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Comment retenir tous les nouveaux résidents venus en Atlantique pendant la pandémie?

Vue aérienne de la rivière Restigouche, du pont J. C. Van Horne et de Campbellton en automne.

L'immigration interprovinciale est en augmentation en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick. Cependant, les taux d'immigration internationale n'ont pas encore retrouvé leurs niveaux d'avant la pandémie, contrairement à d'autres provinces.

Photo : Getty Images / edb3_16

Nicolas Steinbach

De Toronto à Montréal, plusieurs familles ont choisi de déménager dans les provinces atlantiques pour la qualité de vie, le marché immobilier plus abordable et la gestion de la pandémie avec un taux d’infection moins élevé qu’ailleurs. Certaines déchantent aujourd'hui face à des prestations de soins de santé inadéquates ou même inaccessibles, une crise du logement sans précédent et un coût de la vie plus élevé qu'anticipé.

La pandémie. Ça fait un bout qu'on cherchait à revenir en Nouvelle-Écosse, explique Stéphanie Maillet, mère de deux jeunes enfants de sept et trois ans.

Stéphanie Maillet et sa famille.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Stéphanie Maillet et sa famille.

Photo : Stéphanie Maillet

Sa famille a décidé de poser ses valises à Mavillette dans la Baie Sainte-Marie en avril. Ils ont quitté Ottawa en pleine pandémie, entre autres pour leur fils qui a subi une transplantation du foie et dont le système immunitaire est affaibli en raison des médicaments antirejet qu'il doit prendre.

En cinq ans, le solde migratoire interprovincial a augmenté de 400 % en Nouvelle-Écosse et de 200 % au Nouveau-Brunswick.

Source : Statistique Canada

Il y avait beaucoup moins de cas en Nouvelle-Écosse, dans les Maritimes, qu'il y en avait à Ottawa, ça offrait l'opportunité de remettre mon fils à l'école, dit Stéphanie Maillet.

Mais les médecins se font rares dans la région, et les hôpitaux sont à plusieurs heures de route.

Ça fait à peu près six mois qu'on est sur une liste d'attente pour recevoir un médecin de famille, et puis il n’y a personne qui nous a rappelés encore, on nous dit que les médecins s'en vont à la retraite, soit que les jeunes médecins ils viennent, mais repartent tout de suite.

La docteure Robyn MacQuarrie pose devant des arbres.

La docteure Robyn MacQuarrie est gynécologue à Bridgewater, Nouvelle-Écosse.

Photo : Radio-Canada / CBC/Nic Meloney

Il y a aujourd’hui près de 75 000 patients sans médecin de famille en Nouvelle-Écosse, fait valoir la Dre Robyn MacQuarrie, obstétricienne-gynécologue et présidente sortante de l'Association des médecins de la Nouvelle-Écosse.

Un nombre record de patients orphelins en raison, entre autres, des nouveaux arrivants qui viennent gonfler les listes d'attente, a indiqué récemment le ministre de la Santé de la province.

Les personnes qui travaillent dans le milieu de la santé, on est tous très fatigués, fait valoir la Dre MacQuarrie.

Le mirage de l’Est

Même son de cloche dans la province voisine. Selon certaines estimations, le nombre de patients orphelins au Nouveau-Brunswick serait de 70 000, peut-on lire dans le plus récent rapport de la Société médicale.

Au cours de la dernière année ou deux, j'ai vu une forte augmentation des patients qui se présentent à l'urgence qui viennent de l'étranger, dit le Dr Serge Melanson, urgentologue à l’Hôpital de Moncton depuis 18 ans.

Serge Melanson.

Serge Melanson, urgentologue à l'Hôpital de Moncton et ancien président de la Société médicale du Nouveau-Brunswick

Photo : Radio-Canada / Sophie Desautels

Il a vu la situation se détériorer dans la province en raison de la pénurie de main-d'œuvre, exacerbée par la pandémie, selon lui.

On est rendu dans une situation très difficile.

Une citation de :Serge Melanson, urgentologue, Hôpital de Moncton

Au cours des derniers mois, les urgences et différentes unités, comme l’obstétrique, ont été contraintes de fermer temporairement leurs portes au Nouveau-Brunswick dans près de la moitié des hôpitaux francophones de la province, principalement en région rurale. D'ailleurs, les ambulances sont souvent détournées à l'Hôpital de Moncton pour prendre le relais.

C'est des choses [auxquelles] les gens ne s'attendaient pas en venant ici. Ils s'attendaient à avoir la belle vie au Nouveau-Brunswick, à des emplois intéressants, un immobilier raisonnable, mais avec de grands problèmes avec les soins de santé, alors c'est un choc pour ces gens-là. Et ça va être de plus en plus difficile à les recruter, de les faire venir ici, si on n'est pas capable de leur fournir les soins de base, fait valoir le Dr Serge Melanson.

L’Atlantique a besoin de tous les nouveaux arrivants

Et pourtant, la région a besoin, peut-être plus que toute autre, de ces nouveaux arrivants, qu'ils viennent d'une autre province canadienne ou d'ailleurs dans le monde, si elle veut prospérer.

Notre société est beaucoup plus âgée, beaucoup plus vieillissante. J'ajouterais là-dessus qu'il y a eu un plus grand baby-boom au Nouveau-Brunswick francophone qui est aujourd'hui bien davantage âgé, bien davantage vieillissant, donc va nécessiter davantage de soins aux personnes âgées et d'immigrants, indique l’économiste Richard Saillant.

Le Nouveau-Brunswick a besoin de 10 000 immigrants internationaux par an, selon le Conseil multiculturel. La province était à un plus de la moitié du compte avant la pandémie.

Richard Saillant.

« Par le passé, au Nouveau-Brunswick, notre défi était de créer des emplois pour une main-d'œuvre abondante. Depuis que les baby-boomers ont commencé à prendre leur retraite, c'est maintenant de trouver des gens pour occuper les postes qui sont disponibles. » - Richard Saillant

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Richard Saillant estime, de son côté, qu’il faut investir bien davantage dans ce qu’il appelle l’infrastructure sociale si on veut arriver à renverser la tendance démographique à la baisse et garder les immigrants, qu'ils soient canadiens ou internationaux.

Première priorité, c'est le logement, qu'il soit abordable et disponible. Deuxième priorité, ça va être le transport, particulièrement en milieu rural. Une troisième priorité, c'est toute l'infrastructure d'accueil, dit-il.

Enfin, l'ancien président de la société médicale du Nouveau-Brunswick exhorte, quant à lui, les partis fédéraux à régler une fois pour la hausse des transferts en santé et que l'on prenne en considération l'état de santé et l'âge de la population dans le calcul.

Sans une augmentation des transferts fédéraux ici dans la province ça va se dégrader de plus en plus, indique Serge Melanson.

Stéphanie Maillet demande maintenant au prochain parti qui formera le gouvernement d'appuyer des programmes et des politiques de rétention des nouveaux arrivants, surtout dans les provinces les plus pauvres comme celles de l'Atlantique.

Stéphanie Maillet demande maintenant au prochain parti qui formera le gouvernement d'appuyer des programmes et des politiques de rétention des nouveaux arrivants, surtout dans les provinces les plus pauvres comme celles de l'Atlantique.

Photo : Radio-Canada

Supportez les provinces, il y a beaucoup de ces services-là qui sont offerts par les provinces, donc ce serait de supporter les provinces avec cet influx de gens là qui reviennent dans nos provinces, surtout les plus pauvres comme celles de l'Atlantique, soutient Stéphanie Maillet.

La famille Maillet a décidé de revenir en Nouvelle-Écosse pour la qualité de vie, loin des grands centres urbains où les prix de l'immobilier ont explosé, par exemple dans la région d'Halifax, depuis le début de la crise sanitaire. Mais pas à n'importe quel prix.

Si on est incapable de se trouver un médecin ici et que la situation avec mon fils empire, il faudra aller ailleurs afin de [trouver] un médecin de famille, indique Stéphanie Maillet.

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