•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Élections fédérales : quels rôles pour les petits partis?

Un bureau de vote.

Certains petits partis réclament plus de visibilité.

Photo : Michael Wilson/CBC

Depuis le début de la campagne électorale, il est peu souvent question des formations politiques modestes, celles qui n’ont pas toujours des candidats partout au pays et qui ne formeront probablement pas le prochain gouvernement.

Des formations qui ont peu de chance de remporter le moindre siège, de l’avis de Peter Graefe, professeur de sciences politiques à l’Université McMaster.

Sans doute certains [Canadiens] vont dire, on sait qu’il y a un Parti communiste ou un Parti marxiste-léniniste parce que ce sont des partis qui sont là depuis longtemps, explique-t-il.

Mais je ne pense pas qu’ils rentrent dans l’esprit des gens autrement que lorsqu’ils sont devant le bulletin de vote où ils trouvent le nom d’un candidat lié à ce parti-là.

Une citation de :Peter Graefe, professeur de sciences politiques.

Ce sont en tout 22 partis politiques qui se sont enregistrés pour les élections fédérales, selon le site Internet d’Élections Canada, soit 16 partis en plus des libéraux, des conservateurs, du Bloc québécois, du NPD, du Parti vert et du Parti populaire.

La liste des partis enregistrés comprend des formations au nom aussi révélateur que le Parti pour la protection des animaux du Canada, le Parti de la coalition des anciens combattants du Canada, le Parti marijuana ou encore le Parti pour l’indépendance du Québec.

Il y en a dont les noms sont un peu moins parlants. C’est le cas notamment de l’Alliance nationale des citoyens du Canada, du Parti libre Canada ou du Quatrième front du Canada.

D’autres encore ont volontairement pris le parti de l'autodérision. C’est le cas notamment du Parti rhinocéros, qui s’engage à offrir des mensonges plus drôles et d’une qualité supérieure à ceux des autres partis.

Nos mensonges surpassent tous les standards de ridicule du parlement, peut-on lire sur le site Internet du parti.

Écrasés par les grands partis

Bien que modestes, certains partis ne se lancent pas pour autant dans la course avec le même amusement que le Parti rhinocéros.

Laura Chesnik, candidate pour le Parti marxiste-léniniste dans Windsor–Tecumseh, prend très au sérieux sa candidature, même si elle considère que le système électoral actuel favorise les grosses machines politiques et interdit de facto l’expression d’idées moins dominantes.

Laura Chesnik à l'extérieur.

Laura Chesnik souhaite la mise en place d'un système électoral qui offrira la même visibilité à toutes les plateformes.

Photo : Katerina Georgieva/CBC

On a des partis, plusieurs partis, mais on a certains partis qui disent par des médias, par des sondages qu’ils existent et les autres ne sont pas très importants, ne sont pas admissibles, ne sont pas là dans le même jeu et je pense que c’est un problème, explique-t-elle.

Pourquoi est-ce qu’on a peur des idées de tout le monde? Pourquoi est-ce qu’on n’est pas en train d’avoir la discussion politique avec tout le monde.

Une citation de :Laura Chesnik, candidate du Parti marxiste-léniniste.

Mme Chesnik reproche aux médias de ne pas offrir le même espace à tous les partis politiques enregistrés pour les élections.

Elle souhaite par ailleurs que les règles du jeu soient modifiées afin que le système électoral – et non plus les partis politiques – bénéficie du financement électoral dont il se servira pour présenter de manière équitable toutes les offres politiques disponibles.

Pourquoi se présenter?

Pour Peter Graefe, nombre de partis ne peuvent objectivement pas espérer obtenir le moindre siège durant ces élections. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas le sens de leur démarche, pense-t-il.

Il évoque quelques raisons qui peuvent amener une personne à être candidate alors qu’il sait qu’elle n’a aucune chance d’être élue. Toutes ces raisons sont liées à la caisse de résonance que représente une campagne électorale.

On est invité à faire des débats. De temps à autre, on peut faire une émission radio, il y a une certaine capacité à être présent sur la place publique, indique-t-il.

Et donc pour certains intérêts sociaux ou groupes sociaux, c’est utile en tant que moment éducatif. On peut avoir l’attention des gens.

Une citation de :Peter Graefe, professeur de sciences politiques.

M. Graefe mentionne l’exemple notable du Parti populaire des putes qui avait été lancé dans le but d’instruire les gens sur le vécu des travailleuses et travailleurs du sexe.

Il évoque également le fait que certaines petites candidatures essaient de faire bouger les grands partis. Il mentionne à ce sujet le Parti marijuana et le Bloc pot au Québec.

Je ne pense pas qu’ils avaient pour idée de faire élire des candidats, mais ils savaient que s’ils pouvaient fédérer 3 %, 4 %, 5 % du vote autour d’eux, ça pousserait les autres partis à changer leur politique pour essayer d’aller chercher ce vote-là, précise-t-il.

Peter Graefe en entrevue à l'extérieur.

Peter Graefe pense que certaines candidatures peuvent être motivées par des intentions douteuses.

Photo : Radio-Canada

Quand une élection est serrée, comme c’est le cas en ce moment, tous les points sont bons à prendre et les petits partis peuvent être plus importants encore que d’habitude, selon Peter Graefe.

Évidemment, au niveau national, on le voit dans cette élection, la différence de 2 % ou 3 % au niveau national peut être la différence entre un gouvernement minoritaire et majoritaire, entre minoritaire conservateur et minoritaire libéral, souligne-t-il.

Quel potentiel de croissance?

Peter Graefe pense toutefois que toutes les candidatures ne sont pas toujours portées par des motivations éthiques.

Pour certains ce sont des projets de vanité, des projets égoïstes. Il y a des gens qui pensent qu’ils ont de très bonnes idées et donc ils lancent un parti politique et essaient de chercher un nombre de gens pour être des candidats, explique-t-il.

Si on est un parti politique, on a droit à la liste des électeurs qui peut être utilisée sans doute pour plusieurs raisons. Certains pensent pour des raisons un peu néfastes et ayant l’adresse personnelle des gens.

Une citation de :Peter Graefe, professeur de sciences politiques.

Pour ce qui a trait à des raisons néfastes, M. Graefe évoque le Parti nationaliste canadien et le fait que le réseau canadien anti-haine se questionne sur les véritables motivations de cette formation politique, dont le leader a d’ailleurs été formellement accusé d’incitation volontaire à la haine.

S'agissant de la capacité ou non de partis plus modestes à faire élire des députés, M. Graefe fait remarquer que certains partis parmi les plus connus actuellement n’ont pas toujours été de grosses machines politiques.

C’est le cas du Parti vert notamment, indique-t-il.

Il y a 25 ans, c’était un petit parti pas très différent des marxistes-léninistes et du Parti communiste dans sa capacité à aller chercher des votes. Il y a de petits partis qui sont devenus de grands partis. On peut remonter dans le temps pour voir certains grands partis actuels, surtout le NPD, le Parti vert, qui ont commencé avec cet aspect très groupusculaire, ajoute-t-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !