•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un niveau bac recommandé pour entrer dans la profession infirmière au Québec

Une infirmière aide un homme à marcher dans le couloir d'un centre de soins.

Le rapport fait état de 31 recommandations, notamment basées sur de nombreuses consultations.

Photo : Shutterstock / Gagliardi

Maud Cucchi

Les commissaires des États généraux de la profession infirmière préconisent que le baccalauréat devienne le seul diplôme donnant accès à un permis de pratique, dans un rapport rendu public jeudi matin.

Autre constat surprenant qui déboulonne une approche largement invoquée : le Québec ne manque pas d’infirmières, il faudrait seulement qu’elles soient autorisées à travailler dans leur champ d’expertise.

Objectivement, il y a lieu de croire que nous ne manquons pas d’infirmières et d’infirmiers, mais plutôt de soins infirmiers, cite le rapport qui analyse la profession au peigne fin. Si les infirmières faisaient réellement ce qu’elles sont autorisées à faire, le problème pourrait vraisemblablement se résorber.

La commissaire Francine Ducharme évoque même du gaspillage de ressources tant humaines que financières, lors de la présentation du rapport intitulé Reconnaître et transformer la pratique infirmière au Québec.

Dans les faits, le Québec dénombre plus d’infirmières pour 100 000 habitants que ce qui est observé dans l’ensemble du Canada. Mais les fonctions élastiques imposées à la profession nuisent à son efficacité, analyse l'étude, qui s'appuie sur six mois d'enquête et de consultations.

Sans surprise, face à l'attractivité du réseau privé, les infirmières se perçoivent non pas comme des professionnelles, mais comme de la main-d'œuvre, relate Mme Ducharme.

On n'a pas entendu parler d'argent, mais des conditions de travail, du peu de pouvoir qu'elles ont au sein de leur organisation.

Une citation de :Francine Ducharme, commissaire du rapport 2021 des États généraux sur la profession infirmière

Plusieurs des tâches attendues sont de nature administrative ou non clinique (comme la prise de rendez-vous ou la retranscription de notes sur diverses plateformes) s’ajoutant aux soins à prodiguer, faute de soutien administratif adéquat. Sans compter le fonctionnement en sous-effectif, épingle aussi l’étude, qui émet 31 recommandations en conclusion.

Le ministre de la Santé Christian Dubé en a fait une réception mitigée, jeudi matin. Reconnaissant qu'il fallait ajouter plus de valeur au travail des infirmières, il est apparu plus réservé sur la question de la réforme de la formation.

Je ne suis pas prêt à dire qu'on va enlever le titre d'infirmière à celles qui sont au cégep, je pense qu'on n'en est pas là, surtout pas dans la crise qu'on vit en ce moment.

Une citation de :Christian Dubé, ministre de la Santé

Rehausser les exigences de formation

Au Québec – province dans tout le Canada qui exige le moins d’années de formation pour accéder à la profession – le métier d’infirmière est l’un des seuls [...] du secteur de la santé à ne pas avoir relevé ses exigences de formation initiale, indique le rapport disponible en ligne (Nouvelle fenêtre).

Deux parcours distincts, à savoir le diplôme d’études collégiales (DEC) en soins infirmiers et le baccalauréat en sciences infirmières, donnent présentement accès à la profession.

Cependant, face à une complexification croissante de certains soins, les évaluations actuelles de niveau collégial ont fini par devenir caduques, pointe le rapport.

L’absence d’ajustement des formations, ces dernières années, a creusé un écart entre les connaissances et les compétences requises pour ce métier, a alerté l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).

Le baccalauréat doit devenir la seule et unique norme d’entrée à la profession infirmière, comme elle l’est ailleurs au Canada et dans le monde, de même que dans les autres professions de la santé.

Une citation de :Francine Ducharme et Robert Salois, commissaires du rapport

Outre la révision pédagogique des programmes, ils suggèrent l'instauration d'un statut qualifiant à l'issue de la première partie de la formation (collégiale) afin d'autoriser les étudiantes à travailler tout en poursuivant leur formation universitaire.

Dans leurs recommandations, les commissaires Francine Ducharme et Robert Salois évoquent une transition de cinq ans pour faire du baccalauréat la seule formation diplômante au métier d’infirmière.

Une accessibilité entérinée

Rehausser le niveau de formation en l’arrimant obligatoirement à l’université pourrait toutefois dissuader certaines candidates à se lancer dans un métier qui peine déjà à recruter et à retenir ses effectifs.

L'allongement de la formation dissuadera une grande partie des candidates, pour beaucoup des mères qui doivent concilier famille et travail et subvenir elles-mêmes à leurs besoins, redoute Yves de Repentigny, vice-président responsable du regroupement cégep de la FNEEQ qui représente le personnel enseignant des cégeps.

Une conséquence qui ne s'est pourtant pas produite dans les provinces ayant déjà adopté la réforme, disent les commissaires. En Alberta et en Colombie-Britannique, illustrent-ils, un changement semblable s'est accompagné respectivement d'une hausse des inscriptions de 45 % et de 60 % à l'université.

Ce que l'Ordre s'évertue à nier, c'est que le Québec a fait le choix des cégeps et ce n'est pas vrai qu'on n'est pas au niveau.

Une citation de :Yves de Repentigny, vice-président responsable du regroupement cégep de la FNEEQ

Les opposants au changement pédagogique défendent surtout des arguments géographiques et financiers, les études collégiales étant moins dispendieuses et mieux réparties sur le territoire que les cursus universitaires.

Seuls les résidents du Nord-du-Québec sont véritablement désavantagés géographiquement, leur rétorquent les commissaires. De plus, la généralisation des cours à distance devrait faciliter la formation pour les cours théoriques, font-ils remarquer.

Les commissaires du rapport disent vouloir tourner le dos aux raisonnements rétrogrades et passéistes laissant entendre que la forte proportion de femmes dans la profession oblige le statu quo en matière de formation.

Les frais de scolarité imposés aux étudiants universitaires québécois demeurent parmi les moins élevés au pays, nuancent-ils, en mettant en avant l'existence d'aides financières pour étudier.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !