pas en mesure de les faire revenir, explique-t-il.

Mario Seccareccia, professeur émérite au Département de science économique de l’Université d’Ottawa, pense lui aussi que les employés ne veulent pas retourner au travail.

Il affirme cependant que la solution ne peut pas être de demander la fin des programmes d'aide du gouvernement pour forcer des employés à mettre leur vie en danger en retournant travailler dans des secteurs dont beaucoup sont très exposés à la COVID-19.

Un homme regarde la caméra en souriant.

Mario Seccareccia pense que certains employeurs vont devoir offrir des salaires plus compétitifs pour attirer la main-d'œuvre.

Photo : Gracieuseté de Mario Seccareccia

Il estime par ailleurs que ce sont les conditions de travail qui sont en cause, notamment dans des secteurs comme la restauration ou le secteur manufacturier.

Il y a peu de gens qui veulent aller travailler dans ces secteurs-là. [....] Il y a de gros risques, mais aussi parce que souvent ce sont des secteurs avec des salaires très faibles, indique-t-il.

Pour moi comme travailleur, est-ce que je vais aller travailler dans un restaurant si je sais que j’ai un grand risque d’attraper la COVID?

Les employés, aujourd’hui et après la pandémie, ne sont pas les mêmes qu’ils étaient avant la pandémie. Il y a des gens qui ont quand même pris l'appétit de vouloir avoir autre chose que juste chercher un revenu.

Une citation de :Mario Seccareccia, économiste.

M. Seccareccia explique que la pandémie a été une sorte de point de bascule, le moment à partir duquel le rapport de forces s’est inversé entre les employeurs et les employés.

Il y en a qui sont prêts à payer davantage et ils arrivent à attirer des gens, indique-t-il.

Il pense que les employeurs qui veulent maintenir une activité économique vont devoir proposer un meilleur traitement salarial aux employés et même être en compétition avec d’autres employeurs.

Une souffrance inégale

Selon M. Seccareccia, il est illusoire de penser que tous les secteurs pourront reprendre de la même manière.

On ne peut pas retourner à la normale d’avant la pandémie. Les choses ont changé. [...] Est-ce qu’on va retourner à des taux d’activité qui seraient aussi élevés qu’ils étaient à l'époque, avant la crise? Je n’en sais rien, indique-t-il.

Il explique toutefois qu’il ne faut pas considérer les difficultés économiques comme un mal dont souffrent tous les secteurs de manière égale. Il cite le commerce en ligne, les grandes surfaces, le secteur bancaire qui s’en sont bien sortis et qui sont même parvenus, dans certains cas, à faire d’énormes profits.

Pour ce qui est de la résolution des problèmes de chômage et de main-d'œuvre, M. Seccareccia pense que les gouvernements devront intervenir de manière vigoureuse au moyen de politiques budgétaires.

Historiquement, lorsqu’on a fait face à un problème de récession importante, les gouvernements sont intervenus. C’est vrai qu’on a l’habitude de vendre l’idée qu’il faut absolument équilibrer le budget à long terme, mais en réalité, il y a beaucoup de gouvernements [...] qui sont prêts à dépenser et à faire le nécessaire pour créer les conditions pour au moins survivre à la crise, indique-t-il.

Il note, pour appuyer son propos, que les gouvernements avaient déjà soutenu l’économie en 2009 au lendemain de la crise financière. Une recette qui ne serait donc pas nouvelle et qui aurait déjà fait ses preuves.

Avec des informations de CBC News

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