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Washington, Londres et Canberra scellent un pacte pour contrer la Chine

Les trois alliés se comportent de façon « extrêmement irresponsable » en entretenant une « mentalité de guerre froide », dénonce Pékin.

Un sous-marin avec des membres d'équipage.

L'USS Illinois, un sous-marin à propulsion nucléaire de l'armée américaine, stationné à Groton, au Connecticut, en octobre 2016.

Photo : Reuters / Michelle McLoughlin

Radio-Canada

Les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie ont annoncé mercredi la constitution d'un nouveau partenariat « historique » de sécurité dans la zone indo-pacifique, une décision manifestement destinée à contrer la montée en puissance de la Chine dans la région.

Cette nouvelle alliance, baptisée AUKUS, se traduira concrètement par la construction à Adélaïde, en Australie, de sous-marins utilisant la technologie de propulsion nucléaire utilisée par l’armée américaine.

Ils seront plus rapides, plus difficiles à détecter et en mesure d’effectuer de plus longues patrouilles que les sous-marins conventionnels que l’Australie avait jusque-là prévu d'acheter en France.

Jusqu’ici, les États-Unis n’avaient partagé cette technologie qu’une seule fois, en 1958, avec le Royaume-Uni. Il s'agissait alors de contrer l'Union soviétique.

Outre la livraison de sous-marins à propulsion nucléaire, l’entente prévoit une collaboration des trois pays en matière de cyberdéfense, d'intelligence artificielle et de technologies quantiques.

Nous devons être en mesure d'aborder à la fois l'environnement stratégique actuel de la région et la manière dont il pourrait évoluer, a expliqué le président américain Joe Biden lors d'un sommet virtuel réunissant les chefs de gouvernement britannique et australien, Boris Johnson et Scott Morisson.

Il faut investir dans notre plus grande source de force, nos alliances et les mettre à jour pour mieux faire face aux menaces d'aujourd'hui et de demain, a aussi plaidé le commandant en chef de l’armée américaine.

Les trois pays vont être liés encore plus étroitement, ce qui reflète le degré de confiance entre nous et la profondeur de notre amitié, a plaidé Boris Johnson.

L’Australie et ses partenaires ont toujours vu les choses du même œil en matière de sécurité, a dit Scott Morisson, mais les défis engendrés par un environnement mondial plus complexe rendent nécessaire d’élever ce partenariat à un autre niveau.

Le premier ministre australien a assuré que son pays ne cherche pas à se doter de l'arme nucléaire, et les trois dirigeants ont d’ailleurs promis d'agir dans le respect des accords internationaux de non-prolifération.

Scott Morisson, devant un lutrin. Sur des écrans placés de part et d'autre, on voit Boris Johnson et Joe Biden.

Le premier ministre australien Scott Morisson, son homologue britannique Boris Johnson (à gauche) et le président américain Joe Biden (à droite) lors de l'événement virtuel où la nouvelle alliance AUKUS a été annoncée, mercredi.

Photo : La Presse canadienne / AP/Mick Tsikas

Une alliance contre la Chine

Les trois dirigeants n'ont jamais mentionné la Chine dans leur allocution ou leur communiqué conjoint, mais personne ne doute qu’il s’agisse là de l’objectif poursuivi.

La guerre sous-marine, c’est le talon d’Achille de la Chine, a par exemple expliqué Matt Pottinger, conseiller adjoint à la sécurité nationale de l’ex-président américain Donald Trump.

Une armée forte crée un contexte de dissuasion qui donne aux pays la confiance pour résister à l’intimidation, a-t-il ajouté.

En ce moment, une partie du problème est que la Chine est devenue plutôt arrogante et moins disposée à recourir à la diplomatie de manière productive.

Le porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, a d’ailleurs dénoncé jeudi le comportement extrêmement irresponsable des trois pays, qu’il a accusés d’entretenir une mentalité de guerre froide.

Selon lui, la coopération entre Washington, Londres et Canberra en matière de sous-marins nucléaires sape gravement la paix et la stabilité régionales, intensifie la course aux armements et compromet les efforts internationaux de non-prolifération nucléaire.

Des sous-marins qui ne seront pas bienvenus en Nouvelle Zélande

La Nouvelle-Zélande, qui interdit ses eaux à tout navire à propulsion nucléaire, a annoncé que les futurs sous-marins de son voisin et allié australien ne seraient pas les bienvenus chez elle.

La position de la Nouvelle-Zélande concernant l'interdiction des navires à propulsion nucléaire dans ses eaux reste inchangée, a commenté la premier ministre Jacinda Ardern dans un communiqué.

En vigueur depuis 1985, cette interdiction avait été introduite à la suite des essais nucléaires français dans le Pacifique. Ella a conduit la marine américaine à faire éviter à ses navires de guerre les ports néo-zélandais depuis plus de 30 ans.

Elle a décrit l'accord comme portant principalement sur la technologie et le matériel de défense , minimisant les implications pour le partenariat dit Five Eyes entre les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande.

Cet accord ne modifie en rien nos liens en matière de sécurité et de renseignement avec ces trois pays, ainsi qu'avec le Canada, a déclaré la dirigeante néo-zélandaise dans un communiqué.

Un coup dans le dos, dénonce Paris

La France a pour sa part fustigé l’entente, qui entraîne la rupture par l'Australie d'un gigantesque contrat de plus de 80 milliards de dollars qui avait été conclu en 2016 pour la fourniture de sous-marins conventionnels.

C'est vraiment, en bon français, un coup dans le dos, s'est indigné le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian sur la radio France Info. Le président Biden a pris une décision brutale, à la Trump, a-t-il dit. Nous avions établi avec l'Australie une relation de confiance. Cette confiance est trahie, a-t-il ajouté.

Cette rupture constitue une très mauvaise nouvelle pour le respect de la parole donnée, a aussi déclaré la ministre française des Armées, Florence Parly, sur les ondes de RFI.

En matière de géopolitique et de politique internationale, c'est grave, a dénoncé sur RFI Mme Parly, qui s'est également dite lucide sur la façon dont les États-Unis traitent leurs alliés.

La décision que nous avons prise de ne pas continuer avec les sous-marins de classe Attack et de prendre un autre chemin n'est pas un changement d'avis, c'est un changement de besoin, a justifié jeudi le premier ministre australien.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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