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Logement abordable : des locataires réclament plus que des promesses électorales

Les bas taux d'inoccupation, la surchauffe immobilière et le manque de logements à loyer modique mettent bien des locataires dans une situation de vulnérabilité.

Affiche « nouveau appartements abordables et luxueux ».

Des promoteurs immobiliers offrent de plus en plus de logements dits « abordables », mais dont le coût mensuel dépasse souvent les 1000 $.

Photo : Radio-Canada

Janique LeBlanc

L'accès à un logement abordable est de plus en plus difficile dans les provinces maritimes, autant dans les grandes villes qu'en région rurale. Des locataires profitent de la campagne électorale fédérale pour réclamer des solutions à la crise.

Nathalie Renault habite dans son appartement de Campbellton depuis 7 ans. L’an dernier, les propriétaires de son immeuble ont voulu lui imposer des frais de 672 $ en plus de son loyer annuel.

Nathalie Renault.

Nathalie Renault s'est battue contre l'imposition de frais pour la location de son logement.

Photo : Radio-Canada

Cette musicienne et travailleuse autonome a contesté ces frais devant le Tribunal sur la location de locaux d’habitation du Nouveau-Brunswick et elle a eu gain de cause. Ses voisins, la plupart des personnes âgées, avaient déjà cédé et payé ces frais supplémentaires jugés abusifs.

Mme Renault n’était pas au bout de ses surprises. J’ai eu une augmentation cet été de 130 $ par mois pour mon logement, tandis que d’autres locataires ont eu [une hausse] de 56 $. Ça varie d’un appartement à l’autre. Il n’y a aucune stabilité, déplore celle qui conseille ses voisins et les aide à faire valoir leurs droits.

Sa voisine à la retraite, Géraldine Levesque, a été choquée par la hausse de loyer de 55 $ par mois, qui s’ajoute à la facture de 672 $ de l’an dernier. Elle vit dans son appartement depuis 20 ans.

Géraldine Levesque.

Géraldine Levesque ne sait pas comment elle pourra payer la hausse de son loyer.

Photo : Radio-Canada

C’est beaucoup, tu sais. D’habitude, ça va monter de 10,15 $, mais pas 55, c’est beaucoup […] nos pensions ne montent pas de 55 $ par mois. C’est vraiment frustrant.

Une citation de :Géraldine Levesque, locataire

La septuagénaire et son mari voudraient bien déménager pour payer moins cher, mais, selon elle, les seuls appartements libres à Campbellton coûtent plus de 1000 $ par mois.

Une crise qui a commencé dans les années 80

Dans les années 60 et 70, le gouvernement fédéral subventionnait la construction de logements à loyer modique, ce qui permettait aux ménages moins nantis de se loger à bon marché.

Ce financement fédéral a disparu dans les compressions budgétaires du milieu des années 80, ce qui a laissé au secteur privé la responsabilité de construire des logements abordables.

Matthew Hayes en entrevue par vidéoconférence.

Matthew Hayes ne pense pas que le secteur privé devrait être chargé d'offrir des logements abordables.

Photo : Radio-Canada

Le secteur privé n’a jamais construit de logements abordables. C’est toujours le gouvernement qui a subventionné ou qui a construit ces logements-là, non seulement au Canada, mais partout au monde, affirme le porte-parole de la Coalition pour les droits des locataires du Nouveau-Brunswick, Matthew Hayes.

Spéculation immobilière

À ce désengagement fédéral s’ajoute une nouvelle tendance forte. Le marché du logement est devenu un moyen rapide de faire de l'argent, selon le sociologue Matthew Hayes.

Ce dernier explique que les grandes entreprises peuvent facilement s’enrichir en achetant des immeubles de logements qu’on rénove et qu’on loue ensuite plus cher. Le Nouveau-Brunswick n’a pas de réglementation, donc on peut facilement évincer le monde et augmenter les prix, précise celui qui est également professeur à l’Université Saint Thomas.

C’est exactement ce que vit Marie Roy.

La sexagénaire de Bathurst a appris en août que le loyer de l’appartement où elle habite depuis neuf ans va presque doubler : de 580 $ à 1150 $ par mois. Mme Roy comptait demeurer dans ce logement jusqu’à ce qu’elle doive aller en foyer de soins.

Marie Roy.

Marie Roy a vu son loyer augmenter de 100 % cette année.

Photo : Radio-Canada

Elle n’a maintenant plus le choix de déménager. On ne peut pas payer ça, sinon on ne mange pas, dit-elle, découragée.

Une stratégie du logement pas assez ambitieuse

En 2018, le gouvernement fédéral a recommencé à investir dans le logement abordable.

Pour le Nouveau-Brunswick, l'entente prévoit du financement pour la construction de 1262 logements sur 10 ans. 

Des critiques ont signalé que certains de ces appartements dits « abordables » se louent 1200 $ par mois, ce qui est hors de la portée de bien des budgets.

En outre, la Coalition pour les droits des locataires précise que les nouvelles unités subventionnées ne compenseront même pas la perte des appartements convertis par une seule firme immobilière, Killam Properties Inc.

Affiche de Killam properties.

Des locataires souhaitent que les politiciens agissent pour protéger les locataires au lieu de subventionner directement la construction de logements par des promoteurs immobiliers qui recherchent les profits.

Photo : Radio-Canada

Leur plan, au Nouveau-Brunswick seulement, c’est de repositionner 1300 unités dans les prochaines années, c’est-à-dire de prendre [les appartements] peut-être pas tous abordables, mais plus abordables et de les transformer en unités plus rentables pour leur corporation, souligne Matthew Hayes qui réclame une stratégie fédérale du logement beaucoup plus ambitieuse pour répondre aux besoins criants.

Promesses électorales en matière de logement

Le Parti libéral promet de doubler à 2,7 milliards de dollars le financement pour aider les promoteurs à construire plus de logements.

Le Parti conservateur s'engage à construire 1 million de maisons en 3 ans et à mettre en place des incitatifs pour les acheteurs d'une première maison.

Le Nouveau Parti démocratique promet de construire 500 000 logements abordables et de taxer les investisseurs immobiliers étrangers.

Libéraux : 2,7 milliards sur 4 ans pour la construction de logements. Conservateurs : construction d'un million de maisons en 3 ans et incitatifs pour acheter une première maison. NPD : construction de 500 000 logements abordables et taxation des investisseurs étrangers.

Chaque formation politique promet d'intervenir pour régler la crise du logement qui sévit dans de nombreuses communautés du Canada.

Photo : Radio-Canada

À Campbellton, Nathalie Renault trouve que ces promesses ne sont pas suffisantes pour venir en aide aux locataires qui peinent à joindre les deux bouts. Je trouve que c’est très peu. Il y a vraiment des gens qui sont en crise et qui sont vraiment vulnérables, fait valoir celle qui continue de contester les hausses de loyer injustifiées.

Sa voisine Géraldine Levesque aimerait qu’on instaure un contrôle sur les augmentations de loyer.

Le gouvernement a besoin de faire quelque chose pour ça, dit-elle en proposant que le loyer ne puisse pas monter de plus que deux pour cent parce que là, ils ont le droit de le monter comme ils veulent.

Soutenir des approches favorables au logement abordable

Nathalie Renault fait écho à une des revendications de la Coalition pour les droits des locataires du Nouveau-Brunswick. Elle demande au gouvernement fédéral de mieux encadrer les sociétés immobilières en quête de profits qui privent les locataires moins nantis de leur logement. Elle réclame le soutien gouvernemental à des initiatives de logements abordables coopératifs ou sans but lucratif. 

Les coopératives, il n’y a aucun financement pour ça. Tout le financement va pour les entreprises à but lucratif qui persistent et signent, qui font de l’argent et de plus en plus d'argent. Il faudrait que le gouvernement change son fusil d’épaule.

Une citation de :Nathalie Renault, militante pour les droits des locataires

Depuis qu’elle a contesté avec succès des frais abusifs imposés par les propriétaires de son immeuble, Nathalie Renault répond aux questions et écoute les doléances de ses voisins.

Certains pleurent ou lui confient qu’ils dorment mal. Ils s’en veulent d’avoir cédé et payé la fameuse facture supplémentaire de 672 $ l’an dernier.

Ça crée tout ça aussi au niveau de la santé mentale, se désole-t-elle. Un appartement, un logis, c’est important! C’est notre nid dans notre vie, c’est là où on va prendre racine dans une certaine sécurité, et si on ne peut pas toucher à ça, quel genre de société ça va faire?

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