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Une association ouïgoure appelle Ottawa à faire déplacer les JO de Pékin de 2022

Elle rappelle le sort d'un Canadien qui est détenu en Chine depuis 15 ans pour sédition, au Xinjiang.

La photo d'un homme.

Huseyin Celil a obtenu la citoyenneté canadienne en 2005, un an avant d'être arrêté en Ouzbékistan, où il visitait ses beaux-parents.

Photo : La Presse canadienne / Canadian Press/archive/handout photo

Le groupe canadien Uyghur Right Advocacy Project affirme que la diplomatie n'a pas fonctionné et qu'il faut sévir contre le régime de Pékin pour ses atteintes aux droits de la personne contre la minorité ouïgoure en Chine.

L'association demande à Ottawa de faire pression sur le Comité international olympique pour faire en sorte que les Jeux d'hiver de 2022 soient déplacés dans un autre pays ou d'entreprendre toute action semblable pour mettre fin à la répression contre le peuple ouïgour en Chine.

Le groupe, qui se dit en outre sans nouvelles d'Huseyin Celil depuis sept ans, craint que le Canadien n'ait été envoyé dans un camp d'internement dans le Xinjiang, une province turcophone musulmane dont les Ouïgours réclament l'indépendance, dans le nord-ouest de la Chine.

Des feux d'artifice surplombent un stade rempli et illuminé.

La cérémonie d'ouverture lors des Jeux olympiques de Pékin en 2008

Photo : The Canadian Press / Paul Chiasson

Nous ne sommes pas contre les Jeux olympiques comme tels ou contre les athlètes, qui ont déployé beaucoup d'efforts pour y participer, explique son coordonnateur Kayum Masimov qui préfère un déménagement des Jeux plutôt qu'un boycottage total.

Il est inconcevable d'imaginer des athlètes en train de gagner des médailles d'or alors qu'un génocide est perpétré au même moment dans le pays.

Une citation de :Kayum Masimov, du groupe Uyghur Right Advocacy Project

Il n'empêche, l'appel est sans équivoque. M. Masimov parle d'un dilemme moral pour les athlètes canadiens pour qu'ils comprennent ce qui se passe en Chine contre la minorité ouïgoure avant de partir dans cinq mois pour Pékin.

Des policiers montent la garde devant l'ambassade du Canada à Pékin.

L'ambassade du Canada à Pékin

Photo : Reuters / Thomas Peter

La diplomatie a fait son temps, selon lui, et il faut maintenant envoyer un message clair et fort à la Chine. Les expressions de sympathies à l'égard de notre minorité au Turkestan oriental ne suffisent plus, dit-il en rappelant le sort de l'Ontarien Huseyin Celil.

Disparition d'un imam ouïgour

Huseyin Celil a été arrêté en 2006 lors d'un voyage en Ouzbékistan, d'où sa femme est originaire. Pékin l'accuse d'avoir perpétré un attentat en 2002 contre une délégation chinoise au Kirghizistan voisin.

Tachkent l'a ensuite extradé vers la Chine, où le Canadien a été condamné à mort pour sédition dans le Xinjiang. La peine capitale a ensuite été commuée en réclusion à perpétuité avant les Jeux olympiques de Pékin, en 2008.

Une femme portant le hidjab.

Kamila Teledibayeva est l'épouse d'Huseyin Celil, dont elle est sans nouvelle depuis 2014.

Photo : La Presse canadienne / Fred Chartrand

La Chine ne reconnaît pas la citoyenneté canadienne de l'imam de 58 ans de Burlington, en Ontario.

L'épouse d'Huseyin Celil, Kamila Teledibayeva, qui vit à Hamilton avec ses cinq enfants, a toujours dit que son mari était innocent et que Pékin n'a aucune preuve contre lui.

On ne sait pas s'il est encore en vie, il n'a plus droit à des services consulaires, sa femme et ses enfants ne savent plus rien à son sujet, c'est une torture quotidienne pour la famille, c'est très malheureux, explique M. Masimov.

Une clôture de périmètre est construite autour de ce qui est officiellement connu comme un centre de formation professionnelle à Dabancheng, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, en Chine.

Une clôture autour d'un édifice à Dabancheng, au Xinjiang, et que la Chine appelle officiellement un centre de formation professionnelle.

Photo : Reuters / Thomas Peter

La situation de M. Celil est d'autant plus inquiétante, selon lui, que l'existence des camps de concentration dans l'ouest de la Chine a été mise au jour. On y fait travailler des prisonniers ouïgours, dans le textile notamment.

Kayum Masimov, qui est né en URSS d'un père ouïgour chinois, décrit la Chine comme un régime répressif, féroce, athée, nationaliste, xénophobe.

Une diplomatie décriée

Le groupe Uyghur Right Advocacy Project accuse le Canada d'hypocrisie et d'avoir une politique de deux poids deux mesures lorsqu'il veille aux droits de la personne dans le monde selon le pays auquel il s'adresse, parce qu'il préfère baisser les yeux sur le sort des Ouïgours pour privilégier ses relations commerciales avec Pékin.

Or, les intérêts commerciaux du Canada ne devraient pas éclipser, selon M. Masimov, la question des droits de la personne et des minorités ethniques et religieuses en Chine.

Un gardien de sécurité est posté devant un magasin H&M en Chine.

Le groupe Uyghur Right Advocacy Project soutient que les prisonniers ouïgours assemblent des vêtements pour de grandes chaînes occidentales comme H&M ou Zara.

Photo : Reuters / FLORENCE LO

Il ajoute à ce sujet que le Canada, contrairement aux États-Unis, continue à laisser entrer dans ses ports des milliers de conteneurs de vêtements ou de produits manufacturés dans des camps de concentration en Chine. Ce sont des biens fabriqués par des esclaves ouïgours, souligne-t-il.

Alex Neve, ex-secrétaire général d'Amnistie internationale au Canada, confirme que les pays occidentaux sont très réticents à l'idée de poser des questions à la Chine au sujet des droits de la personne pour des raisons commerciales et financières.

L'Occident a peur des représailles que la Chine pourrait adopter à son endroit s'il devait adopter des mesures punitives contre elle au sujet des droits de la personne dans ce pays, poursuit-il.

Une motion sur le génocide

M. Masimov ajoute que le Canada a pourtant été un champion dans la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud, dans les années 1980, et il demande à Ottawa de faire preuve du même engagement aujourd'hui.

Le Canada est à l'heure actuelle absent de la scène internationale, surtout en matière des droits de l'homme, et c'est pour cela que nous devons mettre plus de pression sur le gouvernement pour qu'il agisse dans ce dossier, poursuit-il.

M. Trudeau prend la parole à la Chambre des communes.

Le premier ministre Justin Trudeau s'adresse aux députés à la Chambre des communes en novembre 2020.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Il rappelle que le premier ministre sortant, Justin Trudeau, et ses ministres se sont abstenus de voter en février à la Chambre des communes en faveur d'une motion, qui appelait le Comité international olympique à déplacer les Jeux d'hiver de 2022 ailleurs qu'en Chine.

Le texte mentionnait en outre que les atrocités commises contre la minorité ouïgoure constituaient bien un génocide. Un terme qui devrait être utilisé avec prudence selon M. Trudeau, parce qu'il est trop chargé de sens.

Des camps d’internement où des citoyens ordinaires sont privés de leur liberté et reprogrammés pour éliminer toute trace de leur ethnicité.

Des prisonniers ouïgours dans un camp de travail en Chine.

Photo : Compte WeChat de l'Administration judiciaire du Xinjiang

M. Masimov promet néanmoins de sensibiliser les Canadiens au sort de son peuple, parce que le silence et l'inaction ne sont pas des options.

Si la diaspora, le public et le gouvernement canadien restent silencieux, on sera aussi coupables que le régime communiste chinois, qui perpètre ce génocide.

Une citation de :Kayum Masimov

On ne peut avoir des athlètes qui participent aux compétitions comme si rien ne se passait en Chine, renchérit Alex Neve, qui dit regretter le silence du Canada et du Comité international olympique.

Nous avons le même débat que celui que nous avons eu avant les JO de 2008 et pourtant la situation des droits de la personne en Chine est pire aujourd'hui qu'elle ne l'était à l'époque.

Une citation de :Alex Neve, ancien secrétaire général d'Amnistie internationale au Canada

M. Neve qualifie en outre l'attitude d'Ottawa de honteuse dans cette affaire, parce que cela fait 15 ans que Huseyin Celil est en prison.

Alex Neve, secrétaire général d'Amnistie internationale Canada.

Alex Neve, ancien secrétaire général d'Amnistie internationale Canada

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Il a eu droit à une parodie de justice en guise de procès et il a été condamné pour le simple fait d'avoir défendu les droits de son peuple, dit-il.

M. Neve ajoute que sa disparition est préoccupante et que son cas devrait être l'une des priorités du Canada dans l'approche qu'Ottawa compte adopter en prévision des prochains Jeux olympiques.

Canadiens détenus en Chine

M. Masimov cite par ailleurs le cas de trois Canadiens, Robert Schellenberg, Michael Spavor et Michael Kovrig, qui font les frais, selon lui, de la même politique diplomatique du Canada à l'endroit de la Chine.

Il affirme que le gouvernement canadien doit déployer tous ses efforts pour faire libérer ses quatre ressortissants en utilisant les JO de 2022 comme monnaie d'échange.

Robert Schellenberg a été appréhendé en 2014 en Chine pour trafic de drogue avant d'être condamné à 15 ans de prison en 2018. Son châtiment avait été aggravé en peine capitale l'année suivante. Son appel a été rejeté le mois dernier.

Michael Kovrig et Michael Spavor.

Les Canadiens Michael Kovrig (à gauche) et Michael Spavor (à droite)

Photo : La Presse canadienne/Twitter

Michael Spavor et Michael Kovrig ont pour leur part été arrêtés et emprisonnés en Chine en décembre 2018. Un geste qu'Ottawa qualifie de représailles de Pékin pour l'arrestation, quelques jours plus tôt à Vancouver, de Meng Wanzhou, la directrice financière du géant chinois des télécoms Huawei.

Alex Neve soutient que les gouvernements canadiens qui se sont succédé à Ottawa depuis l'arrestation de M. Celil n'ont pas fait preuve de leadership et que la famille Celil a de bonnes raisons d'être déçue de l'inaction d'Ottawa. Deux premiers ministres et 10 ministres des Affaires étrangères n'ont pas réussi à le faire rentrer au pays, dit-il.

L'ancien premier ministre Stephen Harper en discussion avec les autorités chinoises à Pékin.

L'ancien premier ministre Stephen Harper avait abordé la question de M. Celil lors de sa visite en Chine en novembre 2015.

Photo : Radio-Canada / CBC

Il rappelle que le Canada compte au total huit ressortissants emprisonnés en Chine. Ils sont plus nombreux qu'on le pense et il est inadmissible que le Canada puisse envoyer une délégation à Pékin en février sans s'assurer qu'ils sont encore en vie ou que leurs droits sont respectés, explique-t-il.

Réactions et autres positions

L'Association canadienne du Turkestan Oriental et le Congrès mondial ouïgour ont une position plus tranchée, puisque les deux groupes appellent au boycottage pur et simple des Jeux olympiques de 2022. L'Association ne nous a toutefois pas rappelés pour cet article.

Le Congrès mondial ouïgour a pour sa part déjà demandé dans le passé à Ottawa de faire pression sur la Chine pour qu'elle respecte les droits de ses minorités ethniques et religieuses.

La Grande Muraille de Chine illuminée pour souligner l'obtention des Jeux olympiques de 2022.

La Grande Muraille de Chine illuminée pour souligner l'obtention des Jeux olympiques de 2022.

Photo : Getty Images / Lintao Zhang

Dans un communiqué, le Comité olympique canadien écrit que le boycottage n'est pas une solution et qu'Équipe Canada s'apprête à envoyer des athlètes comme convenu aux jeux d'hiver. Les boycottages n'ont aucun effet et ne font que pénaliser en fin de compte les athlètes, peut-on y lire.

Affaires mondiales a transmis nos questions à Patrimoine canadien [le sport relève de ses compétences, NDLR], qui n'a toutefois pu y répondre avant la publication de cet article.

David Shoemaker, photographié en 2015, à l'époque où il était à la tête des bureaux de la NBA en Chine.

Le secrétaire général du Comité olympique canadien, David Shoemaker, à l'époque où il dirigeait les bureaux de la NBA en Chine, en 2015

Photo : vcg via getty images / VCG

Selon M. Neve, un boycottage est improbable à cinq mois de la cérémonie d'ouverture. Il affirme de toute façon que le CIO juge inapproprié de soulever des inquiétudes au sujet des droits de la personne, parce que ça ne fait que politiser un événement sportif d'envergure.

C'est malheureux, parce que les injustices, les privations, ce genre de violations des droits de la personne, ça relève pertinemment de la charte olympique et de ce que l'esprit olympique devrait être.

Une citation de :Alex Neve

Des mesures pourraient néanmoins être prises, selon lui, pour assombrir l'organisation des JO en Chine, comme au moment de l'entrée des athlètes occidentaux dans le stade sans leurs drapeaux respectifs par exemple.

La Chine est très soucieuse de son image dans le monde et elle verrait d'un mauvais œil que des mesures, même symboliques, soient prises durant les jeux pour lui rappeler ses devoirs en matière des droits de la personne, précise M. Neve.

Kayum Masimov doute pour sa part que la Chine durcisse davantage la répression contre les Ouïgours si le Canada ou l'Occident devait la contrarier au sujet de la tenue des JO. On a déjà franchi le Rubicon, le pire s'est déjà produit, alors on ne peut plus rester silencieux face à ce drame, conclut-il.

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