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Élections fédérales : les préoccupations des Canadiens en situation de handicap

Une pancarte jaune sur laquelle il est inscrit : Élections Canada et Vote. À gauche, une pancarte bleue avec le symbole du handicap.

Plus de 6 millions de Canadiens âgés de 15 ans et plus (22 %) ont au moins un handicap, selon Statistique Canada.

Photo : Radio-Canada

Logement, soins de longue durée et à domicile, milieux de travail inclusifs, assurance-médicaments, aide médicale à mourir : les préoccupations des Canadiens en situation de handicap sont nombreuses. Mais plusieurs regrettent que ces questions n’aient été souvent qu'effleurées dans la campagne fédérale.

Les principaux partis ont tous, dans leur plateforme, une section qui s’adresse aux personnes handicapées. Un élément encourageant pour Tracy Odell, présidente du groupe Citizens with Disabilities – Ontario, mais au-delà de ces quelques propositions, elle estime que les Canadiens handicapés ont peu fait partie de la discussion.

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021.

C’est aussi dans la façon de s’adresser à la population qu’il y a encore des efforts à faire, juge Jewelles Smith, coordonnatrice des communications et des relations gouvernementales au Conseil des Canadiens avec déficiences (CCD). Elle regrette que les candidats n’aient pas systématiquement recours à des interprètes en langue des signes et que leurs sites web ne soient pas toujours accessibles.

On parle pourtant d’une tranche importante de la population, rappelle-t-elle : plus de 6 millions de Canadiens âgés de 15 ans et plus (22 %) ont au moins un handicap, selon la dernière Enquête canadienne sur l’incapacité en 2017.

Environ 30 % de ces personnes vivent dans la pauvreté, rapporte par ailleurs le CCD. Une réalité qui fait peur, dit Janet Rodriguez, habitante de Toronto qui milite pour les droits des personnes handicapées. Ça, c’était les chiffres en 2017, mais on sait que bien des choses sont arrivées depuis... comme une pandémie! Et on sait que les gens qui ont des handicaps sont plus susceptibles d’être sans emploi.

Capture d'écran d'une vidéoconférence : Janet Rodriguez assise devant un mur en bois.

Janet Rodriguez habite Toronto et s'implique, entre autres, auprès de la Ethno-Racial People with Disabilities Coalition of Ontario.

Photo : Zoom

Elle aimerait que les partis présentent des promesses plus détaillées pour des programmes d’aides. En juin, le gouvernement sortant avait déposé le projet de loi C-35 pour établir une prestation pour les personnes en situation de handicap, finalement mort au Feuilleton. Janet Rodriguez espère que cette discussion reprendra après les élections.

Tracy Odell note qu’il y avait encore bien des questions en suspens concernant ce projet. C’est un début. Mais on ne savait pas qui serait admissible, comment l’argent serait versé, dit-elle, ni si cette prestation remplacerait des aides déjà existantes. Selon elle, l’enjeu central ici est celui d’un revenu de base pour les personnes handicapées, peu importe sa forme.

Logement accessible

Le logement est un autre défi de taille, souligne Janet Rodriguez. Abordable et accessible : il faut que ce soit les deux!

« Lorsque j’étais en fauteuil roulant, mon nom est resté sur la liste pour obtenir un logement accessible pendant dix ans! »

— Une citation de  Janet Rodriguez

La première chose dont on a besoin, c’est un toit, et on ne peut pas l’avoir, déplore Maude Massicotte, directrice de l’organisme jeunesse DéfPhys Sans Limite, basé à Montréal.

Ça prend aussi des établissements qui offrent des services à domicile sur place, ajoute-t-elle. Ça, il y en a très peu.

Il faut plus d’options pour permettre aux personnes handicapées de vivre dans la communauté, poursuit Tracy Odell, plutôt que dans des foyers de soins de longue durée.

Tracy Odell assise dans un fauteuil roulant, à l'intérieur.

Tracy Odell, présidente de Citizens with Disabilities – Ontario.

Photo : Gracieuseté Tracy Odell

La pandémie, note-t-elle, a mis en lumière des problèmes criants dans ces foyers partout au pays. S’ils sont souvent associés aux personnes âgées, ils hébergent aussi des personnes handicapées de tous âges, rappelle-t-elle, si bien que lorsque les partis parlent de réformer ce système, ils doivent aussi prendre en compte leurs perspectives.

Impact de la pandémie

Maude Massicotte remarque par ailleurs que l'impact de la pandémie sur les personnes handicapées a peu été évoqué dans le discours politique. Isolement, communication difficile avec le port du masque, suspension de service.

« On avait avancé de dix pas et avec la pandémie, on a reculé de dix pas. »

— Une citation de  Maude Massicotte

Déjà qu’on n’est pas traités comme des personnes à part entière, on nous a encore plus infantilisés, encore plus enfermés. On nous a aussi mis dans la même catégorie que les personnes âgées, dit-elle.

Maude Massicotte assise sur un balcon.

Maude Massicotte est directrice de DéfPhys Sans Limite, un organisme pour les jeunes de 18 à 30 ans, basé à Montréal, qui offre de l’accompagnement en dehors du domicile et de la formation aux entreprises pour mieux accueillir les personnes en situation de handicap.

Photo : Gracieuseté Maude Massicotte

L’impact a été aussi l’aide à domicile, un gros problème [...]. Souvent, les personnes comme moi, on va combler l’aide à domicile avec des amis, de la famille, mais là on ne pouvait plus recevoir personne à cause du confinement. Donc on s’est retrouvés avec des gens qui n'ont pas pu se laver pendant des semaines, qui n'ont pas pu se nourrir de façon adéquate, qui ont vécu dans un logement malpropre. C’est vraiment la base de la base. On nous a oubliés, carrément.

Janet Rodriguez espère maintenant que les plans de relance post-pandémie incluront davantage les personnes en situation de handicap. Tout le monde parle de reconstruction. J’aimerais que lorsqu’on parle d’investir des millions de dollars, on y ajoute un 25 % pour l’accessibilité, dit-elle. Investir plus d'argent pour l’accessibilité dès le début d’un projet permettrait d’éviter des barrières subséquentes, qu’il faudra rectifier.

Une lentille adaptée

De façon générale, pour Jewelles Smith, il s’agit d’appliquer une lentille intersectionnelle sur le handicap à tous les aspects de la société. C’est ce qui fait encore souvent défaut, selon elle. Chaque politique a un impact sur la vie des gens avec un handicap.

Une femme assise dans un bureau. Autour d'elle : des peintures, des livres et des fleurs.

Jewelles Smith, du Conseil des Canadiens avec déficiences (CCD).

Photo : Zoom

Elle cite en exemple les mesures de lutte contre les changements climatiques. J’habite en Colombie-Britannique, où nous avons eu des vagues de chaleur cet été. On estime qu’entre 500 et 800 personnes sont mortes en une fin de semaine et on sait que beaucoup d’entre elles étaient des personnes avec des handicaps, qui n’avaient pas nécessairement l’argent pour s’acheter un climatiseur, par exemple.

Quand il y a eu des évacuations à cause des feux de forêt, on n’a pas vraiment vu d’accommodements pour les personnes handicapées. Il faut qu’on fasse partie de la discussion plus large sur l’environnement.

On est vraiment les derniers à être consultés, puis sinon on l’est pas. C’est notre champ de bataille de faire entendre nos préoccupations, résume Maude Massicotte.

« On ne demande pas à avoir plus que les autres. Il s’agit juste d'être sur un pied d'égalité, pour que nous puissions profiter du même niveau de vie. »

— Une citation de  Tracy Odell

Quelques-unes des propositions des partis pour les personnes handicapées

Parti libéral :

  • Instaurer une prestation canadienne pour les personnes handicapées
  • Doubler le crédit d’impôt pour l’accessibilité domiciliaire
  • Élaborer une stratégie d’emploi pour les Canadiens en situation de handicap

 

Parti conservateur :

  • Doubler le soutien aux handicapés de l’Allocation canadienne pour les travailleurs
  • Stimuler le Fonds pour l’accessibilité
  • Renforcer le cadre de l’aide médicale à mourir

 

NPD :

  • Renforcer la Loi sur l’accessibilité
  • Établir un régime national d’assurance-médicaments
  • Mettre en œuvre une stratégie pancanadienne sur l’autisme

 

Parti vert :

  • Établir un revenu vital garanti, avec des programmes supplémentaires pour les personnes handicapées
  • Créer une Loi canadienne sur les personnes handicapées
  • Investir dans des logements sociaux adaptés

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