•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La lutte pour l’Atlantique se fera jusqu’à la dernière minute selon des politologues

Quel impact la campagne électorale fédérale a eu en Atlantique? Quels changements pourrait-on voir le jour du scrutin? Quels ont été les enjeux régionaux de cette campagne? Trois politologues se prononcent.

Portraits of Liberal Leader Justin Trudeau, left, and Conservative Party of Canada Leader Erin O'Toole, right.

Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau (à gauche), et le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O'Toole (à droite)

Photo : CBC / Erin O'Toole/Creative Commons

Radio-Canada

Rien n'est gagné pour les partis politiques en Atlantique. Les libéraux devraient encore gagner une majorité des circonscriptions dans la région, mais ils pourraient en perdre quelques-unes, selon des politologues. Cela pourrait avoir un impact important dans une lutte aussi chaude que celle qui est menée à quelques jours du scrutin.

La cheffe du Parti vert, Annamie Paul, était à Charlottetown lundi et mardi, le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a fait un tour à Halifax et à Fredericton mercredi, puis le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Tool, était de passage à Saint-Jean jeudi. Vendredi, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh est attendu à Sackville, au Nouveau-Brunswick, avant de se diriger vers Halifax.

M. O'Toole, de profil, parle aux journalistes en point de presse. Au premier plan, des pierres de curling. En arrière-plan, le décor d'une salle de curling.

Le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, le 16 septembre

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Selon la politologue et professeure de sciences politiques à l’Université Queen’s et au Collège militaire royal du Canada à Kingston, Stéphanie Chouinard, la venue de plusieurs chefs à seulement quelques jours du scrutin n’a rien d’anodin.

On voit qu’il y a eu du mouvement depuis le début de la campagne. On prédisait que les libéraux allaient être largement en mesure de garder les avances qu’ils avaient, mais on a vu que les avances libérales se sont un peu effritées, un peu partout, dit-elle. Au Nouveau-Brunswick, il y a quelques circonscriptions où les libéraux risquent de perdre leurs sièges. On veut, du point de vue des conservateurs, aller tenter de galvaniser le vote pour déloger les libéraux.

La politologue et professeure de sciences politiques à l’Université Memorial Amanda Bittner est du même avis. Je pense que maintenant, c’est possible que Justin Trudeau ait des regrets. Il pensait que c’était beaucoup plus facile que ce que c’est maintenant.

Justin Trudeau, à Halifax, le 15 septembre 2021.

Justin Trudeau, à Halifax, le 15 septembre 2021

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Selon Yvon Grenier, politologue et professeur de sciences politiques à l’Université St. Francis Xavier, il n’est pas coulé dans le béton que les libéraux garderont tous leurs acquis dans les provinces de l’Atlantique.

Selon lui, les sièges les plus vacillants semblent davantage être occupés en ce moment par des libéraux.

Sans trop me risquer, je pense qu’on peut dire que ce qui est plus probable aujourd’hui - car les choses peuvent changer dans les prochains jours - c’est que les libéraux perdraient peut-être quelques sièges, mais conserveraient quand même une majorité parce que c’est la région où ils sont, après tout, les plus populaires au pays, dit-il.

Les enjeux de la campagne

En plus de l’économie canadienne et du dossier des garderies, Amanda Bittner avance que la pandémie aura joué un rôle crucial dans cette élection. Je crois que la COVID-19, c’est l’enjeu de cette élection. Comment les chefs et le gouvernement ont géré nos soins de santé, je crois que cela, c’est l’enjeu, affirme-t-elle.

Pour Stéphanie Chouinard, la crise du logement est aussi un enjeu électoral important dans la région.

Durant la COVID-19, il y a plusieurs des enjeux qui, habituellement, sont des enjeux des grandes villes - comme Toronto Montréal Vancouver - et qui se sont transposés vers le Canada Atlantique, souligne-t-elle.

De plus, la crise des pêches en Nouvelle-Écosse est une situation qui a fait des vagues. Cet enjeu très régional a eu un impact dans les derniers mois, confirme Stéphanie Chouinard.

La ministre des Pêches, Bernadette Jordan, également députée de South Shore—St. Margarets, est possiblement en voie d’être délogée. Tout n’est pas gagné d’avance pour elle, affirme Stéphanie Chouinard.

Deux policiers devant des dizaines de manifestants.

Des agents de la GRC sur le quai de Saulnierville, en Nouvelle-Écosse, devant des partisans de la pêche de subsistance des Mi'kmaw le 20 septembre 2020.

Photo : CBC/Jeorge Sadi

Yvon Grenier ajoute d'ailleurs avoir trouvé étonnant que cette crise des pêches, un domaine de compétence fédérale, ait été peu abordée lors des débats de campagne.

C’est très très important, et il suffirait de très peu de choses pour forcer les chefs à se prononcer là-dessus et à dire d’autres choses que des clichés [...] qu’est ce qu’on doit faire exactement pour le conflit ? dit-il. C’est vraiment un thème de la région qui a passé sous le tapis depuis le début de la campagne jusqu’à maintenant.

Le vote francophone

Il y a eu bien des critiques à la suite du débat en français du 9 septembre, où l’enjeu des langues officielles a été pratiquement ignoré. Mercredi soir, un second débat sur les enjeux francophones avec des représentants de la Chambre des communes a eu lieu.

Alain Rayes, René Villemure, Mélanie Joly, Luc Joli-Coeur et François Choquette

Des représentants des cinq principaux partis lors du débat sur les enjeux francophones le 15 septembre

Photo : Radio-Canada / Raphaël Tremblay

Je déplore que l’enjeu des langues officielles était, à toute fin pratique, absent des débats du consortium parce que lorsque l’on parle de langues officielles, j’aimerais qu’on arrête de seulement parler aux minorités de langues officielles. C’est un enjeu qui devrait toucher tous les Canadiens et auquel tous les Canadiens devraient aussi être sensibilisés, déclare Stéphanie Chouinard.

Il y a des enjeux très réels et très contemporains qui se présentent en matière de langues officielles. Il n’y a pas seulement la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

Une citation de :Stéphanie Chouinard, politologue

Stéphanie Chouinard précise que les quotas en matière d’immigration francophones n’ont jamais été atteints depuis 2003. Elle ajoute que l’économie et la culture francophone ont des impacts sur les communautés.

De plus, il existe une crise réelle dans le secteur postsecondaire francophone, il y a des institutions qui ont faim actuellement. Je pense à l’Université de Moncton, et à l’Université Sainte-Anne, dit-elle.

Les derniers jours de campagne

Il ne reste que très peu de temps aux chefs pour convaincre les électeurs du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve-et-Labrador.

Selon Yvon Grenier, la question de l’urne de cette élection c’était si les Canadiens désirent ou non que Justin Trudeau demeure premier ministre du pays. C’est comme un référendum finalement sur lui, au pays, dit-il. Je crois que les derniers jours [de la campagne] ça va vraiment être sur les chefs. […] Toutes les règles du jeu, les combats et les compétitions locales, je crois que les cartes sont jouées déjà.

Les politologues Stéphanie Chouinard, Amanda Bittner et Yvon Grenier.

De gauche à droite : les politologues Stéphanie Chouinard, Amanda Bittner et Yvon Grenier

Photo : Radio-Canada

Je pense que c’est difficile à prédire, ce qui va se passer maintenant, dit pour sa part Amanda Bittner. Je crois aussi qu’il y a beaucoup de citoyens qui ont déjà voté.

Pour ce qui est d’un gouvernement majoritaire pour Justin Trudeau, Stéphanie Chouinard croit que les libéraux ont toujours une chance. C’était de moins en moins une possibilité à la mi-campagne et là ça redevient de plus en plus une possibilité. Mais rien n’est gagné pour les libéraux.

Je pense qu’un gouvernement majoritaire n’est pas dans les cartes, dit pour sa part Amanda Bittner.

Pour Yvon Grenier, l’impact que pourraient avoir les votes pour le chef du PPC, Maxime Bernier, sera intéressant à suivre.

Maxime Bernier salue les partisans réunis devant les locaux de CBC.

Le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, a tenu un discours lors d'un rassemblement partisan organisé devant les bureaux de CBC à Toronto.

Photo : CBC / Evan Mitsui

Est-ce que ça va affecter négativement le Parti conservateur? Ou ça va l’affecter positivement parce que ça permet au Parti conservateur de renouveler son image de progressiste-conservateur, une fois qu’ils se seront débarrassés de la frange, disons, un peu plus problématique du Parti? se demande Yvon Grenier.

Cela dit, avec des luttes aussi chaudes, il faudra probablement attendre tard au courant de la soirée électorale du 20 septembre avant de savoir qui formera le prochain gouvernement et s'il sera minoritaire ou non.

Avec les informations de Marie-Hélène Lange

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !