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Pourquoi voit-on des infections parmi les personnes adéquatement vaccinées?

Une femme qui se soumet à un test de dépistage de la COVID-19.

Les gens qui ont des symptômes légers de COVID-19 et qui sont déjà vaccinés devraient tout de même subir un test de dépistage s'ils pensent avoir contracté la COVID-19.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Il peut être inquiétant, à première vue, de voir le nombre d’infections augmenter chez les personnes adéquatement vaccinées. Mais cette augmentation n’est pas inattendue et n’indique pas que les vaccins ne fonctionnent pas, rappellent les experts.

Entre le début de la campagne de vaccination et la fin du mois d'août (706 510 infections analysées), Santé Canada indique que 14 255 personnes qui ont reçu deux doses du vaccin (2 %) ont été infectées; 653 ont été hospitalisées (1,7 %) et 200 (2,5 %) sont décédées. Par contre, le nombre d'infections chez les personnes non immunisées est 43 fois plus élevé.

Même si l’on compte quelques milliers de personnes vaccinées infectées, le Dr André Veillette, immunologiste à l'Institut de recherches cliniques de Montréal, dit qu'il ne faut pas s'en inquiéter pour autant et explique qu’il faut plutôt comparer la proportion de Canadiens vaccinés qui sont infectés à ceux qui ne sont pas vaccinés pour avoir un portrait juste des risques.

Depuis la mi-juillet, les taux d’incidence et d’hospitalisation sont en hausse partout au pays. Si le taux augmente aussi chez les personnes vaccinées, il augmente beaucoup plus rapidement chez ceux qui ne sont pas immunisés.

Actuellement au Canada, environ 15 infections sur 100 000 personnes sont parmi les personnes entièrement vaccinées, comparativement à environ 175 pour 100 000 personnes pour les personnes non vaccinées, soit environ 12 fois plus élevé. Quant au taux d'hospitalisation, il est de moins de 2 pour 100 000 personnes pour les personnes entièrement vaccinées et de 16 pour les personnes non vaccinées.

Graphique montrant que le taux d'infection et d'hospitalisation augmente peu importe le statut vaccinal, mais considérablement plus pour les personnes non immunisées.

Taux hebdomadaires nationaux d’incidence de la COVID-19 et d’hospitalisation pour la COVID-19 normalisés selon l’âge selon l’état vaccinal, en date du 7 septembre 2021

Photo : Santé Canada

Est-ce normal de voir des milliers de personnes immunisées qui sont par la suite infectées? Oui, dit le Dr Veillette, qui rappelle qu’il y a désormais plus de Canadiens qui sont vaccinés que ceux qui ne le sont pas.

Ainsi, même si seulement un faible pourcentage des personnes vaccinées sont infectées après leurs deux doses, leur nombre absolu sera aussi élevé que si presque toutes les personnes non vaccinées sont infectées.

L'épidémiologiste de l'Université d'Ottawa Raywat Deonandan a expliqué ce paradoxe dans une entrevue à CBC en comparant la situation à l’obligation de porter la ceinture de sécurité. Si 100 % des gens portent une ceinture de sécurité en voiture, le nombre de décès lors d’accidents va diminuer, mais parmi ces décès, 100 % des personnes portaient leur ceinture… Ça ne veut pas dire que les ceintures ne fonctionnent pas.

Le nombre total de personnes vaccinées qui seront infectées dépendra beaucoup des mesures mises en place par les autorités au cours des prochaines semaines et des prochains mois, disent les experts. Plus il y aura de transmission communautaire, plus le risque augmentera pour tous les Canadiens.

M. Deonandan utilise une autre métaphore pour expliquer : C’est comme porter des bottes de pluie dans un endroit inondé. Les bottes vous protègent de l’eau jusqu’à une certaine hauteur. Les vaccins sont comme les bottes, ils vous empêchent d’être "mouillés" par le virus. Mais lorsque le niveau de l’eau augmente trop, vos pieds se mouillent. C’est pour cela qu’il est important de contrôler la quantité de virus qui circulent.

Aucun vaccin n’est efficace à 100 %

D’abord, si les vaccins contre la COVID-19 sont phénoménaux pour réduire les risques de maladie grave, le Dr Veillette rappelle qu’aucun vaccin n'offre une protection parfaite. Surtout avec le variant Delta, qui augmente le risque d'infection pour tout le monde – un peu si vous êtes vacciné et beaucoup plus si vous ne l'êtes pas.

Le but du vaccin n’est pas d’éliminer complètement le virus, mais de réduire les risques de maladies sévères, d’hospitalisations et de décès, précise-t-il. Et pour ça, le vaccin est très efficace.

Par exemple, parmi plus de 700 000 infections analysées par Statistique Canada depuis le début de la campagne de vaccination, seulement 0,09 % des personnes entièrement vaccinées ont été hospitalisées, contrairement à 4,5 % des personnes qui n'ont reçu aucune dose. Sur les quelque 8000 décès, seulement 200 étaient des personnes entièrement vaccinées.

Selon une étude du Royaume-Uni, il semble que le vaccin diminue de 50 % les risques de développer le syndrome post-COVID.

Les études suggèrent que les individus vaccinés se débarrassent du virus plus rapidement que ceux qui ne sont pas vaccinés. Par contre, les personnes vaccinées ont une charge virale aussi élevée que celles qui n'ont pas été immunisées.

Chez les personnes vaccinées mais infectées, les symptômes sont généralement moins graves. Ceci ne veut pas dire qu’une personne ne se sentira pas mal pendant plusieurs jours. Et oui, certaines personnes adéquatement vaccinées peuvent être gravement malades et hospitalisées.

Les gens ne doivent pas se sentir invincibles [après deux doses du vaccin]. On peut être parmi les plus malchanceux qui ne seront pas protégés et peuvent développer une maladie sévère qui mène à une hospitalisation ou un décès.

Une citation de :Dr André Veillette, immunologiste

Il est encore difficile de dire avec certitude pourquoi certaines personnes sont très malades et d’autres non, et c’est pour cela que les autorités recommandent encore le port du masque et la distanciation physique même si on est adéquatement vacciné.

Une chose est certaine : au fur et à mesure que le variant Delta se répand, celui-ci trouvera et infectera les plus vulnérables. Le Dr Veillette rappelle qu’il y a beaucoup plus de Canadiens à risque qu’on peut le penser. On oublie qu’il y a beaucoup de personnes qui ont des maladies chroniques, du diabète, de l’hypertension, des maladies cardiaques. Avoir une maladie chronique, ça ne veut pas dire qu’on est couché dans un hôpital ou dans un CHSLD…

En outre, de plus en plus d’études commencent à démontrer que la protection individuelle conférée par le vaccin peut diminuer avec le temps.

C’est pourquoi, selon le Dr Veillette, il est déjà temps de penser à donner une troisième dose non seulement aux personnes immunosupprimées, mais aussi aux aînés dans les centres de soins de longue durée et les résidences pour aînés, et possiblement aux travailleurs de la santé. Ces gens ont été parmi les premiers à recevoir leur vaccin et il est plus probable que leur immunité a commencé à diminuer.

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