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Washington tente d’apaiser l’ire de Paris dans l’affaire des sous-marins australiens

Antony Blinken discute avec deux ministres australiens en marchant sur une passerelle à Washington.

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken (à droite) parle avec les ministres australiens de la Défense Peter Dutton (à gauche) et des Affaires étrangères Marise Payne (au centre).

Photo : pool/afp via getty images / ANDREW HARNIK

Agence France-Presse

Accusés par la France de lui avoir donné un « coup dans le dos » en torpillant le « contrat du siècle » de sous-marins français à l'Australie, les États-Unis de Joe Biden ont tenté jeudi d'éviter une crise ouverte avec Paris, sans réussir à apaiser sa colère.

La France est un partenaire vital dans la région indo-pacifique et dans beaucoup d'autres domaines, a déclaré le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken. C'était le cas depuis longtemps, et ce sera le cas à l'avenir, a-t-il assuré.

À l'origine de l'incendie dans les relations américano-françaises, la nouvelle alliance « indo-pacifique » annoncée mercredi par le président Biden, avec le Royaume-Uni et l'Australie.

Ce partenariat stratégique baptisé AUKUS, clairement dévolu à contrer les ambitions grandissantes de la Chine dans la région, inclut la fourniture de sous-marins américains à propulsion nucléaire à Canberra – et sort de fait les Français du jeu.

Un « coup dans le dos » à la « Trump »

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian n'a pas eu de mots assez durs pour évoquer sa colère et son amertume après cette décision unilatérale, brutale, imprévisible.

Jean-Yves Le Drian, devant plusieurs micros

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, lors d'une visite au Qatar, le 13 septembre 2021.

Photo : Getty Images / AFP/KARIM JAAFAR

Dénonçant un coup dans le dos, il a comparé jeudi la méthode Biden à ce que faisait son prédécesseur Donald Trump – un affront pour le président démocrate soucieux de se démarquer du milliardaire républicain.

Cela ne se fait pas entre alliés, a martelé le responsable français, qui avait négocié le contrat du siècle lorsqu'il était ministre de la Défense en 2016.

L'absence de concertation montrée du doigt

Ce gigantesque contrat de 90 milliards de dollars australiens (83 milliards de dollars canadiens) prévoyait la fourniture de 12 sous-marins français à propulsion conventionnelle à l'Australie. Dans le cadre du nouveau partenariat entre Washington, Londres et Canberra, l'Australie a rompu cet accord et bénéficiera, à terme, de sous-marins à propulsion nucléaire proposés par ses alliés anglo-saxons.

Les Français avaient une version qui n'était pas supérieure à celle qui est utilisée par les États-Unis et le Royaume-Uni, et en fin de compte, notre décision s'est basée sur ce qui est dans l'intérêt de notre sécurité nationale, a justifié jeudi le ministre australien de la Défense, Peter Dutton, lors d'une visite à Washington.

À ses côtés, la cheffe de la diplomatie australienne Marise Payne a, quant à elle, estimé que le leadership des États-Unis dans l'Indo-Pacifique demeurait indispensable.

Au-delà des enjeux commerciaux, Paris dénonce l'absence de concertation, d'autant que cette affaire intervient après le retrait américain d'Afghanistan qui a laissé des traces auprès d'alliés des États-Unis dont les positions n'ont pas vraiment pesé dans la décision de Joe Biden.

Les Européens ont désormais une idée assez claire de la façon dont Washington considère ses alliés, a résumé une source proche du dossier à Paris.

Un sous-marin avec des membres d'équipage.

L'USS Illinois, un sous-marin à propulsion nucléaire de l'armée américaine, stationné à Groton, au Connecticut, en octobre 2016.

Photo : Reuters / Michelle McLoughlin

Signe d'une crise qui perdure, Français et Américains se sont renvoyé la balle tout au long de la journée.

Nous avons été en contact avec nos homologues français au cours des dernières 24 à 48 heures pour discuter d'AUKUS, y compris avant l'annonce, a assuré Antony Blinken.

Mais la France a démenti fermement avoir été avertie en amont, et encore moins consultée.

Nous n'avons pas été informés de ce projet avant la publication des premières informations dans la presse américaine et australienne, mercredi, a répondu auprès de l'AFP le porte-parole de l'ambassade de France à Washington, Pascal Confavreux.

Une soirée de gala à Washington annulée

Et malgré les mots apaisants du secrétaire d'État américain, les autorités françaises ont annulé une soirée de gala prévue vendredi à la résidence de l'ambassadeur de France dans la capitale américaine. Cette réception devait célébrer l'anniversaire d'une bataille navale décisive de la guerre d'indépendance des États-Unis, conclue par une victoire de la flotte française sur la flotte britannique, le 5 septembre 1781.

Cette rupture spectaculaire jette un froid entre Paris et Washington, alors que Joe Biden était censé incarner une embellie dans la relation transatlantique après quatre années de brutalité trumpiste.

Il est certain que nous avons une petite crise diplomatique sur la table, résume Anne Cizel, spécialiste de politique étrangère américaine à l'université parisienne de la Sorbonne.

Les États-Unis envoient un signal un peu curieux en ce sens qu'ils réclament une présence (militaire) de leurs alliés européens dans l'Indo-Pacifique et dans le même temps se positionnent en premiers concurrents des ventes de sous-marins français, résume-t-elle.

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